« Il faut sauvegarder le modèle social de la France »
Lionel Canesi
Lionel Canesi, président de l'Ordre des experts-comptables de 2020 à 2022, estime qu'il faut entreprendre des réformes fiscales, des réductions de dépenses et des initiatives pour stimuler la croissance économique.
OPINION - La dette publique française, telle une ombre grandissante, s'étend inexorablement sur notre économie depuis des décennies. Aujourd'hui elle atteint des sommets vertigineux – plus de 110 % du PIB – et suscite des débats passionnés sur sa gestion et ses répercussions pour l'avenir de notre nation. La récente dégradation de la note de la France par les agences de notation, couplée à l'arrivée d'un nouveau Premier ministre, offre une occasion inédite de faire de la réduction de la dette un objectif partagé par tous. Par Lionel Canesi président national de l’Ordre des experts-...
... e 2020 à 2022, dirigeant de LC Cession.
Depuis les années 1980, la dette publique n'a cessé de croître, alimentée par des dépenses publiques conséquentes, des crises économiques répétées et des politiques de relance ambitieuses. Chaque année, le poids de cette dette se fait plus lourd, menaçant de compromettre notre avenir économique.
La dette de l'Etat français, que l'on peut assimiler à une société avec 67 millions d'actionnaires, est d'environ 3.200 milliards d'euros, soit 48.000 € par Français (13.000 euros en 2000 !). Le déficit de l'Etat est d'environ 160 milliards d'euros par an, une somme qui vient s'ajouter à la dette dans une fuite en avant ininterrompue depuis 1974. Les recettes de l'Etat sont de 348 milliards d'euros et ses dépenses de 516 milliards d'euros. Pour financer la dette et le déficit, l'Etat est obligé d'emprunter des sommes colossales tous les ans pour faire face aux dépenses courantes (retraites, salaires des fonctionnaires...). C'est comme si un Français qui gagne 3.500 euros par mois, en dépense 5.000 euros et va voir son banquier tous les mois pour emprunter la différence sans jamais rembourser le capital.
Renforcer notre indépendance
Les agences de notation, gardiennes impitoyables de la solvabilité des nations, ont récemment abaissé la note de la France. Elles pointent du doigt notre incapacité à maîtriser cette dette galopante. Cette dégradation pourrait alourdir encore davantage le coût de nos emprunts, rendant la gestion de la dette plus ardue. Les seuls intérêts de la dette représentent la totalité de l'impôt sur société soit 60 milliards d'euros. L'Etat dépense 4% de son budget en investissement et 11% dans les seuls intérêts de la dette !
Le nouveau Premier ministre, figure de proue de la rigueur budgétaire, devra esquisser dans les grandes lignes de son programme des réformes fiscales audacieuses et une réduction drastique des dépenses publiques, visant à redresser la barre et à alléger le fardeau de la dette.
Une dette colossale peut entraver la souveraineté d'un pays, le rendant vulnérable aux caprices des marchés financiers internationaux. En réduisant notre dette, nous pourrions renforcer notre indépendance et notre capacité à prendre des décisions autonomes, loin des pressions extérieures.
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Notre modèle social, pilier de notre identité nationale, est directement impacté par la dette publique. Les dépenses en santé, en éducation et en protection sociale sont menacées. Pour préserver ce modèle tout en réduisant la dette, des réformes structurelles s'imposent. Il s'agit de mieux gérer nos ressources et de réévaluer nos priorités budgétaires.
Faire consensus
En juin 1988, Michel Rocard prononçaient ses mots dans son discours de politique générale « je rêve d'un pays où l'on se parle à nouveau. Je rêve de villes où les tensions soient moindres. Je rêve d'une politique où l'on soit attentif à ce qui est dit, plutôt qu'à qui le dit. Je rêve tout simplement d'un pays ambitieux dont tous les habitants redécouvrent le sens du dialogue - pourquoi pas de la fête - et de la liberté. »
Pour parvenir à un consensus national sur la réduction de la dette, il est crucial de rassembler toutes les forces vives de la nation. Des réformes fiscales, des réductions de dépenses et des initiatives pour stimuler la croissance économique doivent être discutées et mises en œuvre de concert.
Personnellement je rêve d'un pays ou la réduction de la dette face consensus national. Antoine de St Exupery disait : « on n'hérite pas de la terre de nos ancêtres, on l'emprunte à nos enfants ». Nous l'avons collectivement oublié en transmettant aux générations futures le poids d'une dette colossale. Il est temps d'en prendre conscience et de mettre en place les conditions de sa réduction.
La dégradation de la note et l'arrivée d'un nouveau Premier ministre peuvent être perçues comme une opportunité de repenser notre gestion de la dette. C'est le moment idéal pour initier des réformes structurelles qui permettront de réduire la dette tout en préservant notre précieux modèle social.