Mobilité et territoires : pour une ambition métropolitaine à la hauteur des enjeux
Pascaline Lécorché et Thierry Dallard

Photo d'illustration
DR
Pascaline Lécorché et Thierry Dallard

Photo d'illustration
DR
La mobilité n'est pas un luxe. Elle n'est pas non plus un privilège. Elle est la clé de voûte de tout projet territorial digne de ce nom. C'est par la mobilité que tout commence : l'accès à l'emploi, au logement, à la santé, à l'éducation, à la culture. C'est aussi par elle que s'opère la transition écologique. La mobilité structure les vies, façonne les territoires, relie les citoyens.
La mobilité doit être la priorité des prochains mandats, le socle d'une ambition pensée et mise en œuvre à la bonne échelle.
Or, que constatons-nous aujourd'hui dans la métropole Aix-Marseille-Provence ? Des décennies d'atermoiements ont figé notre territoire dans un schéma de déplacements hérité des années 1980, quand la voiture individuelle dominait sans partage. Le territoire a pris des dizaines d'années de retard et il nous faut aujourd'hui décarboner, connecter, respirer.
En 1984, la ville inaugurait la 2ème et dernière ligne de métro créée à Marseille. Et depuis plus rien ou si peu quand la Lyon en compte 4 avec une densité de transports en site propre 20 fois supérieure à celle de Marseille. Nos 15 km de tramways ne rivalisent même pas avec les 44 du réseau grenoblois.
Et si des plans pour le transport se lancent enfin, ils sont loin de faire sens commun.
Face à ces carences, il est urgent de poser un cap clair : bâtir un réseau de mobilités métropolitaines cohérent, moderne, ambitieux, et pensé simultanément avec l'urbanisme de demain. Oui, cela demande du temps, de la concertation, de la méthode. Oui, cela exige des moyens conséquents, que les collectivités seules ne peuvent porter.
Au-delà d'être une politique publique dont le territoire a besoin, la mobilité est la clé d'une identité métropolitaine à construire. Elle donne corps à une métropole de projets qui fédère les territoires quand les logiques institutionnelles les ont trop longtemps divisés.
L’actualité qui compte pour vous, chaque jour dans votre boîte mail.

Pour penser la mobilité, ici, dans la métropole Aix-Marseille-Provence, il nous faut penser global. Notre territoire est multipolaire avec peu de continuité urbaine entre les pôles.
Il ne nous faut donc pas seulement étendre le réseau de la ou des villes centres il faut combiner les réseaux, les articuler, bien au-delà du champ de compétence respectif de chaque institution, et enfin les intégrer à une vision d'aménagement d'ensemble.
Pensons et réalisons de nouvelles infrastructures de transports collectifs, répondant à des besoins criants de déplacement, comme ceux des 100000 emplois et des 4 millions de voyageurs de la gare d'Aix TGV, du couloir Aix-Les Milles - Arbois -Vitrolles, prisonniers aujourd'hui de leur voiture sur une RD9 saturée matin et soir. Faisons de ces projets la colonne vertébrale des développements urbains à venir, et mettons fin à cet étalement urbain, cause et conséquence des politiques du tout voiture.
Faisons feu de tout bois pour faciliter l'intermodalité. Les ruptures de charges, c'est-à-dire le changement du mode de transport, sont un frein majeur au recours aux transports en commun.
Créons la métropole des gares. Utilisons le potentiel et les opportunités des gares d'Arenc, d'Aix TGV, de Vitrolles-Aéroport ou de Miramas. Accélérons leur connexion aux autres réseaux, aux mobilités douces, au tissu urbain et économique. Faisons de la future 3ème ligne de métro de Marseille et de ces futures gares, l'axe de développement d'une offre de logements faisant cruellement défaut.
Servons-nous du riche réseau de gares secondaires comme celles de La Ciotat, Saint-Marcel ou Sainte-Marthe, véritables leviers de mobilité durable au plus proche des gens.
Mettons au cœur de nos préoccupations la place du vélo et des piétons, par des vrais aménagements urbains pensés en complémentarités, sûrs et fonctionnels.
Les zones d'emploi d'aujourd'hui et de demain à Fos, aux Milles ou à Aubagne ont trop longtemps été hors champ des schémas de mobilité. Il est temps que cela change. Réfléchissons avec les entreprises et la métropole aux transports en commun et au développement d'une offre nouvelle, combinant mobilités douces et nouvelles infrastructures, pour les travailleurs car les trajets pendulaires du domicile-travail sont la première cause de l'embolie de nos routes.
Puisque notre métropole est immense et que la voiture est le premier kilomètre du déplacement de beaucoup d'entre nous, il faut repenser la question des parkings relais, dans leur dimension économique, foncière et urbaine. La logistique également du dernier km ne soit pas être un angle mort : elle peut et doit être décarbonée. Les solutions existent, mettons-les en place et accompagnons les changements d'usage.
Pour tout cela, mettons autour de la table, les acteurs économiques, les usagers, la région, la métropole, les syndicats, les aménageurs, l'Etat. Faisons coopérer les maires.
Il est grand temps de changer de braquet de faire de la mobilité un sujet gagnant-gagnant pour les habitants de la métropole qu'ils se sentent de la centralité ou de la périphérie. Prenons en compte, dans nos choix d'investissement et de financement l'équilibre entre extension et connexion des différents réseaux de transport.
Le prochain mandat métropolitain devra se mettre au service de notre territoire et dessiner un cap clair au service d'un réseau de mobilités métropolitaines durable, cohérent et ambitieux.
Pascaline Lécorché et Thierry Dallard