Jean-Christophe Lecosse : "on entre dans une problématique fonctionnelle, organisationnelle et culturelle"

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Pour Jean-Christophe Lecosse, directeur du Centre national de référence RFID (CNRFID), il n'y a presque plus de freins technologiques au déploiement de la RFID. Il faut maintenant convaincre les décideurs de passer de l'expérimentation à la mise en pratique.

Quel est le rôle du CNRFID ?

Le Centre est né d'une initiative de la DGCIS (ministère de l'Industrie) et est opérationnel depuis le début de l'année. Notre mission est de fédérer l'ensemble des acteurs de la RFID (utilisateurs, institutionnels, académiques, offreurs, fabricants de tags, de lecteurs, intégrateurs...) et d'agir au niveau international avec les organismes normatifs pour faire en sorte que les normes ne soient pas des freins pour les acteurs français mais, au contraire, permettent d'avancer plus vite.

Aujourd'hui, quelle est la place de la RFID dans la supply chain ?

La RFID est avant tout une technologie de capture de l'information. Son potentiel est énorme de par ses caractéristiques de lecture-écriture en volume, à distance et en « aveugle ». En 2004, il était possible de lire 20 tags simultanément ; aujourd'hui, on est passé à 400. De plus, entre autres avec la libération de fréquences radio par l'armée et les évolutions techniques, la distance de lecture des tags est passée de 2 à 8 mètres. Enfin, le coût d'un tag ? hors packaging ? a presque été divisé par dix entre 2004 et 2008... Et ce n'est sans doute pas terminé, mais la technologie doit être bien comprise pour mieux faire apparaître son potentiel. Utiliser la RFID pour faire un inventaire, mettre en place une solution antivol ou encore établir la preuve de passage, de réception ou de maintenance d'un produit, c'est intégrer cette technologie d'identification par radiofréquence dans les enjeux de traçabilité et/ou de gestion logistique.

Et s'il fallait encore convaincre ?

Technologiquement, on peut faire beaucoup de choses. Maintenant, on entre dans une problématique fonctionnelle, organisationnelle et culturelle. Ce qui bloque vraiment, c'est le manque de projets collaboratifs. C'est un travail de longue haleine qui prendra, à l'instar de l'implémentation du code-barres, une quinzaine d'années pour intégrer toute la chaîne de production. En attendant, je crois beaucoup au modèle de projets menés dans des univers fermés s'ouvrant une fois la fiabilité technique démontrée. Ceci s'illustre assez bien avec l'exemple de la « library » à la librairie, de la bibliothèque à la librairie. Il est très facile de gérer les entrées et les sorties d'une bibliothèque avec des rayonnages intelligents et des tags. Le même modèle se développe aujourd'hui, transposant le système à des librairies commerciales.

Une base de données pour les normes

Sans standards, la RFID demeurerait une application propriétaire difficile à intégrer dans le système d'information de l'entreprise. Des standards existent depuis longtemps, notamment pour la RFID HF (haute fréquence). D'autres sont issus d'un consensus historique comme Galia pour le secteur automobile. Certains autres enfin, sont le résultat d'un travail mené entre acteurs du marché et utilisateurs tels qu'EPC Global pour la distribution. À côté de ces standards, il existe aussi des normes garantissant l'interopérabilité entre les différentes solutions RFID. Difficile donc de s'y retrouver.

Dans le cadre du projet de recherche européen Grifs (Global RFID Interoperability Forum for Standards), une base de données en ligne sur les normes internationales RFID est mise à disposition (*). Elle permet d'obtenir un aperçu de la situation actuelle dans le domaine de la normalisation RFID. Des recherches peuvent être effectuées sur les domaines d'application, l'organisation de la normalisation et le statut de cette dernière. Actuellement, une information détaillée est disponible pour environ 160 normes.

(*) www.grifs-project.eu/db/

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