L'été de tous les dangers pour la zone euro
François Roche
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L'été est souvent propice aux crises, comme le rappelle l'historien américain Harold James(lire l'article "La drôle d'histoire des crises estivales"). La zone euro aborde la période estivale dans les pires conditions et sans que des réponses définitives aient été apportées sur les voies de sortie de la récession, la supervision bancaire européenne et la puissance de feu du MES, les trois questions les plus urgentes du moment. Dans son dernier rapport, le FMI insiste sur le risque que fait peser sur l'économie mondiale une inaction prolongée des autorités européennes ou de nouveaux délais dans la mise en place du plan de redressement que tout le monde attend. La tonalité outre-Atlantique a d'ailleurs changé ces derniers mois. De plus en plus d'analystes, d'économistes, de gestionnaires d'actifs posent désormais ouvertement la question des chances de survie de la zone euro d'ici à la fin 2012.Depuis la fin juin, l'épargne mondiale fuit la zone euro, et notamment les pays jugés à risque comme l'Espagne ou l'Italie. Au niveau international, tous les signaux sont au rouge. Olivier Blanchard, le chef économiste du FMI, insiste sur le fait que « la zone euro doit réussir », comme un dernier appel à la raison.
Certes, le sommet du 28 juin a permis aux états membres de montrer qu'ils avaient une amorce de plan, que la rupture du lien entre risque souverain et risque bancaire était salutaire, que la création d'une agence de régulation bancaire européenne procédait d'une logique positive, mais, poursuit le rapport du FMI, « la détérioration récente du marché de la dette souveraine démontre que la priorité doit être à la mise en ?uvre concrète et rapide de ces mesures, et à de nouveaux progrès dans l'union bancaire et budgétaire ».Les conditions sont-elles réunies pour que la mise en ?uvre rapide du plan du 28 juin soit envisageable ? Techniquement, ce n'est pas si sûr. Les conditions de mise en ?uvre de l'Union bancaire européenne posent les difficultés que l'on sait, notamment concernant les mécanismes de garantie des dépôts, les conditionnalités mises au sauvetage d'une banque en difficulté. Concernant le pacte budgétaire, rien n'empêche plus sa ratification par la France, mais ce sont dans les conditions concrètes de sa mise en ?uvre que des tensions risquent d'apparaître. Politiquement, le champ est encore plus miné. Depuis le sommet du 28 juin, l'atmosphère en Allemagne a changé. L'impression prévaut qu'Angela Merkel a cédé sur tous les fronts. En acceptant le principe d'une Union bancaire aux contours flous, en laissant le MES recapitaliser les banques espagnoles sans exiger de sérieuses garanties, en autorisant ce même MES a acheter des obligations italiennes, la chancelière a donné l'impression de céder au chantage de l'Europe du Sud, qui bénéficiait de surcroît du soutien de la France. Comme le résumait ces jours-ci dans le Financial Times l'ancien patron des patrons allemands, Hans-Olaf Henkel, « de plus en plus d'Allemands sont en train de découvrir que si l'Europe a beau parler allemand désormais, elle continue d'agir français ». À l'extérieur de l'Allemagne, pourtant, l'impression prévaut toujours que l'Allemagne est inflexible et qu'elle administre aux pays du Sud de continuelles leçons de bonne gestion. La problématique politique de la chancelière allemande est telle qu'elle devra à un moment ou un autre réconcilier le discours à l'usage des Grecs et la conséquence de ses actes vis-à-vis des Allemands. Et il n'est pas certain que cela aille dans le sens d'une accélération des décisions prises le 28 juin... Un fait nouveau est apparu depuis le dernier sommet européen : les marchés ne croient guère dans le redressement de l'Espagne et de l'Italie, ce qui se traduit par des taux d'emprunts à la limite du supportable sur longue période. En Espagne, le plan de sauvetage des banques n'a même pas créé de mouvement d'optimisme. Il ne se traduira pas par des injections de crédits nouveaux à l'économie, faute d'offre et aussi de demande.
François Roche
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