Le processus de vente de la participation de 49,9% de l'aéroport de Toulouse que détient Casil Europe, l'entité composée des deux actionnaires chinois (Shandong Hi-Speed et Friedmann Pacific), s'accélère.
Selon un candidat, les offres doivent être déposées ce jeudi. Ce qui corrobore ce que confiait à La Tribune en début de semaine : "d'ici à la fin de la semaine", affirmait-on, en précisant qu'il ne s'agissait pas d'une privatisation et que cela pouvait aller jusqu'au début du mois de février. Si les marques d'intérêt ont été nombreuses (une vingtaine selon certains) ces derniers jours, combien déposeront vraiment une offre ? Certains parlent de six, d'autres d'une dizaine.
En attendant, plusieurs offres françaises devraient être déposées. Selon nos informations, Vinci, fidèle à sa stratégie de développement dans le secteur aéroportuaire, sera sur les rangs. Il y aura aussi le groupe de BTP Eiffage qui, malgré son manque d'expérience dans le secteur, met toute son énergie dans ce dossier, ou encore le fonds d'investissement Ardian (présent dans de nombreux aéroports italiens), allié à Mirova (un fonds de la BPCE) et à des banques locales (Caisse d'Epargne, Banque Populaire). Et enfin l'assureur Axa en partenariat avec le géant australien Macquarie, très présent dans les infrastructures en général et l'aéroportuaire en particulier. Intéressé il y a trois ans, ADP, le gestionnaire des aéroports parisiens, ne devrait pas être candidat cette fois. Par ailleurs, selon certaines sources, Mike Poon, le président de Casil Europe, n'aurait pas exclu de rester dans le capital à titre personnel.
On n'en est pas là. Jusqu'ici, chacun peaufinait son offre, et notamment le prix pour être présent au second tour. Et là, ça se complique. Evidemment, les arguments pour évaluer cette participation achetée 309 millions d'euros à l'Etat en 2015 divergent entre les vendeurs et les acheteurs. C'est classique, sauf que les arguments des deux camps s'entendent. Pour rappel, l'Etat a conservé 10% et le solde appartient aux collectivités locales qui souhaitent racheter les parts de l'Etat.
Le chiffre de 500 millions d'euros évoqué la semaine dernière dans La Dépêche colle peu ou prou avec les attentes des actionnaires chinois. Celles-ci sont même supérieures au regard de l'Ebidta (bénéfices avant intérêt, impôts, dépréciation et amortissements) prévu par l'aéroport toulousain en 2019 et les multiples en vigueur dans le secteur aéroportuaire. Les calculs de valorisation se font en effet par le niveau d'Ebitda multiplié par un multiple qui dépend de plusieurs critères (potentiel de croissance, dette, investissements à réaliser, ...).
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En prenant l'Ebidta prévu en 2019 (63 millions d'euros selon nos informations, contre 53 millions en 2018 et 43 millions au moment de l'arrivée des actionnaires chinois) et le multiple fixé lors de l'achat de cette participation (18,5) en 2016, la valorisation de l'aéroport toulousain s'élève aujourd'hui à 1,165 milliard d'euros, soit 581,5 millions pour la participation de Casil Europe.
Tous ne partagent pas l'analyse en raison de l'incertitude de la régulation.
Pour rappel, un CRE est signé entre les gestionnaires de certains gros aéroports et l'État pour une durée de cinq ans. Il détermine les investissements prévus par l'aéroport au cours de cette période et un plafond d'évolution des redevances pour les financer, à ne pas dépasser. Ces redevances permettent aussi de financer le coût des services publics aéroportuaires (l'usage des installations pour la réception des passagers, l'atterrissage, le stationnement, le dégivrage, ...). Certains candidats reprennent à leur compte manque de visibilité sur la régulation pour justifier une valorisation plus basse que celle attendue par les actionnaires chinois.
Ce qui équivaut à un multiple de 12 ou de 14 sur la base des prévisions d'Ebidta 2019. Mais un multiple de 17 sur la base de l'Ebidta de 2018.
Si le contexte règlementaire est bien connu des investisseurs français, il l'est moins des investisseurs étrangers. « Il n'est pas exclu qu'un candidat étranger mette 15% de plus », dit-on dans un consortium. Comme l'avait fait Casil Europe en 2015. C'est toute la difficulté de l'exercice. Surtout, rappelle un spécialiste des infrastructures que "les liquidités abondent sur le marché".
D'autant plus que le critère numéro 1 des actionnaires est "le prix". Casil Europe s'est d'ailleurs fixé un prix de réserve en dessous duquel il ne vendra pas.
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