Ghana : le deal « bauxite contre 2 milliards de dollars de Sinohydro » fait toujours polémique
Aboubacar Yacouba Barma

Bauxite
Reuters
Aboubacar Yacouba Barma

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C'est la question à 2 milliards de dollars qui continue d'enfler la polémique au Ghana ! L'accord conclu entre le gouvernement ghanéen et la firme multinationale chinoise Sinohydro Corp est-il un mécanisme innovant de financement ou bien un prêt déguisé ? Pour les autorités, il s'agit d'une alternative destinée à lever des fonds auprès de nouveaux partenaires financiers afin de combler le déficit du pays en infrastructures sans impacter les équilibres macroéconomiques. Mais pour l'opposition, il s'agit bel et bien d'un prêt qui va alourdir le poids d'une dette qui est déjà à un niveau alarmant.
Les députés de l'opposition viennent en ce sens de saisir le FMI pour qu'il se prononce sur la question, alors que le Parlement a déjà ratifié l'accord en juillet dernier et que le président Nana Akufo Addo a annoncé que le deal sera définitivement scellé la semaine prochaine. Le chef de l'Etat est attendu en Chine où il effectuera une visite de travail en marge de sa participation au Forum de coopération Chine Afrique prévue les 3 et 4 septembre prochain à Beijing.
Le gouvernement ghanéen est donc suspendu au verdict du FMI avec qui il est en train de finir la mise en œuvre du programme convenu en 2015 au titre de la Facilité élargie de crédit (FEC), avec à la clé un engagement financier de 918 milliards de dollars. L'accord qui avait permis au pays de réajuster sa situation économique est à sa dernière année de mise en œuvre. Le président a déjà fait savoir qu'il n'entend point reconduire le programme avec le FMI qui arrive à échéance en décembre prochain, mais pour ce faire, il doit atteindre plusieurs objectifs, notamment la réduction de la dette publique.
L'institution de Breton Woods dispose donc toujours d'un droit de regard sur les marges de manœuvre du gouvernement et c'est cette brèche que les députés de l'opposition entendent saisir pour bloquer le deal qui est à sa dernière phase finale.
«Nous sommes fermement convaincus que cet accord du gouvernement avec Sinohydro est un prêt qui vient s'ajouter à l'encours de la dette et nous sommes préoccupés par le fardeau des coûts d'emprunt supplémentaires pour le contribuable déjà surchargé», a ainsi déclaré à Reuters Haruna Iddrisu, chef de file de l'opposition.
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Selon les estimations des agences de notation internationale notamment Moody's, la dette du Ghana dépassera les 70% du produit intérieur brut (PIB) d'ici décembre, contre 63,8% au mois de mai. Une hausse engendrée principalement par la décision du gouvernement de financer la création d'une nouvelle banque qui prendra en charge les actifs des prêteurs en difficulté.
L'accord, objet de la polémique, a été préparé et soumis par le gouvernement au Parlement qui l'a ratifié en juillet dernier avec le soutien de sa majorité. Il porte sur une enveloppe de 2 milliards de dollars que China's Sinohydro Corp mettra à la disposition du pays en échange de produits raffinés de bauxite. Justifiant l'accord, le ministre ghanéen des Finances, Ken Ofori-Atta, a expliqué que l'argent devrait servir à financer des projets d'infrastructure qui ont été bien sélectionnés et qui contribueront à combler le déficit du pays dont les besoins en financement sont estimés à quelque 30 milliards de dollars.
Le Ghana qui dispose d'importants gisements de bauxite va construire une raffinerie dans les trois prochaines années et sélectionnera son propre partenaire pour le raffinage de la bauxite. Le deal avec Sinohydro s'inscrit donc dans la stratégie du gouvernement de combler le déficit d'infrastructures du Ghana par le biais d'un mécanisme innovant de financement qui se base sur une exploitation judicieuse des ressources naturelles du pays.
Selon le ministre Ofori-Atta qui présentait le projet au Parlement, la transaction n'augmentera pas le stock de dettes du pays, car «aucun revenu ou ressource ne sera affecté par l'arrangement avec Sinohydro». Cependant, pour l'opposition, il ne s'agit que de la poudre aux yeux, le troc n'étant «qu'une facilité de crédits qui va alourdir le poids de la dette».
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En attendant le verdict du FMI, le gouvernement est bien décidé à aller jusqu'au bout de sa logique. Pour l'opposition, au-delà de la polémique, c'est de pouvoir démontrer que le président Akufo-Addo ne respecte pas ses engagements, lui qui a promis d'alléger la dette publique qui plombe la stratégie de développement du pays.
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