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L’Internet des objets, le futur de l’énergie ?

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Grâce à l'Internet des objets, on adapte la production à la consommation et on optimise la consommation.
"Grâce à l'Internet des objets, on adapte la production à la consommation et on optimise la consommation." (Crédits : Bakhtiarzein)
L’Internet des objets (IoT) a un rôle majeur à jouer dans le secteur de l’énergie. Pour mieux comprendre ces enjeux, La Tribune de l’Energie a interviewé Gabor Pop, Solutions Marketing Manager d’Actility. Cette start-up française fournit des solutions de réseau et services pour l’IoT, en particulier le « machine to machine » (M2M). Pour ce faire, elle utilise notamment une technologie radio bidirectionnelle appelée LoRa.

La Tribune de l'Energie : Pourquoi le secteur de l'énergie a-t-il intérêt à miser sur l'Internet des objets ?

Gabor Pop : Avec l'Internet des objets, les dispositifs mobiles peuvent communiquer sur des réseaux sans fil. Ainsi, les procédures sont de plus en plus automatisées en remontant tous type d'informations exploitables pour l'optimisation. A cela s'ajoute un aspect temps réel permettant de mieux adapter l'offre à la demande. De plus, cela permet de traiter un très grand nombre de données et ainsi modéliser de manière très fine le comportement des usagers. Les producteurs peuvent ensuite en extrapoler des demandes futures.

LTDE : En quoi le marché de l'énergie est-il difficile à gérer ? L'internet des objets s'applique-t-il particulièrement à ce secteur ?

G.P. : Le marché de l'électricité est en train de subir une mutation profonde. Il y a une transition forte d'un modèle où la production était planifiée et prévisible vers un modèle décentralisé et difficilement prévisible (par exemple, les énergies renouvelables intermittentes comme l'éolien et le solaire). Les progrès des technologies de l'information permettent de rendre visible le coût instantané de l'électricité aux consommateurs industriels et aux gestionnaires d'énergie, responsables de grands ensembles immobiliers, et donc d'adapter la consommation à la production.

LTDE : Quels sont les objets connectés qui vont révolutionner le secteur de l'énergie ?

G.P. : On peut distinguer deux grandes familles. Tout d'abord des capteurs permettant de faire du télé-relevé d'information et de visualiser en temps réel la consommation d'électricité, de gaz ou d'eau. Ceci permet à des entreprises comme EDF ou Engie d'avoir une visibilité réelle et précise des besoins et ainsi adapter leur production au niveau de la consommation. Cette information peut même redescendre chez le consommateur pour visualiser en temps réel sa consommation et repérer d'éventuelles irrégularités (surconsommation d'un produit, fuites etc.)

Un autre ensemble de capteurs permettent de mesurer d'autres grandeurs physiques comme la température, la pression, la qualité d'air, la présence ou l'absence d'une personne ou d'un véhicule à un endroit donné. Ces capteurs peuvent apporter une information complémentaire permettant d'optimiser la consommation énergétique. Par exemple, un capteur de présence dans une salle pourrait permettre de couper le chauffage ou la lumière si personne n'est présent, réduisant ainsi la consommation. Le secteur de l'énergie n'avait pas jusqu'à présent la possibilité de se doter d'un réseau de connectivité sans fil bidirectionnel et longue portée dans des bandes de fréquences libres.

LTDE : Pouvez-vous nous donner des exemples concrets d'utilisation d'objets connectés dans la maîtrise de l'énergie ?

G.P. : Un exemple très concret, le projet Habitat Toulouse. Dans le cadre de la rénovation thermique d'un parc locatif social, l'Office public de l'Habitat veut obtenir des données objectives et fiables liées à la consommation énergétique de ses bâtiments. Pour ce faire, il faut tenir compte des différents facteurs externes liés notamment aux comportements et aux usages effectifs des occupants.

La solution proposée par Actility est de déployer et de connecter des capteurs sans fil longue portée, à faible consommation d'énergie, à une application centralisée de diagnostic énergétique. Ces capteurs permettent de relever la température, la consommation d'électricité, de gaz, l'énergie thermique, la luminosité et l'hygrométrie, qui sont des données essentielles pour assurer un suivi énergétique complet des logements.

LTDE : Ces technologies sont-elles avantageuses en termes de protection de l'environnement ?

G.P. : Grâce à l'Internet des objets, on adapte la production à la consommation et on optimise la consommation. Par conséquent, on réduit les factures énergétiques. De même, on exploite plus efficacement l'énergie produite par les centrales thermiques (polluants) et on favorise l'émergence des technologies renouvelables. Autre avantage écologique, les fournisseurs d'électricité peuvent aujourd'hui s'appuyer sur l'Internet des objets pour remonter des informations liées au comportement via un Smart Thermostat et, sur la base d'algorithmes prédictifs, adapter la consommation en déclenchant à distance des ordres vers des radiateurs connectés.

LTDE : Quels sont les secteurs clés dans lesquels les industriels pourront faire des économies via l'Internet des objets ? Est-il possible d'estimer l'ampleur de ces économies ?

G.P. : Des applications IoT sont déjà présentes dans tous les secteurs : aéronautique, automobile, ferroviaire, fabrication industrielle et médicale, énergie, Smart City etc.
Les plus grands acteurs industriels sont tous en train de développer des applications concrètes. Des entreprises comme Cisco, GE ou Accenture évaluent entre 14 à 19 000 milliards de dollars la valeur ajoutée économique de l'IoT dans les prochaines décennies (1).

L.T.D.E. : Quelle est la meilleure voie pour organiser la mise en place de cette intelligence des systèmes dans les villes ? La maîtrise de l'énergie via l'IoT sera-t-elle accessible à tous ou sera-t-elle d'abord réservée aux quartiers neufs ?

G.P. : Dans les villes, tous les acteurs, institutionnels ou non, ont intérêt à participer à ces projets. L'IoT permet de créer des business models où tous les partis-prenants sont gagnants : l'utilisateur final, mais aussi les fournisseurs de services, les industriels et les pouvoirs publics. L'utilisateur réduit sa facture d'électricité, les pouvoirs publics évitent les gaspillages et les pertes et les industriels commercialisent des nouvelles solutions.

L'Internet des objets se base principalement sur l'installation de capteurs permettant de remonter des informations. Il est bien sûr plus facile d'intégrer ces capteurs dans les bâtiments lors de leur conception et construction, néanmoins il est tout à fait envisageable de rajouter des capteurs à des bâtiments existants. Leur intégration sera un peu plus visible mais là encore des solutions existent.

LTDE : Certains parlent de « révolution » du marché de l'énergie via l'Internet des objets, en est-on déjà là ?

G.P. : Les technologies nécessaires existent et commencent à bouleverser les usages des consommateurs et les business models des opérateurs. Des technologies comme LoRa acquièrent de la traction avec Orange et Bouygues Télécom, notamment. Ils vont déployer des réseaux IoT basse consommation à l'échelle de la France en 2016. Une fois ces réseaux actifs, les cas d'usage dans l'énergie notamment vont se démultiplier.

(1) https://www.rolandberger.com/

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Commentaires
a écrit le 25/05/2016 à 17:38 :
Bonjour,

Votre article est pertinent et cite des exemples, contrairement à beaucoup.

Vous dites dans une réponse "Des applications IoT sont déjà présentes dans tous les secteurs : aéronautique, automobile, ferroviaire, fabrication industrielle et médicale..."

Avez-vous des exemples précis ?
Est-ce que nous avons déjà des retours sur investissement dans ces différentes applications IoT ?

Merci d'avance pour votre réponse,

Alexis Blanc

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