« La réindustrialisation est une bataille territoriale » (Régis Passerieux, sous-préfet d’Istres)
Régis Passerieux
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La fresque globale de la réindustrialisation vertueuse est certes encensée par l'opinion globale. Mais lorsque le citoyen la reçoit dans son voisinage, voilà une toute autre affaire : la crainte des accidents industriels - que l'industrie verte ne conjure pas -
le refus de tout camion de livraison, la peur de la saturation des routes, de l'atteinte aux paysages, de la perte de la valeur foncière des biens, et au-delà de toute nouveauté, de toute agitation, dans un monde instable, font peur. L'industrie nouvelle, même sans cheminées qui fument, n'échappe pas à ce butoir. Elle n'est pas hors sol. L'individu-consommateur et le citoyen producteur sont en conflit. Et c'est ainsi que produire des brioches en Bretagne, peindre un hélicoptère à proximité de son site de production à Marignane, produire du carburant vert à partir de la biomasse sur le site d'une ancienne centrale à charbon à Gardanne, ou amener une ligne électrique au long du Rhône pour fournir à des sites industriels les électrons verts dont ils ont besoin sont autant d'évidences pour faire industrie dans une nation moderne. Et ce sont pourtant de véritables parcours du combattant.
Il faut ajouter à cette résistance sociologique l'équation d'une judiciarisation de l'aménagement industriel. On a peine à en mesurer la complexité de l'écheveau légal et réglementaire tant qu'on ne s'est pas essayé à le démêler : l'entrelacs des directives européennes sur la biodiversité, des dispositions du code de l'environnement, des règles sur l'artificialisions, des zonages (Natura 2000, coupures vertes, trames bleues, SDAGE, espaces proches du rivage, espaces naturels sensibles...), des schémas régionaux et locaux, des règlements sur l'eau, sur la submersion marine, les incendies, les plans de protection des risques, des normes de concertation préalable, des règles de débat et d'enquête publique, sont des portes de slaloms si resserrées qu'aucun projet ne les aborde sans une paralysante appréhension. Autant de protections essentielles pour l'avenir de notre planète mais dont la stratification complexe et la superposition, au détriment d'une approche selon un bilan global, fournit alors à celui qui veut faire capoter un projet toutes les chances, à tout le moins le freiner, au pire de le dissuader.
Régis Passerieux