Au Brésil, Rhodia se tourne vers les matières renouvelables

Le chimiste fabrique des solvants « verts » à base d'éthanol mais préfère la pétrochimie pour la production de phénol.
(Crédits : © photothèque Rhodia)

Avec ses cheminées émergeant de la dense forêt brésilienne, l'usine de Paulinia, à 150 km au nord de São Paulo, a, de loin, des airs de ville désaffectée. Il n'en est rien : la plus grande des cinq usines brésiliennes de Rhodia emploie 850 salariés et autant de sous-traitants. Plus d'un million de tonnes de produits chimiques en sortent chaque année : du phénol et de l'acide adipique, utilisés pour fabriquer des plastiques polyamides (automobile, revêtements, chaussures?), mais aussi des solvants qui serviront en peinture, cosmétique ou pharmacie. Ses clients vont de Nike à AkzoNobel. De quoi assurer à Paulinia un chiffre d'affaires de 422 millions d'euros l'an dernier, la moitié des ventes de Rhodia au Brésil. « Ces activités amont, en croissance de 4 % par an, sont plus rentables que l'aval [fabrication des plastiques, Ndlr] », glisse Vincent Kamel, responsable produits intermédiaires et solvants chez Rhodia Brésil. Notamment parce que Rhodia est l'unique producteur d'acide adipique en Amérique latine. Paulinia assure ainsi un quart des résultats de l'activité polyamide de Rhodia.

Le chimiste n'exploite que 10 % des 1.800 hectares du site. Le reste est loué à des producteurs de canne à sucre de la région ou accueille des activités sorties du giron de l'ex-Rhône-Poulenc, aujourd'hui sous pavillon Air Liquide, Bayer, Exxon ou Merial. « Cela valorise le terrain et assure une certaine distance entre les habitations et le site, qui serait classé Seveso seuil haut en France », indique Jean-Pierre Clamadieu, PDG de Rhodia.

Un solvant ininflammable

À Paulinia, « plus de la moitié des produits sont fabriqués à partir de matière première renouvelable », explique Vincent Kamel. Cela vaut surtout pour les solvants, qui utilisent l'éthanol de canne à sucre. Premier consommateur industriel d'éthanol au Brésil, Rhodia dément cependant vouloir racheter un producteur local. « Nous pouvons nous fournir dans de bonnes conditions sans rachat », détaille Jean-Pierre Clamadieu qui se dit cependant intéressé par « la valorisation de la biomasse brésilienne pour la transformer en électricité ». Rhodia se tourne aussi vers d'autres matières « vertes ». Il vient de lancer Augeo, un solvant ininflammable et qui s'évapore peu. Il est issu du glycérol, résidu de la fabrication du biodiesel à partir de soja. Rhodia vise 20 % du marché. En revanche, le prix actuel du pétrole ne rend pas attractif le recours à l'éthanol pour la production de phénol. « Nous n'allons pas cesser d'utiliser les produits pétrochimiques sous prétexte que nous faisons du développement durable. Mais nous tentons de minimiser l'impact de nos productions sur l'environnement et la sécurité », souligne Jean-Pierre Clamadieu. n

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