Urgent. Loue île proche d'Athènes. Cause dettes.
Elisa Perrigueur, à Athènes
Ce contenu est réservé aux abonnés La Tribune
Elisa Perrigueur, à Athènes
Ce contenu est réservé aux abonnés La Tribune
Une île fantôme. Sur l?île des Rêves, située au c?ur du golfe d?Eubée, l?un des berceaux du développement de la civilisation grecque, plus rien ne vit. Ce petit bout de terre de 6,6 hectares, situé dans le sud-ouest de l?île d?Eubée, à proximité d?Athènes, a été abandonné il y a cinq ans?Derrière les grands arbres se nichent deux hôtels de 52 chambres, des restaurants vides et 46 bungalows défraîchis. Sur les plages désertes trônent encore quelques transats et parasols, un terrain de tennis, une discothèque, un théâtre en plein air, plusieurs « beach bars » et même une église. L?île des Rêves, lieu touristique, a toujours appartenu à la commune d?Eretria, à laquelle elle est reliée par un petit pont. Les entreprises municipales, gestionnaires des bâtiments, ont fait faillite les unes après les autres. La dernière, en 2007, a légué à Eretria une ardoise de 2 millions d?euros avant de s?envoler. « Ce coin a toujours été ?mal exploité?, des propriétaires mafieux d?hôtels et de restaurants ont tout détruit, confie Costas, un habitant d?Eretria, qui s?y rend depuis 1960. C?est triste, car l?île a une longue histoire. »
La première île grecque livrée au secteur privé
Katia, une employée de la mairie d?Eretria, rappelle que « c?est sur l?île des Rêves, point de passage, que les marins grecs faisaient escale pour se laver et se restaurer au retour de leurs périples. En 1967, raconte-t-elle, les Beatles avaient adoré la région, ils avaient été séduits par l?île juste en face de l?île des Rêves, et avaient projeté de l?acheter ! »L?économie d?Eretria est essentiellement fondée sur le tourisme. « Nous comptons 10.000 habitants en temps normal, mais nous passons à 40.000 ou 50.000 habitants avec l?arrivée des touristes grecs et étrangers, explique le maire d?Eretria, Vasileios Velentzas. L?abandon de tous les bâtiments de cette île affecte vraiment le dynamisme de la commune. » Plusieurs hôtels avec vue sur l?îlot en friche ont effectivement fermé. Les restaurants alentour ont perdu de leur clientèle. Le taux de chômage d?Eretria a grimpé ces dernières années, comme dans l?ensemble de la Grèce ; il frôle les 25%.En 2008, la municipalité d?Eretria décrète un changement de stratégie. Faute d?exploiter elle-même l?îlot, elle décide de le céder aux investisseurs privés pour une durée déterminée, « à condition que son exploitation soit uniquement touristique ». Le conseil municipal, qui n?a besoin d?aucune autre autorisation spécifique pour concéder l?île des Rêves, vote sa location jusqu?en 2043, pour la somme de 100.000 euros par an. L?île des Rêves devient ainsi la première île grecque à être livrée au secteur privé à des fins touristiques. À deux reprises, la mairie lance un appel d?offres aux investisseurs grecs, toujours sans succès.« Alors en 2012 nous avons ouvert la transaction à l?international », explique Vasileios Velentzas. Pour l?heure, huit investisseurs étrangers se sont montrés intéressés. Ils sont originaires d?Arabie saoudite, des États-Unis, de Russie ou d?Europe. L?acquéreur sera officiellement choisi le 29 novembre prochain.
La mairie d?Eretria assure que « les précédentes dettes de l?île ne seront pas à la charge du locataire », mais elle entend toutefois imposer quelques contraintes. Si le futur acquéreur aura le droit d?aménager et de construire quelques nouveaux bâtiments, aucun arbre ne pourra être abattu, « sauf cas extrême ». L?investisseur pourra aussi exploiter les contours de l?île, en créant des marinas ou de petits ports. Cependant, le locataire sera contraint d?embaucher des habitants d?Eretria, à hauteur de 60% de son personnel. « Ce lieu touristique a besoin de trente personnes au grand minimum pour fonctionner en basse saison. Ce pourra être beaucoup plus en haute saison », précise le maire. Enfin, l?accès à l?île devra rester ouvert aux habitants d?Eretria.
« Cette privatisation démontre les nombreux défis et opportunités auxquels font face les investisseurs hôteliers étrangers en Grèce, souligne Philip Ammerman, consultant économique. Le prix est compétitif, la situation géographique, près d?Athènes et de l?aéroport, est attrayante. Mais il existe un risque de conflit politique. Et en cas de changement de municipalité, personne ne garantit que le nouveau maire suivra la feuille de route des investisseurs. »
Elisa Perrigueur, à Athènes
🔴SpaceX, l'Australie contre les droits de douane de Trump, loi de programmation militaire... L'essentiel de l'actualité ce jeudi 4 juin
La crise énergétique menace jusqu'à 1,3 million d'emplois en Europe
Budget : la sombre prévision de la Commission européenne pour la France
Ruptures conventionnelles : voici de combien sera réduite la durée de votre allocation chômage