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Événements - La Tribune AURA

Une Epoque Formidable [UEF2020] : « Cette pandémie peut être notre chance »

La Tribune Auvergne-Rhône-Alpes

Publié le 20 octobre 2020 à 04:00 - Mis à jour le 20 octobre 2020 à 06:20

UEF 2020 scène

UEF 2020 scène

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Le Quotidien Numérique

04 juin 2026

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1 400 spectateurs, 28 000 visionnages en live sur la seule journée du 12 octobre : la 5e édition du forum Une époque formidable organisé par La Tribune au Théâtre des Célestins de Lyon aura battu des records, et défié la torpeur ambiante. La vingtaine d’intervenants – philosophes, artistes, neuropsychiatre, sociologues, scientifiques – s'étaient mobilisés pour disséquer, interpréter et redessiner la « formidable époque » que nous traversons. Pour, aussi, éclairer demain.

Il se posait comme « l'événement qui prend le temps et qui s'interroge », en pleine crise sanitaire. Un moment pour prendre du recul, et se retrouver en compagnie d'intervenants de haut rang : Boris Cyrulnik, Aurélien Barrau, Dominique Méda, Jean-François Delfraissy, Jean Viard, Corinne Lepage, Laurent Berger, Salomé Berlioux, Philippe Torreton et bien d'autres... Le Forum Une époque formidable, organisé par la Tribune au Théâtre des Célestins, a remporté son pari en rassemblant, pour sa cinquième édition, près 1.400 participants en présentiel, mais également un cumul de 28.000 visionnages en live sur les réseaux sociaux, rien que lors de la première journée d'échanges de lundi. Une édition inédite, qui s'est déroulée sous un format exceptionnel mixant présentiel et digital, avec pour dessein de permettre de comprendre, conscientiser et surtout agir.

Car en dépit des sévères contraintes sanitaires, philosophes, artistes, essayistes, neuropsychiatre, sociologues, scientifiques se sont succédé sur scène pour « raconter » leur dissection, leur expérience de cette époque désarticulée, mais aussi en analyser les ressorts. Avec un mot d'ordre : prendre du recul et préparer demain et après-demain, qui nécessite plus que jamais de faire preuve d'agilité, d'adaptabilité, et même d'une gymnastique intellectuelle et organisationnelle, en vue de s'adapter collectivement. Plusieurs l'auront résumé : « Cette pandémie peut être notre chance ». Mais à quelles conditions ?

Temporalités incompatibles

Alors que des voix continuaient de s'élever au cours des derniers jours pour critiquer la gestion de l'épidémie par les autorités sanitaires, le président du Conseil scientifique, Jean-François Delfraissy a tenu à nuancer : « La prise de décision en politique est de l'ordre de quelques jours, alors que la science s'échelonne sur plusieurs mois. Les notions de temporalités sont importantes : la science se construisant sur le doute, et la politique, sur les certitudes ».

Une manière, pour celui qui se définit avant tout comme « un médecin et un chercheur », de remettre en perspective les rôles de chacun, à la fois victime et acteur d'un moment inédit de civilisation. « Fondamentalement, ce qui pose question, c'est ce climat de défiance vis-à-vis des politiques, et qui commence à s'exprimer aussi à l'endroit des scientifiques eux-mêmes ». Car face à des mesures jugées parfois « difficiles à accepter », Jean-François Delfraissy rappelle que cette pandémie place chaque citoyen dans une position très délicate.

«Chacun d'entre nous est en train d'hésiter entre une vision strictement individuelle, qui peut primer, et une vision plus large, plus collective ».

« Une autre épidémie »

« Notre ennemi n'est pas le virus, mais nous-mêmes. Puisse-t-il provoquer l'électrochoc dont nous avons besoin », espérait même le biologiste Gilles Boeuf. Qu'il s'agisse de la place des femmes, de la notion d'espace vital, ou encore d'une réduction de notre empreinte carbone et de notre mobilité, symbolisée par nos déplacements aériens... : le biologiste a énuméré les conditions à réimaginer dès aujourd'hui pour qu'une société offre à nouveau « un espace à chacun », ainsi que les circonstances du bonheur dans lesquelles pourraient ensuite s'épanouir chaque individu, à l'image de toute espèce vivante. Avec une mise en garde : « Si nous ne changeons pas nos comportements, nous nous risquons à voir apparaître une autre épidémie ».

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Dès lors, on peut s'interroger : jusqu'où la planète pourra-t-elle supporter une population de plus en plus importante ? Mais surtout, comment anticiper, s'organiser et innover ? Pour Alice Baillat, experte des phénomènes migratoires, le coronavirus a bel et bien modifié la vision même que nous avions jusqu'ici de la mobilité, et sa mise en oeuvre. « L'immobilité est devenue le privilège, alors que la mobilité, c'est-à-dire voyager loin, est désormais synonyme de danger », atteste-t-elle. « Arrêtons cette frénésie de croire que parce que l'on est riche, on peut échapper à tout », déplorait à son tour Gilles Bœuf.

Duprogrès à imaginer, et à questionner

Cette crise sanitaire aura aussi été l'occasion de repenser la notion de progrès, qu'il soit scientifique - à travers le développement de nouveaux traitements et outils de diagnostics -, mais également technologique et sociétal, en générant de de nouveaux usages, comme le suscitent les nouveaux modes de déplacements qui emmènent toujours plus vite et plus loin, les smartphones aux performances accrues mais également plus énergivores, les outils digitaux qui ouvrent de nouvelles perspectives mais éloignent aussi davantage...

« Il n'y a pas de progrès sans effets secondaires», confirme le psychologue Boris Cyrulnik.

Alors que le confinement a dopé les pratiques de travail à distance, lui faisant ainsi connaître un essor qui aurait sans ces circonstances aurait mis plus d'une décennie à s'installer, cette révolution interroge elle aussi sous plusieurs aspects. « Technologiquement, le télétravail est une victoire technique stupéfiante. Il est magique de communiquer en temps réel avec des individus vivant à l'autre bout du monde », atteste Boris Cyrulnik, tout en pointant ses limites : « Les conversations face à un écran sont compliquées, fatigantes, alors que nos conversations sont habituellement remplies d'émotions, de symboliques. Or l'écran nécessite un travail sur la communication double ». Et d'insister : la digitalisation généralisée des échanges nuit en premier lieu aux facultés d'empathie ; dès lors, comment penser une civilisation et faire société ?

L'astrophysicien grenoblois Aurélien Barrau, invité à échanger sur le défi éthique qui convoque à la fois la Terre et l'Espace, qualifiait quant à lui cette relation, ou plutôt cette inféodation aux technologies comme « une addiction 'perdant-perdant' qui abrutit et participe à la catastrophe écologique ».

Balayant d'un revers de main le lieu commun selon lequel les écologistes se positionneraient, de fait, « contre le progrès scientifique », il a appelé à adopter une vision plus large : « Le recul des livres face aux réseaux sociaux n'est pas non plus un progrès ».  Avec la volonté de s'appuyer plutôt, en ces temps incertains, sur les vertus de la culture : « La poésie c'est, une fois la connaissance acquise, le droit, le devoir de tout remettre en question ».

Uneterre à habiter autrement, avec sa jeunesse

Bien entendu, la notion du respect de la terre, ainsi que la réponse à apporter aux dérèglements et aux changements climatiques, sont revenus sur le devant de la scène à plusieurs reprises. Avec, entre autres, la nécessité d'agir : « Croire que parler climat et résoudre les problèmes climatiques est la même chose illustre bien la pensée magique, sans poésie. Pour ainsi dire, 80% de la salle sera d'accord avec moi mais demain, les émissions de CO2 continueront à augmenter », confirmait Aurélien Barrau.

Dès lors, comment bâtir une écologie politique qui ne soit ni excluante ni injuste, mais qui rassemble ? Comment envisager une économie écologique qui soit performance et justice ? Des enjeux auxquels ont tenté de répondre Corine Pelluchon et Corinne Lepage, Isabelle Delannoy et Gaël Giraud, à travers leur échange. Et des enjeux que le débat entre la sociologue Dominique Méda et le syndicaliste Laurent Berger aura éclairés, à l'aune d'un « changement radical » sollicitant redéfinition des critères de PIB, remise en question d'une croissance aveugle et indéfinie, ou encore démocratie sociale en entreprise.

Et si, malgré tout, l'espoir venait de la jeunesse ? Une jeunesse certes désenchantée, fracturée par ses inégalités sociales et territoriales, pointée du doigt comme le principal vecteur par lequel le virus pourrait s'infiltrer jusqu'au cœur de la société ; mais aussi, une génération engagée, fer de lance des hashtags MeToo et des mouvements Youth for climate, qui revendique des perspectives pour son avenir, ainsi qu'une terre à habiter.

UEF2020
Photo d'illustration (Crédits : DR)

Ecrireun récit de victoire

« Bien que nous vivions encore, en ce moment, le temps de la pandémie, il va falloir construire le récit de la victoire et dire que ce sont ces jeunes, cette génération 2020, qui a gagné la guerre contre le virus », exprimait le sociologue Jean Viard, en appelant dès à présent à « reconnaître » le rôle exercé par la jeunesse dans cet épisode difficile, qui ternit temporairement leurs perspectives d'avenir.

« Etre jeune aujourd'hui, c'est quoi ? C'est aller à la rencontre, à la découverte de l'autre, faire l'amour et côtoyer qui l'on veut », a rappelé le sociologue, dans ses échanges avec la présidente de l'Association Chemins d'Avenirs, Salomé Berlioux, qui évoquait le manque de perspectives des jeunes issus des territoires ruraux, pour lesquels le sentiment de déclassement serait accru par la pandémie.

Et maintenant, lorsqu'on a dit ça, on fait quoi ? « Quels conseils nous donneriez-vous pour traverser cette période, marquée par tant d'incertitudes ? », ont questionné trois étudiants lyonnais de Made In Sainte-Marie Lyon. Avancer, expérimenter, se faire une place malgré tout... ou, comme le résumait Jean Viard : « Soyez un peu plus révolutionnaires, au fond, l'innovation est dans la rupture »­.

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  • Une époque formidable [UEF2020] : Maintenant, "je" fais quoi ?
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Ce récit de victoire est venu aussi des artistes Karol Beffa et Philippe Torreton, rappelant que l'issue ne sera heureuse que si elle est créativité. Il est venu enfin d'un formidable et même magique tandem, presque bicentenaire, composé du sociologue Edgar Morin et de l'agroécologue Pierre Rabhi, qui en chœur l'ont clamé : cette issue sera heureuse en effet s'il y a créativité, elle le sera aussi s'il y a « intelligence et amour ».

La Tribune Auvergne-Rhône-Alpes

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