Nanoparticules dans les aliments : l'Anses teste une méthode pour évaluer leurs risques sur la santé

Pour mesurer leurs impacts des nanoparticules sur notre santé, l'Anses, l'agence nationale de sécurité sanitaire alimentaire, a testé une méthode innovante qui a permis d'identifier les premiers risques liés à l'usage du dioxyde de titane (TiO2), un additif très présent dans les gâteaux et les sucreries. Les industriels, de leur côté, restent flous sur l'utilisation de ces additifs dans leurs produits.
37 nanoparticules ont été identifiées par l'Anses et doivent être étudiées pour évaluer leurs risques sur notre santé
37 nanoparticules ont été identifiées par l'Anses et doivent être étudiées pour évaluer leurs risques sur notre santé (Crédits : Reuters)

« Nous savions que nous étions susceptibles de trouver des nanoparticules, mais nous avons été surpris de l'ampleur. » C'est la constatation d'Avicenn, l'association de veille et d'information civique sur les enjeux des nanosciences et nanotechnologies, après avoir passer au crible 23 produits de notre consommation courante allant du jambon cru d'Aoste au médicament anti-coagulant de Bayer en passant par une brosse à dent Signal. Résultat : 20 produits sur 23 contiennent des nanoparticules en quantité variable.

Si la présence des nanoparticules dans notre quotidien n'est pas nouvelle, son risque pour la santé est, pour l'heure, incertain. L'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (Anses) finalise actuellement une méthodologie nanospécifique qui a pour but d'évaluer l'impact de ces particules, présentes dans « plus de 4.000 produits alimentaires », sur notre organismeLes premiers tests grandeur nature ont été pratiqués sur le dioxyde de titane ou E171, un colorant alimentaire blanc très répandu dans les sucreries et les gâteaux. Un lien entre cette nanoparticule et un dysfonctionnement de l'intestin et du foie est possible.

La France comme une des pionnière dans la mesure de nanoparticules

L'Anses travaille sur cette méthodologie de mesure depuis 5 ans maintenant. Après une première étude des nanoparticules existantes ainsi que leur présence dans les aliments, l'agence a évalué les propriétés physiques de ces éléments. « Les nanoparticules se comportent différemment des autres substances. Du fait de leur taille, elles sont susceptibles de passer des barrières biologiques comme celles de l'intestin et de s'accumuler dans différents organes », explique Bruno Teste, coordinateur de l'expertise et chargé de projets scientifiques au sein de l'unité d'évaluation des risques liés aux aliments de l'Anses.

Cette dernière étape consistait à la mise en œuvre de la méthode en conditions réelles sur le dioxyde de titane (TiO2), la nanoparticule la plus connue du monde scientifique. Les résultats montrent que cet outil développé par l'Anses fonctionne dans la prise de mesure et qu'une approche nanospécifique est nécessaire pour évaluer correctement les risques. Une avancée à harmoniser avec l'Autorité européenne de sécurité des clients (Efsa) qui a développé sa propre méthode de son côté. L'objectif final : proposer un guide qui évalue les risques des nanoparticules pour notre santé.

Lire aussiNanoparticules et aliments : le gouvernement met la pression sur l'Anses et les industriels

Les enfants sont les plus touchés

Les premiers résultats de l'Anses montrent que toutes les classes d'âges sont exposées au dioxyde de titane mais ce sont les enfants qui sont les plus touchés. « Cet additif, aujourd'hui interdit en Europe, était utilisé dans différents aliments dont les gâteaux à base de crème et de sucre glace, des confiseries ou dans certains laits pasteurisés. A partir du moment où il y a du blanc dans l'alimentation, c'est probablement du dioxyde de titane. Plus nous vieillissons, moins nous sommes exposés au E171. C'est lié à nos pratiques de consommation », précise Bruno Teste.

L'Anses recommande aux industriels d'éviter l'utilisation des nanoparticules au maximum tant que les résultats sur la santé ne sont pas confirmés. Depuis 2014, ils ont l'obligation de notifier la mention "nano" sur les étiquettes des produits alimentaires. Une mesure très peu appliquée en réalité.

Les industriels font la sourde oreille

Si certains industriels ont joué le jeu d'enlever les nanoparticules de la composition de leurs produits, force est de constater que la tendance est plutôt à l'absence de réaction.   « Beaucoup d'industriels sont peu soucieux et nous disent qu'ils sont dans la réglementation des doses », déplore Mathilde Detcheverry, déléguée générale d'Avicenn. Pour rappel, les nanoparticules sont utilisées dans les produits alimentaires pour améliorer la texture ou l'appétence d'un aliment. L'Anses dénonce le manque de données de la part des industriels qui empêchent d'avancer dans l'étude des risques pour la santé.

« Nous avons remarqué que l'additif E551 qui est utilisé dans les aliments en poudre a disparu des étiquettes. Pourtant, nos tests en retrouvent dans de nombreux produits, nous sommes très surpris ! » Avicenn demande plus de transparence au niveau de l'étiquetage des produits et un meilleur contrôle de la réglementation.

Les prochaines étapes restent à identifier clairement le risque d'une accumulation du dioxyde de titane dans l'organisme puis d'étendre la méthodologie à toutes les autres nanoparticules. Un travail de fourmi, nécessaire pour Mathilde Detcheverry : « c'est très peu en poids dans un produit mais ça représente des milliards de nanoparticules dans notre organisme ».

Sujets les + lus

|

Sujets les + commentés

Commentaire 1
à écrit le 15/12/2022 à 8:45
Signaler
Il serait temps que les autorités publiques s’intéressent aux multiples poisons qu'ont intégrés les agro-industriels dans notre nourriture. Tiens d'ailleurs il faudrait savoir s'ils mangent ce qu'ils nous vendent...

Votre email ne sera pas affiché publiquement.
Tous les champs sont obligatoires.

-

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.