Rosatom lève le voile sur une centrale modèle

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Copyright Reuters (Crédits : Rosatom)
Reportage à Rostovskaya, le plus moderne des établissements de RosAtom qui souhaite en faire une vitrine.

Un mois et demi après la catastrophe de Fukushima, RosAtom s'est décidé à inviter une poignée de journalistes à la centrale Rostovskaya, dans le Sud de la Russie. Une centrale constituant une vitrine car il s'agit de la plus moderne. Ses deux réacteurs de type VVER 1000 à eau pressurisée, sont respectivement en exploitation depuis 2001 et 2009, tandis que deux autres réacteurs sont en construction, l'un devant entrer en service en 2014, l'autre en 2016.

La route cabossée menant à la centrale mène jusqu'à un check point similaire à celui d'une base militaire. Ordinateurs et téléphones portables sont proscrits. La direction autorise avec parcimonie la photographie des lieux, avec interdiction absolue de capturer le moindre détail du système de sécurité.

À l'entrée, notre délégation croise fortuitement un groupe d'ingénieurs d'Alstom. À peine a-t-on le temps de leur poser une question que les ingénieurs sont sèchement informés qu'ils « n'ont pas accès aux journalistes ». Alstom a formé avec RosAtom une coentreprise pour la production de turbines à basse vitesse.

La visite de la centrale est menée par son ingénieur en chef, Andrei Salnikov, qui explique que l'établissement de Rostovskaya est vital pour l'économie locale, car il alimente quatre régions souffrant d'un déficit chronique en électricité. Sur un ton paternaliste, il répète en boucle qu'il est interdit de toucher à quoi que ce soit, surtout les boutons, et de déranger le personnel auquel a été confié de hautes responsabilités. Nous visitons la salle où se trouve la gigantesque turbine à vapeur du second réacteur. L'engin, de fabrication ukrainienne, date de 1987 et effectue 1.500 tours par minutes. « Les ingénieurs d'Alstom que vous avez vu tout à l'heure sont venus observer notre équipement afin de nous faire une offre visant à améliorer l'efficacité de la turbine », explique Andrei Salnikov.

Trois systèmes de sécurité

Sur la sécurité, Andrei Salnikov est formel. « Cette centrale possède trois systèmes de sécurité parallèles. Dans le cas où l'un serait en réparation et que le deuxième souffrirait d'un vice caché, le troisième fonctionnerait à coup sûr », assure l'ingénieur depuis la salle de commande qui donne l'impression d'être ultra-moderne, si l'on fait abstraction d'une icône orthodoxe surplombant les moniteurs. S'agit-il d'un signe de superstition alors que la centrale se trouve dans une région à forte activité sismique ? « La centrale est conçue pour résister à un séisme de magnitude 7 », rétorque Andrei Salnikov.

L'antienne récitée à travers tout le globe selon laquelle le dôme des réacteurs « est capable de résister à la chute d'un avion de 20 tonnes volant à 700km/h » nous est servie. En revanche, l'ingénieur en chef refuse de révéler si oui ou non la centrale est protégée par un système de défense anti-aérien. « Je n'ai pas le droit de vous répondre sur ce point », sourit Andrei Salnikov, justifiant l'opacité par les précautions de sécurité. « Mais sachez que notre centrale est la mieux notée par RosAtom en terme de sûreté et que l'Agence Internationale pour l'Énergie Atomique (AIEA) nous classe parmi les cinq centrales les plus sûres du monde », se félicite-t-il. La satisfaction de l'opérateur et de l'AIEA à l'égard de Rostovskaïa constituent les seules garanties sur la sécurité du site car en Russie, il n'existe aucun contrôle indépendant des centrales. Dans ce contexte, le discours rassurant de RosAtom gagnera en substance lorsque l'opérateur fera visiter ses centrales les plus vieilles, celles de Smolensk et de Leningrad, dont les réacteurs RBMK sont du même type que ceux de Tchernobyl.

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