Sécurité routière : en 2021, baisse record de la mortalité sur autoroutes, mais 2022 débute dramatiquement

Sur les autoroutes, la mortalité routière a fortement baissé en 2021 par rapport à 2019 année de référence. C'est même, globalement, du jamais-vu depuis vingt ans. Ce qui corrobore les chiffres publiés début juin par la Sécurité routière qui présentent un tableau optimiste de l'évolution du comportement des conducteurs sur les routes de France en 2021. Dans le détail, quelques biais nuancent cette embellie, et l'on constate également une réelle aggravation pour certaines catégories d'usagers de la route. Enfin, l'Association des sociétés françaises d'autoroutes (Asfa) donne quelques éléments sur l'année 2022, qui démarre dramatiquement. Alors, prudence sur la route des vacances !
Photo d'illustration : l'accident meurtrier survenu sur l'autoroute A10 au sud de Poitiers le 5 novembre 2002 avait impliqué 48 voitures et 10 poids-lourds (dont l'un transportant de l'azote liquide). Entrés en collision en plusieurs vagues successives, la plupart avaient pris feu. Cause principale de l'accident selon le rapport d'enquête publié en 2005: en présence d'un brouillard épais, les conducteurs n'ont pas réduit leur vitesse ni respecté les distances de sécurité.
Photo d'illustration : l'accident meurtrier survenu sur l'autoroute A10 au sud de Poitiers le 5 novembre 2002 avait impliqué 48 voitures et 10 poids-lourds (dont l'un transportant de l'azote liquide). Entrés en collision en plusieurs vagues successives, la plupart avaient pris feu. Cause principale de l'accident selon le rapport d'enquête publié en 2005: en présence d'un brouillard épais, les conducteurs n'ont pas réduit leur vitesse ni respecté les distances de sécurité. (Crédits : Reuters)

Sur les autoroutes de France, le nombre de personnes tuées a sensiblement baissé en 2021, touchant même un record de 20 ans, selon le bilan annuel publié mercredi par l'Association des sociétés françaises d'autoroutes (Asfa).

En 2021, 131 personnes ont été tuées sur le réseau entretenu par les concessionnaires d'autoroutes. Ce sont 4 décès de plus qu'au cours de l'année 2020, mais cette année, marquée par le confinement et l'impossibilité de se déplacer une grande partie de l'année, était particulièrement atypique et l'Observatoire national interministériel de la sécurité routière (ONISR) a décidé de faire une double comparaison cette fois-ci en prenant en compte également l'année 2019 comme dernière année de référence avant-Covid. Ainsi, le bilan autoroutier de 2021 (131 tués) s'affiche en baisse de 23 par rapport à celui de l'année 2019.

1,2 accident mortel par milliard de km parcourus en 2021

Rapportée au trafic, 2021 est l'année la moins meurtrière depuis vingt ans, « avec 1,2 accident mortel par milliard de km parcourus », indique ce rapport, qui rappelle aussi que, par ses diverses qualités intrinsèques (revêtement, largeur des voies, visibilité, entretien, signalétique, secours...) le réseau autoroutier reste 5 fois plus sûr que le réseau routier national.

Ces chiffres de l'Asfa, qui regroupe les concessionnaires privés gestionnaires de 9.180 des 12.000 kilomètres d'autoroutes françaises, corroborent ceux de l'ensemble du réseau routier de métropole, relevés par l'Observatoire de la sécurité routière sous l'égide du ministère de l'Intérieur qui se félicite dans ses "Chiffres définitifs de l'accidentalité routière en 2021" que le nombre de morts en France métropolitaine soit de nouveau passé sous la barre des 3.000 tués.

Précisément, « 2.944 personnes ont perdu la vie sur les routes de France métropolitaine en 2021. Avec 300 décès de moins qu'en 2019, année de référence, la mortalité routière est en baisse de -9% en 2021 (et en hausse de +16% par rapport à 2020) ».

Tous les autres indicateurs d'accidentalité routière en 2021 comparé à 2019 sont concernés par cette baisse. Ainsi, du nombre d'accidents corporels qui baisse de -4% avec 53 540 accidents (soit 2.476 de moins qu'en 2019 mais 8.469 de plus qu'en 2020).

La baisse de la mortalité impacte tous les réseaux routiers ; elle est cependant moins marquée sur les autoroutes (-6%) et en agglomération (-7%), et plus marquée hors agglomération (-11%).

Moins de tués à pied, en voiture et à moto...

Si l'on examine le détail, on note au rang des améliorations la réduction des décès d'automobilistes en 2021 : 1.414 décès (208 tués de moins soit -13% par rapport à 2019 et 171 tués de plus soit +14% par rapport à 2020).

Celles des pilotes de deux-roues motorisés baisse également avec 668 décès (96 tués cyclomotoristes et 572 tués motocyclistes) soit -11% comparé à 2019 et +15% par rapport à 2020.

Enfin, autre bonne nouvelle, la mortalité des piétons baisse plus que la moyenne en 2021, avec 414 personnes tuées (69 tués de moins qu'en 2019 soit -14% et 23 tués de plus qu'en 2020 soit +6%).

... mais plus en vélo, trottinette, véhicules utilitaires et... camions

En revanche, la modification des usages et des modes de vie, a créé une augmentation de la mortalité routière pour d'autres catégories d'usagers de la route comme cette catégorie très récente baptisée EDPm (pour Engins de Déplacement Personnels motorisés) qui regroupe les trottinettes et patinettes électriques, mais encore d'autres engins comme les gyropodes, les monoroues ou les hoverboards.

La mortalité des cyclistes augmente fortement avec 227 personnes décédées en 2021 (40 de plus qu'en 2019 soit +21% et 49 de plus qu'en 2020 soit +28%). Pour la première fois depuis 20 ans, la mortalité des cyclistes dépasse le seuil des 200 tués. Cette hausse est davantage marquée hors agglomération (+37% en 2021 par rapport à 2019). La mortalité augmente également, dans une moindre mesure (+7% par rapport à 2019) en agglomération. Selon l'association Vélos&Territoires, la pratique cycliste a augmenté de +14% en zone rurale, de +20% en zone périurbaine et de +31% en zone urbaine en 2021 par rapport à 2019.

La mortalité des utilisateurs de trottinettes électriques (le plus souvent en free floating) et autres EDPm a beaucoup augmenté : 24 personnes sont décédées en 2021 contre 10 en 2019 et 7 en 2020. Parmi eux, 21 sont décédés en agglomération.

Enfin, et c'est sans doute lié à l'augmentation du trafic lié à l'effervescence logistique tous azimuts liée à la reprise pos-Covid, mais aussi à l'explosion des livraisons à domicile, la mortalité des usagers de véhicule utilitaire a augmenté entre 2021 et 2019 avec 103 personnes tuées (5 tués de plus qu'en 2019 soit +5% et 44 tués de plus qu'en 2020 soit +75%), et l'on observe une hausse de +22 %de la mortalité des camionneurs en 2021 par rapport à 2019 (44 tués soit 8 de plus) et +33 % par rapport à 2020, soit 11 de plus.

Le biais de 2021 et le dramatique démarrage de l'année 2022

Mais on ne peut regarder ces statistiques exceptionnelles de l'année 2021 sans donner leur principal biais. Car 2021 n'est pas une année ordinaire puisqu'elle a été affectée d'un confinement de quatre semaines, du 3 avril au 2 mai 2021, soit 28 jours. Certes moins long qu'en 2020, ce confinement a réduit la circulation des véhicules sur les routes de France sur cette période et donc amélioré les statistiques annuelles.

De fait, malgré une tendance à la baisse continue depuis une vingtaine d'années de la mortalité routière en France, l'année 2022 a démarré dramatiquement, comparée à la même période de 2021, note le rapport de l'Asfa, qui constate qu'avec la fin des restrictions sanitaires et le retour à des trafics d'avant-crise, les statistiques de sécurité observées sur autoroutes au cours du premier semestre 2022 offre un tableau très inquiétant. Au cours du premier semestre, on dénombre déjà 71 accidents mortels (vs 51 pour la même période de 2021) et 82 tués contre 57 en 2021 sur les autoroutes, soit une progression de 44% !

Cette dégradation concerne également les autres réseaux routiers selon les derniers baromètres de la Direction de la Sécurité Routière. De quoi réitérer l'injonction à la prudence sur la route, notamment celle des vacances.

Déjà 4 décès d'agents en intervention sur les autoroutes depuis le 1er janvier

La sécurité des salariés qui interviennent sur le réseau étant un priorité des sociétés d'autoroutes, le rapport de l'Asfa fait bien entendu une place au bilan des accidents subis par leurs équipes en intervention : ainsi, en 2021, "malgré les mesures d'exploitation et les matériels de protection, les équipes en intervention ont été victimes de 126 accidents au cours desquels 12 salariés ont été blessés dont 4 heurtés par un véhicule en circulation. Le bilan matériel est également très lourd : 33 FLR (Flèches Lumineuses de Rabattement), 16 FLU (Flèches Lumineuses d'Urgence), 53 fourgons et 25 autres véhicules d'intervention ont été percutés"

Mais, comme sur l'ensemble du réseau routier français, l'année 2022 s'annonce bien pire pour les équipes des sociétés d'autoroutes. Deux agents ont été mortellement accidentés. Le 5 avril, un patrouilleur du district d'Orange a été tué sur l'A9 alors qu'il protégeait un véhicule en panne. Le 27 avril, trois agents autoroutiers du district de LyonChambéry ont été accidentés, l'un est décédé, un autre très gravement blessé, le troisième très choqué.

Ces deux décès portent à quatre le bilan au sein des équipes, puisque le 2 mars, deux agents de la DIR Centre-Est, intervenant sur la RN90, ont été tués alors qu'ils travaillaient sur une zone de chantier.

Le rapport de l'Asfa note que les accidents surviennent, le plus souvent, lors de la mise en place des balisages de chantier (40%) et des interventions d'urgence pour porter secours aux clients accidentés (30%).

Et rappelle que plus de 30% des accidents ont lieu sur la bande d'arrêt d'urgence, par déports de poids-lourds ou d'autres véhicules.

Modification dans la hiérarchie des facteurs d'accidents

La consommation d'alcool, de drogues et de médicaments par le conducteur apparaît entre 2017 et 2021 comme le premier facteur d'accidents mortels (23%), devant la somnolence et la fatigue (20%), la vitesse (18%) et les distracteurs (comme l'usage des outils mobiles numériques au volant - téléphones, smartphones, tablettes, y compris le GPS au centre de la console, contribuent à détourner l'attention de la route et de la circulation) qui sont impliqués dans 13% des accidents mortels.

« On voit la progression du facteur drogue, alcool et médicaments, donc de comportements intentionnels dangereux que l'on explique par un relâchement et c'est très préoccupant », alerte M. Boutin.

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Commentaires 4
à écrit le 28/07/2022 à 16:53
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et pourquoi moins d'accidents en 2021? n'oublions pas les problemes de covid le confinement beaucoup moins de deplacements tout est là pas bien malins les statisticiens !!!

à écrit le 28/07/2022 à 14:27
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Cruéla qui déteste les automobilistes et les 101 dalmatiens, doit être satisfaite et contente de ces résultats.

à écrit le 28/07/2022 à 8:26
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23% des accidents sont causés par des gens qui boivent, se droguent et prennent des médicaments donc 77% des accidents sont donc causés par des gens qui ne se droguent pas, ne boivent pas et ne prennent pas de médicaments, un chiffre alarmant en effe...

à écrit le 28/07/2022 à 8:24
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Moins de déplacements inutiles et plus de confinement, cela donne des résultats!;-)

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