Poweo EnR change de main, Neoen s'invite chez EDF EN dans l'éolien offshore

Le producteur d'énergie verte Neoen et le fonds Axa Private Equity vont se partager les actifs de Poweo EnR. Une opération qui concerne trois marchés - solaire, biomasse et éolien - mais qui devrait surtout avoir des conséquences stratégiques sur un segment en particulier : l'éolien offshore.

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Tout a commencé fin 2010, quand le français Poweo, en très grande difficulté financière, a cédé son pôle production à l'opérateur autrichien Verbund, son actionnaire de référence. Poweo EnR, branche énergie verte de Poweo Production, était passée à 100% dans le giron de l'autrichien... qui s'en déleste aujourd'hui. La vente de Poweo EnR valorise la société
autour de 50 millions d'euros. Les détails précis de l'opération ne sont pas dévoilés.

Neoen et Axa Private Equity
Le closing est prévu cet été, mais le partage est déjà fait. D'un côté, le fonds Axa Private Equity fait l'acquisition des parcs éoliens en activité de Poweo EnR. Des actifs cumulant 100 MW de puissance, qui viendront renforcer le portefeuille de sa filiale Kallista Energy. De l'autre, le producteur indépendant d'énergie verte Neoen, filiale de Direct Energie, s'empare du reste de la société : son nom commercial, ses effectifs, ses actifs photovoltaïques, ses projets biomasse et son portefeuille éolien en développement, terrestre et offshore. Un mouvement qui consolide la position de Neoen sur ses différents marchés et confirme ses ambitions.
Neoen se renforce ainsi dans plusieurs énergies vertes. La jeune société, fondée en 2008, s'accapare de 14 MW de solaire en opération (dont une centrale de 12 MW à Toreilles / Pyrénées-Orientales), en plus d'un portefeuille photovoltaïque en développement. Elle met aussi la main sur 70 MW de projets biomasse sécurisés par l'appel d'offres CRE 3, dont les premiers MW doivent entrer en construction dès 2013. Neoen acquiert enfin un portefeuille de 30 MW d'éolien terrestre en phase de construction. Des actifs importants, voire stratégiques comme dans la biomasse, mais l'enjeu du rachat est aussi (surtout ?) à chercher du côté de l'éolien offshore.

Poweo EnR : une position stratégique dans l'éolien offshore
Avec cette opération, Neoen réussit en effet un joli coup sur l'échiquier français, au moment même où l'Etat lance un vaste appel à concurrence pour déployer 3 GW au large de ses côtes, sur cinq zones bien définies. Hier concurrentes sur l'éolien offshore, Neoen et Poweo EnR sont aujourd'hui liées. Une nouvelle donne qui pourrait bouleverser le jeu des alliances noué autour d'EDF Energies Nouvelles.
En effet, Neoen est ambitieux sur l'éolien en mer et souhaite jouer un rôle clé (apporteur de projets et investisseur) dans les consortiums qui se forment actuellement. Il a convaincu la Caisse des Dépôts (CDC) de l'accompagner : un appui fort, tant financier que symbolique. Les deux acteurs ont créé Neoen Marine, société détenue à 80% par Neoen qui se dit prête sur deux zones (Saint-Brieuc et Courseulles-sur-Mer), en développement sur deux autres (Fécamp et Saint-Nazaire) et attentive sur la cinquième (Le Tréport). Son positionnement n'est pas encore tranché, entre la recherche de partenaires ou la participation à un consortium déjà constitué.

Neoen s'invite chez EDF EN
Du côté de Poweo EnR, la société est positionnée officiellement sur deux zones de l'appel d'offres, Courseulles-sur-Mer et Saint-Brieuc, dans le cadre du consortium structuré autour d'EDF EN, du fabricant de turbines Alstom et de l'énergéticien danois Dong Energy. Sur ces deux zones, le sort de Poweo EnR restera lié à ce consortium quoi qu'il arrive. Neoen voit d'ailleurs d'un bon oeil les alliances de Poweo EnR : "L'entreprise a été l'une des premières a s'allier à EDF EN et dispose de ce fait d'une position privilégiée sur les zones ciblées. Elle a négocié une belle place dans le consortium," note Xavier Barbaro, le directeur général de Neoen.
Un constat qui montre la belle opération réalisée par la filiale de Direct Energie, qui s'invite ainsi chez EDF Energies Nouvelles via Poweo EnR. La grande question est de savoir quel rôle va jouer Neoen vis-à-vis d'EDF EN. Les choses seront plus claires à l'issue des négociations prévues entre les deux acteurs dans les prochaines semaines.

EDF EN bousculé ?
Les calculs de l'entreprise dirigée par David Corchia devraient dans tous les cas être bouleversés. La stratégie d'EDF EN est claire jusqu'à présent : une société holding détenue majoritairement, constituée avec Dong Energy, chapeaute les cinq zones. Le groupe a d'ailleurs expliqué à GreenUnivers récemment qu'il n'attendait pas d'autre partenaire dans cette "société tête de pont". Cette holding doit prendre ensuite une part majoritaire dans les sociétés de projets où se trouvent les développeurs, comme Poweo EnR.
De son côté, Neoen expliquait à GreenUnivers en mai dernier, bien avant l'acquisition de Poweo EnR, envisager deux scénarios dans le cadre du premier round français de 3.000 MW. Le premier visait la constitution d'un consortium à part entière, avec l'appui d'un grand groupe européen (énergéticien et/ou turbinier), sorte de "troisième force" face aux équipes constituées par EDF EN et GDF Suez. Le deuxième scénario visait à allier Neoen Marine à l'un des consortiums déjà constitués, c'est à dire à EDF EN ou GDF Suez !

Deux scénarios
Aujourd'hui, la première piste a perdu de son intérêt. Reste la deuxième option, et Poweo EnR pousse Neoen dans les bras d'EDF EN. La filiale de Direct Energie est d'ailleurs pragmatique : "Nous avons des ressources humaines et financières importantes et nous souhaitons jouer un rôle assez large au niveau du consortium constitué autour d'EDF EN et au niveau de la structure holding", suggère Xavier Barbaro.
Dans le cas inverse, Neoen aurait à faire des choix compliqués au niveau de sa société Neoen Marine. Cette dernière, qui a vocation à se placer dans le cadre de l'appel d'offres, ne pourra pas être concurrente de Poweo EnR et EDF EN. Xavier Barbaro évoque donc une autre hypothèse : "Nous réfléchissons également à la pertinence de séparer nos deux activités. Neoen Marine pourrait ainsi exister indépendamment de nous dans un autre consortium". Néanmoins, les intérêts de Neoen semblent plutôt du côté du premier scénario.
Reste enfin les réflexions de Neoen concernant la préparation du deuxième appel d'offres éolien offshore français, promis par le gouvernement en 2012. L'entreprise travaille déjà sur les prochains sites hypothétiques et pourra s'appuyer aussi bien sur ses travaux en interne que sur ceux de Poweo EnR. La prise de contrôle de cette dernière conforte sur le long terme les ambitions de Neoen dans l'éolien offshore...

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