Hydrogène : « La filière française va enfin décoller »

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Station service hydrogène 700 bars (Logic H2) ouverte au Danemark en juin 2011
Station service hydrogène 700 bars (Logic H2) ouverte au Danemark en juin 2011 (Crédits : AFHYPAC)
Après avoir reçu officiellement le rapport parlementaire « L’hydrogène : vecteur de la transition énergétique ? », Arnaud Montebourg a déclaré, le 20 janvier dernier, sa flamme à cette « molécule extraordinaire ». Interview de Pascal Mauberger, Président de l’Association Française pour l’Hydrogène et les Piles à Combustible (AFHYPAC) et Président du directoire de McPhy Energy.

Cleantech Republic : Que pensez-vous des préconisations du rapport parlementaire ?

Pascal Mauberger : Elles nous conviennent tout à fait, et sont d'ailleurs tout à fait conforme aux messages que nous avions envoyés aux parlementaires lors de leurs travaux. Les cinq grandes propositions sont synergiques et nécessaires à la création d'un véritable écosystème. L'évolution de la réglementation vers plus de souplesse, de simplicité, et surtout vers l'harmonisation européenne, est néanmoins un préalable à toutes les autres. Notre association y travaille d'ailleurs depuis plusieurs années : les technologies et l'expérience acquise par les industriels permettent désormais de considérer l'hydrogène comme n'importe quel carburant. Nous sommes donc à la fois satisfait par le rapport et optimistes pour le décollage de l'hydrogène en France.

Pourtant le rapport annonce « dix ans de retard » pour la filière…

Il faut préciser cette affirmation pour la nuancer. Certes le marché français est à la traine, mais c'est loin d'être irréversible : l'Allemagne ne dispose pour l'instant que d'une quinzaine de stations-services hydrogène ! En revanche, plusieurs entreprises françaises sont des championnes du sujet, et déjà très actives hors de nos frontières (ndlr : Air Liquide, McPhy, Symbio FCell…). On trouve également des labos de R&D de premier plan dans l'hexagone. Enfin, « qui peut le plus, peut le moins » : les industriels français du secteur ont dû œuvrer à l'étranger pour se développer, ils sont donc opérationnels à 100%, expérimentés, et dans les starting-blocks pour créer une filière nationale. Je suis donc très confiant : nous allons rattraper le retard pour peu que l'environnement politico-réglementaire soit favorable.

Vous êtes donc également satisfait de la prise de position d'Arnaud Montebourg ?

Bien sûr. Ses déclarations du 20 janvier sont pour nous un événement fondateur : c'était le message politique fort nécessaire au lancement. Le ministre a bien compris les enjeux de l'hydrogène : une énergie locale, créatrice d'emploi et de valeur (ndlr : le ministère annonce plusieurs milliard d'euros par an d'ici 10 à 15 ans), bonne pour la balance commerciale - on exporte de la technologie et des services, tout en limitant l'importation d'hydrocarbures -, et même « bon marché ».

Qu'attendez-vous de sa « feuille de route » ?

Un phasage cohérent. Et comme je le disais, d'abord simplifier la réglementation. Ensuite amorcer la pompe de la mobilité par un plan de déploiement et la commande publique pour des flottes de véhicules, tout en soulageant les risques d'implantation des stations-services hydrogène par une fiscalité attractive pour l'usager final. Enfin, la mise en œuvre rapide du plan « autonomie et puissance des batteries » (ndlr : l'un des 34 plans imaginés par le ministère du redressement productif), qui devrait booster l'usage des piles à combustible (PAC) à hydrogène, et même, nous l'espérons sincèrement, l'intérêt des constructeurs automobiles français pour cette technologie.

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Le rapport parlementaire en bref…

Préconisations principales :

  • Prise de position forte du gouvernement en faveur de l'hydrogène
  • Programmation et financement (notamment partenariats public/privé)
  • Création d'un « Comité national d'orientation de la filière hydrogène »
  • Levée des freins réglementaire, notamment sur le transport et le stockage
  • Mise en place d'une fiscalité dérogatoire
  • Incitations à l'achat de véhicules à hydrogène, notamment pour les flottes
  • Sollicitation et soutien des territoires autour de la filière
  • Développement de la coopération internationale, notamment avec l'Allemagne.


Cleantech Republic

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Commentaires
a écrit le 31/01/2014 à 14:45 :
Travaillant dans la navigation aérienne, j'ai eu l'occasion de voir le résultat de l'explosion d'un générateur d'hydrogène pour le lancement de ballon sonde, bâtiment complètement soufflé. J'imagine un accident de voiture avec ce type de combustible, les passagers seront désintégrés. Ce n'est pas une solution pour les transports, bien trop dangereux.
a écrit le 30/01/2014 à 12:10 :
Pile à combustible. Déjà au point aux USA , au Japon. Revoyez vos classiques , la technologie est déjà ancienne.
Réponse de le 30/01/2014 à 18:31 :
ou voyez vous dans l'article que ça n'existe pas ?
seulement il s'agit d'améliorer les rendements, encore et toujours, et comme pour tout type de techno
a écrit le 30/01/2014 à 12:01 :
Et d'où vient l'hydrogène? Pas de gisements. Actuellment, il faut le produire à partir du pétrole, gaz ou nucléaire. Peut-être un jour par la photosynthèse, avec cultures d'algues dans les déserts, mais c'est loin d'être au point. En attendant la "filière hydrogène", comme les éoliennes ou les panneaux solaires, permet de décrocher des subventions accordées par des politiciens ignorants, donc facilement manipulables.
Réponse de le 30/01/2014 à 18:32 :
l'électrolyse de l'eau, ça vous parle ?
L'objectif serait d'utiliser les pics de production d'EnR (lorsque production > consommation), pour effectuer de l'électrolyse à ce moment là, en espérant gagner en rentabilité avec des innovations technologique
Réponse de le 01/04/2017 à 17:00 :
Il y a plein de "puits" a hydrogène dans le monde,il faut chercher pour trouver.
a écrit le 29/01/2014 à 20:35 :
L'hydrogène est incontestablement l'avenir. Sa production est sous plusieurs formes : soit l'extraction du sol car il y a dans certaines zones du monde de l'hydrogène dans le sol , soit dans la fabrication "artificielle" de l'hydrogène. Mais les techniques de fabrication doivent évoluer car elles sont aujourd'hui trop coûteuses. En effet il faut de l'électricité (nucléaire) pour produire de l'hydrogène. La solution, à terme, serait de trouver une production d'hydrogène venant de l'électricité produite par l'énergie solaire. Ce qui nous renvoie à une augmentation du rendement énergétique des dispositifs existants actuellement (panneaux solaires) ou à l'invention de dispositifs innovants. Mais clairement une fois maîtrisée la production cette énergie est l'énergie écologique par nature.
Réponse de le 30/01/2014 à 19:18 :
"car il y a dans certaines zones du monde de l'hydrogène dans le sol", ah oui, où cela et sous quelle forme?
a écrit le 29/01/2014 à 20:09 :
On vas surement arrêter de manger pour produire suffisamment de plante pour produire ensuite de l'hydrogène... Pourquoi toujours imposé une seule solutions à l'excès plutôt qu'une multitude de petites. L'avenir n'appartient pas à une seule grosse énergie mais à beaucoup de petites. Si on continu de dérégler la nature elle aura toujours le dessus un jour ou l'autre. Elle est très patiente et gagne toujours...
Réponse de le 13/02/2014 à 17:55 :
@aaa
L'énergie la moins chère est celle qu'on ne consomme pas, et moins on en consomme, moins on risque de détruire la nature. Pour la croissance, on fait comment? Il faut en passer par la transition énergétique et le plus tôt sera le mieux. Nucléaire et gaz de schistes ne sont pas des réponses valables sur le long terme.
a écrit le 29/01/2014 à 17:45 :
L'hydrogène peut il être utilisé par autres que les véhicules ? L'hydrogène produit de l'électricité non ? Centrale a hydrogène ?
a écrit le 29/01/2014 à 17:12 :
Et l'hydrogène vient d'où ? Par quel moyen ? A quel coût énergétique ? Quel stockage ? Etc.. Mais si ca peut rassurer le consommateur moyen...

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