Aéroport de Tours : le débat sur son développement fait rage entre le maire vert et les autres collectivités locales

Un an après le transfert effectif en septembre 2021 du terrain militaire de l’ancienne base aérienne 705 au Syndicat Mixte pour l'Aménagement et le Développement de l'Aéroport International de Tours Val de Loire (SMADAIT), le débat sur le maintien (ou non) de cette installation aéroportuaire déficitaire reste plus ouvert que jamais. Si le maire écologiste de Tours Emmanuel Denis appelle à une redistribution complète des cartes, la métropole, le département et la région défendent bec et ongles l’attractivité du seul aéroport du Centre Val de Loire pour le territoire. Explications.
Selon Bruno Fenet, président de l’aéroport, toutes les plateformes françaises se battent pour garder leurs compagnies. Emmanuel Denis dénonce lui le pont d’or qui serait fait à Ryanair.
Selon Bruno Fenet, président de l’aéroport, toutes les plateformes françaises se battent pour garder leurs compagnies. Emmanuel Denis dénonce lui le pont d’or qui serait fait à Ryanair. (Crédits : Reuters)

Le groupe Edeis, exploitant de l'aéroport Tours Val de Loire, annoncera d'ici le 15 septembre un record de fréquentation estivale des cinq lignes desservies par la compagnie low cost Ryanair, Londres, Dublin, Marrakech, Marseille et Porto. Toutes ont retrouvé, voire dépassé, leur niveau de trafic d'avant la crise sanitaire. Avec une prévision de 150.000 passagers cette année, les chiffres restent certes en deçà de l'année 2019 (200. 000 voyageurs) mais attestent d'une reprise réelle du trafic dans la mesure où l'aéroport avait accueilli l'an dernier 70 000 personnes. Le retour des passagers était la condition sine qua non d'une viabilité économique possible de l'aéroport de Tours Val de Loire. Son modèle reste aujourd'hui largement subventionné par les collectivités, la Métropole de Tours, le Département d'Indre et Loire et la Région Centre Val de Loire réunies au sein du Smadait, le syndicat mixte pour l'aménagement et le développement de l'aéroport international de Tours Val de Loire. Elles apportent au total environ trois millions d'euros chaque année à Eidis et Ryanair.

Début juillet, le dernier rapport de Cour régionale des comptes a critiqué la gestion de l'aéroport jusqu'à présent et a apporté de l'eau au moulin d'Emmanuel Denis. Cette somme profiterait essentiellement à l'exploitant et à son client Ryanair. Dans ce contexte, le nouveau maire écologiste de Tours n'a de cesse de dénoncer le subventionnement public à pertes de l'aéroport et de son opérateur. De surcroît, l'aviation commerciale, notamment sur les petites lignes, contribuerait de façon importante au réchauffement climatique. Sans appeler clairement à sa fermeture, ne serait-ce que pour maintenir les quelque 200 navettes sanitaires annuelles de greffes d'organes destinées au CHU de Tours, Emmanuel Denis a proposé l'arrêt de deux lignes sur cinq pour réduire le déficit. Cette opposition à la politique menée jusqu'à présent vis-à-vis de l'aéroport a entraîné sa démission en 2021 de la présidence du Smadait.

Rayonnement du territoire

Son successeur, Bruno Fenet, maire de la commune voisine de Parcay-Meslay, veut au contraire croire aux atouts et à l'avenir de l'aéroport. « Il s'agit d'un outil extraordinaire pour le rayonnement et l'attractivité de Tours mais aussi du Centre Val de Loire dont il est la seule plate-forme aéroportuaire commerciale, assure l'élu. Au-delà de la cinquantaine d'emplois qu'il procure, l'aéroport génère ainsi annuellement 20 millions d'euros de retombées économiques pour le territoire ». Bruno Fenet regrette dans ce cadre « la posture idéologique des Verts » tout en reconnaissant « certains dysfonctionnements et une délégation de service publique un peu trop généreuse à l'égard de l'exploitant lors de sa signature en 2010. Il faut parvenir à un modèle économique plus vertueux ». Les cartes seront à cet égard redistribuées lors du renouvellement de la DSP en décembre 2023.

Le transfert en septembre 2021 au Syndicat des 220 hectares de l'ancienne base militaire aérienne 705 constitue le levier majeur sur lequel son président compte s'appuyer pour redonner de l'allant à la plate-forme aéroportuaire. Brunot Fenet mise sur l'arrivée de nouvelles activités autour de l'aéronautique, afin de permettre à l'aéroport d'atteindre à terme une autonomie financière. La société de maintenance aéronautique Sabena Technics est ainsi attendue dès octobre à Tours. Elle doit louer en principe jusqu'à une quarantaine de parkings pour les Airbus A320 et A330 qu'elle répare. Autre client avec qui les négociations sont en cours, un fabricant de drones pourrait aussi s'installer à l'aéroport de Tours Val de Loire à l'horizon 2023-2024. « Ils viendront enrichir l'écosystème déjà présent avec l'école de pilotage Mermoz Academy ainsi que le pôle d'aviation d'affaires, complète Bruno Fenet. Grâce à sa position centrale dans l'Hexagone, la plateforme, qui est passée d'une situation de locataire de 20 hectares à celle de propriétaire de 200 hectares, a un bel avenir économique devant elle ». De façon plus marginale, il est également prévu de faire payer le parking extérieur aux voyageurs, gratuit jusqu'à présent, pour augmenter les recettes de l'aéroport.

Zone d'énergies renouvelables

Emmanuel Denis a sur ce plan une approche nettement différente de l'utilisation du foncier transféré qui se trouve sur la commune de Tours. « Ce potentiel supplémentaire de 220 hectares situé dans la ville doit être utilisé pour créer une zone d'activité orientée vers les énergies renouvelables. Nous prévoyons la construction d'une usine de retraitement des déchets qui alimentera une centrale de fabrication d'hydrogène, assure de son côté le maire. Elle intégrera également une gare routière multimodale reliant les bus et le tramway à l'aéroport. Le sens de l'histoire pour Tours est de développer les outils de transitions énergétiques plutôt que l'on continue à subventionner des lignes commerciales déficitaires ». Une position qui se heurte à l'objet du transfert du foncier de l'armée de l'air, à savoir le maintien d'une activité essentiellement aéronautique, selon le président du Smadait. Le débat sur l'avenir de l'aéroport de Tours, l'une des 36 plateformes françaises, risque bien d'être plus en plus tendu à partir de 2023 entre les écologistes de Tours et les autres collectivités, à l'approche de la date du renouvellement de la concession d'exploitation.

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Commentaires 6
à écrit le 05/09/2022 à 19:46
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Je trouve que cette période du NON des déconstructeurs écologistes me paraît plus facile que celle des bâtisseurs qui nous ont précédé. Et dangereuse.. Voyez l'Allemagne où les les combinations Politico nucléaire les ont menés. Même nous avec le 180...

à écrit le 05/09/2022 à 19:31
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Bonjour, Mal approvisionnés mais nombreux dans les 2 régions de Loire, les domiens apprécieraient un transport proche et parking gratuit, voire qui sait avec French bee , Nantes et Roissy sont des galères pour nous, on va bien chez Ikea, pourquoi p...

à écrit le 05/09/2022 à 14:52
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L'aéroport de Tours comme d'autres en France (Tarbes, Rennes, Bergerac, Deauville, Colmar, etc.), ne sert à rien. Il faut le fermer...

le 05/09/2022 à 17:14
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Il est clair qu'un certain nombre d' aéroports en province sont condamnés à court et moyen terme en raison de leur taille, faible utilisation ou de leur déficit d' exploitation structurelle mais inclure l' aéroport de Rennes dans cette liste est d' u...

le 06/09/2022 à 8:08
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fermer pour cause d'avion alors il faut aussi fermer les ports exit les bateaux et les gares les trains ne serve a rien et tout autre moyen de transport pour se deplacer il suffit de marcher et surtout interdire de se deplacer avec l'aide d'un an...

à écrit le 05/09/2022 à 8:13
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Attractivité! Il y a même de la compétition pour faire venir des "touristes"? On change de logiciel, mais ils ne suivent pas!

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