Mohed Altrad vient de sortir un quatrième roman, Le désert en partage. Basée à Montpellier, son entreprise affiche une croissance à deux chiffres chaque année. Rencontre avec un PDG iconoclaste.LA TRIBUNE - Altrad est le sponsor de l'équipe de France de rugby, qui vient de remporter le tournoi des Six Nations. Quelles retombées en attendez-vous ?
Mohed Altrad - Il est impossible de mesurer les retombées financières, mais ce sponsoring accroît incontestablement la notoriété du groupe. J'investis chaque année 50 millions d'euros dans le rugby, ce qui fait d'Altrad son plus grand financeur mondial. Je le fais à l'échelle locale avec Montpellier, nationale avec l'équipe de France et internationale avec les All Blacks néo-zélandais. Rassurez-vous, je n'irai pas au-delà ! Certains s'agacent de voir mon nom partout. Altrad est un fleuron de l'industrie française, qui contribue au rayonnement du pays. Certaines règles académiques du marketing font que les sponsors sportifs sont avant tout des marques grand public. Le business Altrad est largement BtoB : mes clients sont les grands industriels mondiaux. Cet écart à la pensée marketing s'impose parfois : ça réussit.
La Fédération française de rugby accuse une dette de 57 millions d'euros et risque la cessation de paiement. Pourriez-vous faire un geste pour l'aider à sortir de la crise ?
Non. Je ne peux pas tout faire.
Dans l'affaire judiciaire avec Bernard Laporte (pour avoir noué un pacte de corruption et rémunéré l'ancien président de la Fédération française de rugby pour obtenir ses faveurs), vous avez été condamné, en décembre 2022, à 18 mois de prison avec sursis, 50 000 euros d'amende et une peine complémentaire d'interdiction de gérer une entreprise pendant deux ans. Comment abordez-vous le procès en appel, qui pourrait avoir lieu en fin d'année ?
Je suis innocent, raison pour laquelle j'ai fait appel. Cette épreuve est douloureuse, mais j'ai confiance en la justice. Dans cette affaire, on m'a reproché un contrat d'image signé avec M. Laporte. Ces contrats sont courants dans le monde du sport de haut niveau. Et le partenariat avec la Fédération française de rugby a été contracté en toute transparence. Je ne fais pas de détournement de fonds publics, c'est mon groupe qui finance ces engagements.
Cécile Chaigneau et Lucie Robequain