"Montpellier en 2050" : le double défi de construire et d’innover

Le Club de l'éco immobilier, organisé par La Tribune Montpellier le 15 mars 2019, dans le cadre du salon de l'immobilier
Christine Caville

Le Club de l'éco immobilier, organisé par La Tribune Montpellier le 15 mars 2019, dans le cadre du salon de l'immobilier
Christine Caville
Tous, autour de la première table ronde, s'accordent à le dire : on ne peut pas concentrer sur la ville centre seule toute la production de logements nécessaires pour héberger la population toujours plus nombreuse de la métropole montpelliéraine.
Selon Elodie Nourrigat, architecte montpelliéraine (NBJ Architectes), « soit on positionne la ville centre comme Toulouse qui absorbe tout, soit on s'appuie sur un territoire plus équilibré, ce qu'a su faire Montpellier. On doit considérer la métropole comme un écosystème : milieu, ensemble et interaction, les trois outils pour avoir un territoire équilibré. Il faut préserver des échelles appropriables pour chacun des territoires, et non une sur-densification de la ville centre ».
Mais la construction de la ville suppose aussi d'intégrer certaines contraintes, comme préserver des espaces naturels, tenir compte des contraintes climatiques, prévoir les mobilités, et s'appuyer sur une économie attractive.
Comment les villes en fabrique ou en renouvellement s'approprient-elles la dimension de ville connectée et des nouveaux usages induits par les nouvelles technologies ?
« Les prémices de la ville intelligente ont eu pour effet de rendre la ville plus efficace en matière de gestion de l'eau ou des transports par exemple, ajoute Elodie Nourrigat. La 2e phase vise à mettre en place des services aux citoyens, des outils d'autogestion et de gouvernance. Les nouvelles technologies permettent aussi de constituer d'une nouvelle façon des communautés à travers des projets communs, qui peuvent aussi être une manière d'utiliser l'espace public. »
Cette dimension est évidemment considérée par les aménageurs, dès la conception des quartiers.
Vincenzo Susca, sociologue à l'Université Paul Valéry Montpellier 3, jette un œil dans le rétroviseur et alerte sur un point : « Quand on intervient sans avoir à l'esprit l'histoire, il y a des ruptures. Montpellier est la ville la plus américaine de France ! Nous sommes dans un laboratoire du changement, mais ça peut être dangereux car ces nouveautés ne sont pas culturellement et socialement fondées, on ne prend pas en compte "l'habité". Les sciences sociales et humaines doivent être au centre du jeu : aujourd'hui, il faudrait voir comment les gens habitent, réfléchir sur "l'habité" et enfin construire... Le quartier Antigone a été un laboratoire du post-modernisme architectural. Mais en ne prenant pas en compte la force urbaine, on risque le vide que ce quartier a produit : c'était une innovation mais qui fut une faillite... Le quartier Port Marianne est un "Black Mirror" (en référence à la série télévisée, NDLR) : tout est parfait et lisse, mais où est la place de l'humain ? La Smart City ne pourra être habitable que si elle prend en compte l'animalité de l'homme, l'émotion, le rêve, le défaut. »
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C'est justement pour éviter toutes les dérives des nouvelles technologies du point de vue sociétal qu'un consortium de laboratoires de recherche et partenaires industriels ont lancé le projet HUT* (Human at Home) à Montpellier, en octobre 2018 : un appartement observatoire connecté truffés de capteurs, où seront scrutés à la loupe l'impact des nouvelles technologies sur le comportement de ses habitants (un binôme étudiant).
Avec ses 22 thèmes de recherche, HUT n'est pas un défi technologique (qui existe déjà par ailleurs) mais s'intéresse aux nouveaux usages.
Le Montpellier en renouvellement expérimente de nouveaux modèles en s'appuyant sur ses forces vives. Sur le futur quartier de l'ex-EAI, la Halle Tropisme est la première brique d'un projet qui sera dédié aux industries culturelles et créatives.
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Hind Emad, fondatrice et CEO de Faciligo (plateforme d'entraide entre voyageurs) à Montpellier, apporte sa réflexion sur les mobilités : « La fin de la voiture en ville, c'est un idéal. Elle a révolutionné l'espace-temps, a influencé la métropolisation de nos villes, elle est utile et nécessaire dans certains territoires, mais il peut y avoir des alternatives avec une empreinte carbone plus intéressante et aussi un intérêt économique... Aujourd'hui, le transport aérien ou ferré observe une augmentation importante des demandes de prise en charge en aéroport ou en gare : Faciligo répond à cette demande qui représente un coût pour les opérateurs comme Aéroports de Paris, SNCF ou les opérateurs de transport dans les villes ».
Quant au concept de véhicule autonome (dit de "Level 5" dans l'industrie), selon la jeune femme, « ce sera difficile d'atteindre ce niveau de robot-taxi avant dix ans »...
* L'Agora des Savoir à Montpellier propose une soirée dédiée au projet HUT le 20 mars prochain.