« Un directeur développement durable connait rarement le bureau de son directeur informatique »

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Les grands groupes français se sont-ils (enfin) emparés de la thématique du green IT ? Interview de Thierry Rudowski, administrateur de l'Alliance Green IT qui organisait en décembre une conférence sur ce sujet.

Cleantech Republic : Les grandes entreprises françaises sont-elles désormais sensibles à la thématique du green IT ?

Thierry Rudowski : Il est difficile de tirer des généralités. Ce qui a changé, c'est qu'il y a désormais beaucoup moins de buzz. Il y a quelques années, ce sujet était fortement poussé dans les grands groupes par les responsables du marketing et de la communication. Cela a entraîné beaucoup de petites actions ponctuelles. Aujourd'hui, le buzz est retombé, il y a moins d'actions, mais les grands comptes pionniers lancent des projets plus intéressants en s'engageant à plus long terme.

Quels sont les sujets prioritaires pour un grand groupe en matière de green IT ?

En général, l'idée c'est de commencer par une opération qui engendre un retour sur investissement. Cela permet de démontrer en interne que le vert peut aussi être rentable. Les grands groupes entament donc souvent leur politique green IT par des projets de réduction de la consommation énergétique. L'économie réalisée va permettre de financer d'autres actions sur lesquelles le retour économique est moins évident à quantifier.

Faire des économies sur son budget informatique, difficile d'être contre...

Oui, même s'Il faut ensuite remettre les chiffres en perspective. L'enjeu de la réduction informatique pour une DSI est notable mais pas spectaculaire. Si on prend l'exemple d'un groupe pétrolier, le budget de fonctionnement de la DSI doit représenter environ deux jours de forage. A l'intérieur de ce budget, la consommation d'électricité doit représenter 1% des dépenses. Au final, le groupe peut donc espérer économiser environ un tiers de ce 1%.

C'est assez pour justifier des investissements ?

Il y a des ressemblances avec la sécurité informatique. La sécurité informatique n'a pas de retour sur investissement. L'important c'est de réduire le risque. Il faut trouver le bon compromis entre le risque acceptable et le budget qu'on est prêt à investir. Pour moi le green c'est un peu pareil sauf qu'il y a une véritable rentabilité.

Sur quels aspects portent les stratégies green IT misent en place par les grands groupes ?

Les actions portent majoritairement sur les infrastructures. C'est-à-dire les parcs informatiques, les imprimantes, les PC et les datacenters. Si vous évoquez le green IT à un DSI, il va souvent vous répondre virtualisation, extinction des PC ou rationalisation des impressions... Maintenant il faut se poser la question : est-ce que la finalité du GreenIT c'est vraiment ça ? Est-ce que j'essaye de « faire du green » sur un système d'information déjà existant ou est-ce que je ne dois pas plutôt concevoir différemment les projets en amont ?

C'est ainsi qu'on distingue des actions ponctuelles d'une véritable stratégie green IT ?

La bonne stratégie à terme, c'est de construire son système ou son projet afin de réduire l'infrastructure qui sera derrière. Or pour l'instant nous sommes peu sollicités sur des démarches de ce type. Il y a quelques groupes pour lesquels le développement durable est stratégique. Le DSI est donc obligé d'intégrer cette notion. A l'inverse, il y a encore beaucoup de grands groupes où le directeur développement durable ne connait ni le nom ni le bureau du DSI.

Quelle serait la démarche green IT idéale pour un grand groupe ?

Il faut concevoir une véritable stratégie. Quand on discute avec les DSI, ils déclarent tous faire du green IT. Dans les faits, ce sont souvent des actions ponctuelles qui ne relèvent pas d'une démarche globale. La première étape c'est donc de définir une stratégie, puis d'étudier comment l'intégrer le plus en amont possible dans les projets. Il faut définir les transverses qui concernent tous les projets informatiques. Pour moi, l'évolution majeure du green IT est là : passer de sujets purement infrastructures à des sujets de conception.

En période de crise, mener une véritable stratégie green IT peut effrayer les décideurs des grands groupes...

Au contraire, je pense que c'est justement en période de crise qu'il faut traiter ces sujets là. Les DSI voient encore trop souvent le green IT comme un sujet de communication, donc cela fait partie des dossiers qui passent sous le bas de la pile. Or c'est un sujet de rationalisation qui permet de gagner en agilité. En économisant sur les ressources logicielles, le système sera beaucoup plus agile le jour où l'activité repartira.

Plus largement, quelles devraient être les futures grandes innovations dans le green IT ?

Tout ce qui porte sur la consommation énergétique est intéressant mais ne représente qu'une petite partie du green IT. Il y a de plus en plus de logiciels de réduction de la consommation énergétique. Globalement ils sont pertinents, même s'il est parfois compliqué de les déployer sur un grand parc informatique. Comme je le disais précédemment, nous pensons que la partie logicielle est vraiment importante. Elle commence à être traitée via des initiatives comme le GreenCodeLab. Il s'agit d'améliorer la qualité des logiciels en amont pour engendrer un impact au niveau de l'infrastructure. D'autres sujets sont en train d'émerger. Aujourd'hui, nous travaillons par exemple pour un client sur une politique green IT concernant les téléphones mobiles. Cela recouvre différentes problématiques comme la durée de vie, le recyclage ou les applications développées sur les terminaux.

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En savoir plus sur l'AGIT...

Fondée en 2011, l'Alliance green IT fédère les acteurs du green IT afin de promouvoir l'usage des TIC dans le développement durable. Par la mise en place de groupes de travail, l'organisation de débats et la production d'études, l'association vise également à prendre position sur les grandes enjeux du green IT. L'Alliance green IT fédère aujourd'hui une trentaine de sociétés adhérentes : grands groupes, consultants, éditeurs de logiciels ou encore gestionnaires de data-centers.
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Cleantech Republic

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Commentaires
a écrit le 19/04/2013 à 20:18 :
oui

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