Ils veulent écrire le prochain chapitre de l’histoire moderne du chapeau en Haute Vallée de l’Aude… Dans cette vallée ouvrière, abîmée par quarante années de désindustrialisation, une coopérative, MontCapel, et un maire, celui de Montazels, portent ensemble un projet de territoire autour de la relance de la fabrication ancestrale de chapeaux "made in Occitanie". Récit d’un combat.Un peu d'histoire pour commencer : qui se souvient qu'en Haute Vallée de l'Aude, on fabriquait des chapeaux à grande échelle depuis la deuxième moitié du 19e siècle ? L'âge d'or de cette activité se situe dans les années 1920-1930, où sont alors en activité une quinzaine de chapelleries, employant plus de 6.000 personnes. Les chapeaux et cloches (matière première en feutre qui sert de base à la fabrication du chapeau) étaient exportés dans le monde entier, et la production était d'environ 2 millions de chapeaux et 8 millions de cloches par an...
Mais à partir des années 1960, la mode change et le port du chapeau recule. Dans les années 1970-1980, la situation des manufactures chapelières se complique et un long déclin s'amorce, tandis que la fabrication des chapeaux est accaparée par l'Asie... La dernière chapellerie encore en activité, n'employant plus qu'une dizaine de salariés, réussit à perdurer jusqu'en mars 2018 dans le village de Montazels (environ 600 habitants) situé à une heure au sud de Carcassonne.
C'était sans compter sur la détermination d'une poignée d'irréductibles citoyens de ce territoire rural, très attachés à un savoir-faire ancestral qui a nourri bon nombre de familles. Parmi eux, Sonia Mielke, originaire de Montazels, qui ne se résout pas à abandonner l'ancien site de la chapellerie de Montazels, dernière chapellerie de France capable de fabriquer son feutre et ainsi de fabriquer un chapeau, de la laine au chapeau fini. Elle fait le pari de ressusciter cette activité, de la développer et d'en faire une entreprise économiquement viable.
Un patrimoine industriel de 1.500 moules
Sur la friche industrielle, devenue propriété de la commune, les immenses bâtiments presque à l'abandon recèlent encore des trésors : un outil de production avec des machines (centenaires) et 1.500 moules (permettant plus de 500 modèles de chapeaux différents). Un patrimoine industriel d'exception qui sera la base du projet.