La Réunion transforme ses déchets de canne à sucre en électricité

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Pour espérer atteindre une complète autonomie énergétique d'ici 2030, l'île de La Réunion compte notamment sur les ressources de la canne à sucre.

Un territoire français 100 % d'autonome en énergie ? C'est le pari fou que s'est lancée l'île de La Réunion, en 2009, suite au projet GERRI. Ce groupement d'intérêt public s'était alors fixé pour objectif de rendre l'île totalement autonome énergétiquement d'ici 2030. Issue du Grenelle de l'Environnement, cette structure a été remplacée, en avril dernier, par une société publique locale « Énergies Réunion ». L'objectif demeure lui inchangé. Pour l'atteindre, la SPL compte évidemment sur l'énergie solaire et hydraulique, mais aussi la bagasse. Deuxième source d'énergie renouvelable de l'île, l'utilisation des déchets de la canne à sucre fournit déjà actuellement un dixième des foyers de la Réunion en électricité. Bagasse et centrales thermiques, portrait d'une énergie 100% réunionnaise.

Définition et fonctionnement

La bagasse est le résidu de la canne à sucre issu du broyage de celle-ci une fois extrait le jus. Pour obtenir la bagasse, les cannes à sucre sont acheminées dans les usines sucrières puis, après séparation des fibres, placées dans un moulin qui, en les broyant, sépare le jus des fibres, autrement dit la bagasse. Le jus, environ 70% de la canne, servira à produire le sucre et ses produits dérivés (comme le rhum par exemple) et la bagasse, déplacée dans une centrale thermique située en général à proximité, permettra la production d'électricité. Avec près de 1 900 000t de cannes produites par an, c'est 537 000t de bagasse consumées dans les deux centrales thermiques de La Réunion: la centrale thermique du Gol, à Saint-Louis au sud de l'île et la centrale thermique de Bois-Rouge à Saint-André au nord.

Réunion et bioénergie

Comme l'explique Philippe Rondeau - responsable des études et projets sur le développement durable de Tereos Océan Indien - « la Réunion est la première productrice de canne à sucre en Europe et s'est toujours efforcée d'améliorer ses rendements et la qualité de ses produits sucriers ». Ainsi, chaque usine (près de 180 au début du siècle) était dotée d'une chaudière à bagasse qui lui permettait de produire l'électricité nécessaire à son fonctionnement. Cependant les résidus issus de la canne restaient considérables et c'est l'usine de Beaufonds à Saint-André (aujourd'hui fermée) qui apportera une solution durable à ce problème « pour la première fois on parlait d'optimisation thermique et l'excédent de la production d'électricité était vendu à EDF ». Ceci marque un tournant décisif dans l'histoire de la bagasse qui devient ainsi énergie de ressource renouvelable. Mais la campagne sucrière, qui s'échelonne du mois de juillet à la fin du mois de novembre, ne peut couvrir une production électrique annuelle. Les centrales thermiques ont donc recours le restant de l'année au charbon. Toujours dans une démarche d'optimisation du rendement et de valorisation des ressources renouvelables, La Réunion innove à nouveau et crée en 1991 un système de chaudière bi-combustible: « c'est une première mondiale qui prouve à nouveau le savoir-faire technologique de La Réunion. Ce système de chaudière représente une véritable prouesse technologique car elle permet de brûler à la fois un matériau dense, le charbon, et une fibre légère, la bagasse. Et ceci aboutit à un rendement global meilleur ». Cette découverte aboutit à l'ouverture de la première centrale thermique à La Réunion avec le groupe Charbonnage de France, aujourd'hui Albioma (ex : Séchilienne-Sidec). La deuxième se construira au Gol trois ans plus tard en 1995.

Quand la bagasse devient biomasse

Le dernier bouleversement intervient en 2009. « La Réunion est précurseur car elle s'est inscrite, cinq ans avant le protocole de Kyoto, dans la lutte contre le réchauffement climatique avec le recyclage de la bagasse pour réduire les émissions de gaz. Enfin, la bagasse devient biomasse ». C'est la reconnaissance officielle de la bagasse et une victoire pour l'ensemble de la filière environnementale, car « EDF achète plus cher le KWh. C'est donc une meilleure rentabilité et la valorisation du travail de l'ensemble des planteurs de l'île ». A l'heure actuelle, l'utilisation de la bagasse permet la production de 277 GWh d'électricité, soit la consommation de 91 000 habitants environ et permet d'éviter l'importation de 138 000t de charbon. Une réussite pour le Syndicat du sucre créé en 1908 qui poursuit ses recherches afin d'optimiser toujours plus l'exploitation des biomasses.

L'avenir de la bagasse

Le centre de recherche eRcane, appuyé par le CTICS (Centre Technique Interprofessionnel de la Canne et du Sucre de La Réunion) et Tereos, s'occupe de la sélection de nouvelles variétés plus productives (plus de sucre et plus de fibres ainsi que des variétés mieux adaptées aux reliefs et climats de La Réunion) tout en menant des travaux de recherche à l'avant-garde du progrès énergétique, agronomique et technologique car, comme le souligne P. Rondeau, « la canne à sucre présente une très grande biomasse à l'hectare ». En effet, en plus du sucre et de la fibre, la canne à sucre possède également une valeur organique végétale très importante. « L'idée est de se substituer de plus en plus aux ressources pétrolières des champs. La richesse de la canne permet une utilisation de qualité de l'engrais minéral qui remplace les désherbants chimiques ». Parallèlement, le centre de recherche Cirad se préoccupe des enjeux environnementaux, économiques et sociaux de la culture de la canne à sucre et propose aux acteurs de la filière-canne, agriculteurs, industriels et institutionnels, des techniques agronomiques rentables soucieuses de la préservation de l'environnement et de la biodiversité. De plus en plus développées dans le monde (Maurice, Guadeloupe et récemment au Brésil), la bagasse représente aujourd'hui une alternative d'envergure et un produit majeur dans le cadre du développement durable.

Bio express de l'auteur
Traductrice de formation, Natacha Berkovits sillonne depuis dix ans le monde avec sa plume et son sac-à-dos. Elle anime le site franco-espagnol La Trédactrice web.

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Commentaires
a écrit le 04/06/2013 à 17:27 :
le blog de Mme Berkovits est dicté par la campagne de com de la filière sucrière actuellement
déchainé par celle-ci par peur de perdre les subventions de Bruxelles.Une vision vieillotte qui
ne correspond plus à la situation actuelle.
La Réunion c'est un'Ile de pollueurs de toute nature,trafic routier à l'asphyxie,déchets et ordures
villes,forets,ravines débordants.Manque d' épurateurs dans 6 villes sur 10.Plages polluées,etc.
La Réunion,importe(2012) pour 1.5 milliards d'euro et exporte pour 150.millions.Chiffres des
services des douanes.Les produits sucrières (sucre,rhum,bagasse) représentent 50 % des
exportations de l'Ile...
850.000 habitants,PIB 26ème place des régions françaises.135.000 chomeurs,120.000 anal
phabètes.160.000 assistés (CAF) 71.% des foyers ne sont pas imposables.La CAF pour
l'année 2012 a versé 1.6 milliards d'allocations.
A part la canne qui occupe 60 % des terres cultivables,la Réunion ne produits presque rien à
part des produits agricoles bas de gamme.
L'article cité est une forme de com pour soutenir la filière sucrière qui sans les subventions de
Paris et Bruxelles sera destinée à disparaitre.Les prix à l'export (80 % France) sont superieur
de 20 % de ces du marché mondiale.Pour ce peu de bagasse il ne faut pas soulever autant
de poussière.Sarkozy et Fillon ont abandonné le projet Gerri parceque inutile et trop cher.

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