OPINION. Crise au Japon : « Tempête parfaite au pays des tsunamis » (Michel Santi)

Michel Santi

Photo d'illustration
Yuriko Nakao

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Yuriko Nakao
La Banque du Japon (BOJ) est au bord du gouffre financier. Elle détient 575.900 milliards de yens (3.970 milliards de dollars) en obligations d'État japonaises (JGB), soit 52 % de la dette publique totale du Japon au 31 mars 2025.
Pendant des années, son programme d'achat massif d'obligations, dans le cadre d'une politique monétaire ultra-accommodante, a inondé l'économie de liquidités, maintenant proches de zéro les rendements pour stimuler la croissance. En achetant des JGB, la BOJ a artificiellement réduit les coûts d'emprunt, permettant aux entreprises et aux consommateurs d'emprunter et de dépenser. Ce château de cartes risque pourtant de s'effondrer cette année sous la pression des hausses de taux d'intérêt.
Les répercussions menacent d'engloutir le Japon, et de déséquilibrer l'ensemble du système financier mondial.
En finance, une règle fondamentale veut que les prix des obligations chutent à mesure que leurs rendements augmentent.
Le rendement des JGB à 10 ans a grimpé à 1,44 % au 27 juin 2025, soit une hausse de 97,26 % par rapport à 0,73 % un an plus tôt en juin 2024, et de 69,41 % par rapport à 0,85 % en septembre 2024
Les obligations à très long terme affichent une instabilité encore plus inquiétante, avec des rendements à 30 ans ayant atteint en mai 3,15 % et 3,635 % sur les 40 ans. Cette escalade des rendements anéantit la valeur du portefeuille d'obligations de la BOJ, entraînant des pertes latentes de l'ordre des 200 milliards de dollars. Un record historique.
En parallèle, la Chine vient tout juste, en juin 2025, de liquider pour 8,2 milliards de dollars de ses stocks en bons du Trésor américain. Une tourmente synchronisée semble donc s'organiser sur les marchés obligataires.
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Pourquoi ? Les pertes de la BOJ ne sont pas du simple bruit comptable. Bien que ces obligations n'aient pas été revendues, ce choc ébranle la crédibilité de la banque centrale. Elle a dû figer son habituel transfert de liquidités au gouvernement de son pays. En outre, les assureurs-vie du pays croulent eux aussi sous le poids de leurs 8.700 milliards de yens (60 milliards de dollars) de pertes latentes sur leurs obligations nationales. A elle seule, Nippon Life perd 25 milliards de dollars.
Le Japon se trouve être le plus important détenteur étranger (1.130 milliards de dollars) de bons du Trésor américain. Les pertes massives subies et par la BOJ et par les jadis très solides assureurs nippons entraîneront immanquablement des ventes de pans entiers de ce stock en Bons du Trésor dans le but d'éponger comptablement une partie de leurs ardoises. En contrepartie, les rendements des papiers-valeurs É.-U. devront mécaniquement augmenter afin de continuer à attirer des investisseurs qui acceptent de financer le train de vie des États-Unis d'Amérique. Il faut se rendre compte qu'une hausse de 1 % du rendement des bons du Trésor américain ajoute 300 milliards de dollars par an au coût du service de la dette américaine.
Or, déjà à bout de souffle, les banques centrales en sont — de surcroît — aujourd'hui au stade où elles compriment la liquidité. L'impact combiné de l'effondrement du marché obligataire japonais, de la vente massive de bons du Trésor par la Chine, à la hausse subséquente du rendement des obligations d'État américaines peut représenter un cauchemar pour la stabilité mondiale.
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(*) Michel Santi est macro-économiste, spécialiste des marchés financiers et des banques centrales, écrivain. Il publie aux Editions Favre « Une jeunesse levantine », Préface de Gilles Kepel. Son fil Twitter.
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