Refuser l’impasse de l’isolement
Emmanuel Noutary

Emmanuel Noutary est délégué général d'Anima Investment Network, basé à Marseille.
Lotti pix
Emmanuel Noutary

Emmanuel Noutary est délégué général d'Anima Investment Network, basé à Marseille.
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J'étais assez choqué en visionnant récemment l'interview de Remy Riou, le patron de l'Agence Française de Développement (AFD), dans l'émission matinale d'une grande radio française. Il était invité à s'expliquer à la suite d'accusations lancées par une député d'extrême droite qui reprochait à l'AFD... de faire son métier. J'ai trouvé assez triste de voir le journaliste attaquer Rémy Riou en relayant les arguments populistes. Comme si ce dernier devait quasiment s'excuser que la France ait des actions d'aide envers des pays moins favorisés.
Comme s'il fallait avoir honte. Honte de parler de solidarité, d'aide au développement, de faire reculer la pauvreté, de soutenir les droits humains, l'emploi des femmes, de permettre le décollage économique d'autres pays partenaires. Honte que notre argent de contribuable européen permette cela. Face à une telle agressivité j'ai trouvé Rémy Riou, bien qu'un peu bousculé, combatif et convaincant.
Effectivement la majeure partie des financements octroyés par les banques de développement comme l'AFD sont des investissements, ou des prêts, donc qui génèrent un retour sur investissement pour ces institutions.
Effectivement développer des opportunités et des emplois, faire reculer la pauvreté dans les pays en développement c'est réduire le nombre de candidat à l'émigration.
Effectivement les actions d'aide au développement financés par les pays européens impliquent des entreprises européennes, des collectivités locales. Elles créent de l'emploi et génèrent des retombées économiques également pour l'Europe.
Surtout, ces initiatives permettent de développer des solutions innovantes face aux crises sociales et climatiques, qui nous seront utiles en Europe demain quand nous ferons face aux conséquences du changement climatique de façon plus aigüe !
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Remy Riou aurait pu rajouter que notre objectif de souveraineté industrielle ne pourra se réaliser sans partenariat avec des pays proches qui nous offrent des leviers de compétitivité, et qu'un transfert de technologie vers ces pays est nécessaire pour mettre en place ce partenariat.
Ou encore, rappeler les travaux récents de Jacques Attali qui établit un lien entre l'altruisme d'une société et son progrès collectif.
Donc oui, en faisant de la coopération et de l'aide au développement, nous protégeons aussi nos pays, et nous investissons pour l'avenir. Pour le long terme, pour le vivre ensemble, pour la paix.
Ainsi, à cause de cette petite musique isolationniste et populiste qu'on accepte de normaliser dans de grands médias, on ne s'indigne pas en France quand, dans le même temps que Donald Trump supprime USAID, le budget de l'AFD qui ne représentait que 0,2% du budget et l'Etat français, diminue de près de 40% en 2025. Pas plus que les Anglais ou les hollandais ne s'indignent quand leurs gouvernements prennent des décisions similaires.
Fort heureusement, les budgets de l'Union européenne pour l'aide et la coopération internationale se maintiennent et l'objectif d'y consacrer 0,7% de notre PIB européen d'ici 2030 ne semble pas remis en question. C'est d'ailleurs l'Europe qui va financer la majeure partie des actions des banques de développement des Etats membres.
Le dernier essai de Dominique de Villepin qui nous invite à s'opposer à cette inversion des valeurs est une alerte nécessaire. Il faut nous inquiéter qu'on en soit arrivé à un point dans nos débats nationaux où il faut se cacher, s'excuser ou compter sur les institutions supranationales pour mener des politiques qui s'attaquent à ces enjeux de long terme et contribuent à la solidarité entre les pays de la planète.
En tant que dirigeant d'une organisation de coopération et de développement créé il y a près de vingt ans dans le cadre du processus de Barcelone, et pilotée une gouvernance associant des institutions de plus de 20 pays de trois continents, nous pouvons témoigner combien les membres de notre réseau sont bien conscients de l'équation qui lie solidarité, développement et partage de valeur.
Emmanuel Noutary