Les secrets de la force d'Angela Merkel
Romaric Godin
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97,94 % ! En Allemagne, on appelle cela un résultat « digne de la Chambre du peuple », le parlement de la RDA. Pourtant, c'est bien le score obtenu par Angela Merkel lors du congrès de la CDU à Hanovre ce mardi. Un résultat record pour la chancelière elle-même : son précédent record datait d'il y a douze ans, en 2000, lors de sa première élection. Elle avait alors obtenu 95,2 % des voix des délégués chrétiens-démocrates. Il est vrai que l'ancienne physicienne est-allemande, malgré sa discrétion et son manque absolu de charisme, est donc sur le point d'écrire une page de l'histoire de l'Allemagne de l'après-guerre. Si elle parvient en septembre prochain à conserver sa place à la chancellerie et qu'elle va jusqu'au bout de ce troisième mandat, ce qui semble aujourd'hui, au regard des sondages, hautement possible, elle aura occupé ce poste pas moins de 15 ans et aura ainsi dépassé Konrad Adenauer (1949-1963). Dans l'histoire allemande, seuls deux chanceliers se seront maintenus au pouvoir plus longtemps qu'Angela Merkel : Helmut Kohl (chancelier de 1982 à 1998) et Otto von Bismarck (chancelier de 1871 à 1890). Comment la fille de pasteur du Mecklembourg, élevée en ex-RDA, a-t-elle réalisée ce tour de force ? Plusieurs éléments de réponse sont possibles.
L'absence d'alternatives
Angela Merkel est seule au sein de la droite allemande. Aucune des grandes figures de la CDU et de sa s?ur bavaroise CSU n'est capable de s'imposer comme une véritable alternative. La ministre de l'Emploi, Ursula von der Leyen, est certes populaire, mais elle est beaucoup trop « centriste ». A l'inverse, le ministre président bavarois Horst Seehofer est beaucoup trop conservateur. Angela Merkel seule allie la popularité et le maintien de ce très subtil équilibre entre les tendances de la droite allemande. Hasard ou pas, ceux qui pouvaient représenter un vrai danger ont été exclus de la course. L'ancien président fédéral Christian Wulff a perdu toute prétention à la chancellerie en démissionnant avec fracas sur fond de scandale. La carrière du fringant et très populaire ancien ministre de l'Economie Karl von Guttenberg a sombré dans une affaire de plagiat qui risque de le discréditer pour longtemps. Enfin, son ministre des Finances et ancien rival Wolfgang Schäuble n'a plus guère d'ambitions personnelles et préfère rester dans l'ombre de la chancelière.
Romaric Godin