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Le Real Madrid ou la démesure financière

Jérôme Marin

Publié le 03 juillet 2009 à 13:14

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En un mois, le club madrilène a dépensé 220 millions d'euros sur le marché des transferts. De quoi creuser encore un peu plus une dette qui dépasse déjà les 500 millions d'euros.

93 millions d'euros pour Christiano Ronaldo, 67 millions pour Kakà, 35 millions pour Benzema, 15 millions pour Raul Albiol... Depuis son retour début juin à la présidence du Real Madrid, trois ans après l'avoir quittée, Florentino Pérez n'a pas fait dans la demi-mesure. En moins d'un mois, il a déjà dépensé 220 millions d'euros et dispose encore de 30 millions sur son enveloppe initiale destinée au recrutement. Et il pourrait même être tenté d'investir plus que prévu pour attirer un dernier gros poisson, la cible prioritaire semblant toujours être Franck Ribéry, actuellement au Bayern de Munich.

Instigateur des premiers "Galactiques", de 2000 à 2006, l'homme d'affaires espagnol tente d'appliquer les mêmes recettes qui avaient mené le club madrilène au sommet de l'Europe en 2002. A l'époque la Maison blanche, équipe espagnole la plus titrée et élue meilleur club du 20ème siècle par la FIFA, avait fait venir successivement Luis Figo (61 millions d'euros), Zinédine Zidane (75 millions d'euros), David Beckham (35 millions d'euros) ou encore Michael Owen (12 millions d'euros). Mais Florentino Pérez s'était alors contenté d'une seule star par saison.

"Il faut rattraper le temps perdu", déclare le patron du premier groupe de construction espagnol ACS pour justifier son appétit sur le marché des transferts. Il est vrai que le Real Madrid s'est fait volé la vedette la saison dernière par son rival historique, le FC Barcelone, auteur notamment d'un triplé (championnat, coupe d'Europe, coupe du Roi) inédit. Il est vrai aussi que la formation merengue reste sur cinq éliminations consécutives en huitièmes de finales de la Ligue des Champions.

Mais dans une Espagne qui traverse l'une des plus graves crises économiques de son histoire et qui connaît une augmentation dramatique du chômage, la folie dépensière du Real Madrid choque. Jusqu'à susciter des réactions au sein de l'exécutif. "Les sommes dépensées par le Real Madrid pour les transferts me semblent excessives", a ainsi déploré le Premier ministre espagnol, José Luis Zapatero, après le transfert record de Christiano Ronaldo. Le Premier ministre portugais, Anibal Cavaco Silva, estimant de son côté que cela "dépassait les limites du raisonnable".

Florentino Pérez fait fi des critiques, confiant, peut-être trop d'ailleurs, que son modèle économique ne peut échouer. "Les recrutements seront rentabilisés en trois ans", assure Jorge Valdano, le directeur sportif du Real. La logique économique semble implacable: comme les "grands acteurs d'Holywood", les footballeurs stars coûtent cher mais rapportent encore plus en vente de maillots et de produits dérivés, en abonnements, en billetterie ou encore en droits télés. La Maison blanche espère ainsi atteindre un chiffre d'affaires de 500 millions d'euros en 2013, contre 366 l'an passé.

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Reste une question: comment le Real Madrid est-il en mesure d'investir 250 millions d'euros? Grâce à un prêt de 153 millions d'euros accordé par la banque Santander et par la caisse d'épargne Caja Madrid. Peu importe que le club soit endetté à plus de 500 millions d'euros, peu importe que cette dette pourrait encore grimper, les créanciers jugent cette opération sans risque. Auraient-ils oublié que le Real a dû céder une grande partie de son patrimoine au début des années de 2000 pour faire face à ses créanciers? Espèrent-ils de nouvelles ventes en cas de difficultés? Des crédits censés être remboursés par des biens immobiliers dont le prix chute, cela ne vous rappelle rien ?

Le football espagnol vit aujourd'hui dans une bulle. Comme certains clubs anglais avant lui. Certains en paye désormais le prix fort. Pour avoir eu la folie des grandeurs, Leeds évolue désormais en troisième division britannique. Et d'autres clubs pourraient bien connaître pareille mésaventure. En Espagne, les 20 clubs de première division cumulent près de 4 milliards d'euros de dettes. L'éclatement de la bulle et le triste retour sur terre ne sont peut-être pas loin.

Jérôme Marin

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