OPINION. « Le backlash de la RSE n’a pas lieu », par Nils Pedersen, Marion Alzetto, David Meyer et Guillaume Lebond

Nils Pedersen, Marion Alzetto, David Meyer et Guillaume Lebond
LTD/DR ; Anne Soullez

Nils Pedersen, Marion Alzetto, David Meyer et Guillaume Lebond
LTD/DR ; Anne Soullez
Malgré la morosité ambiante, 75 % des professionnels de la responsabilité sociétale des entreprises (RSE) se sentent toujours soutenus par leur direction, un signal stratégique à l'heure des restrictions budgétaires. Si les entreprises continuaient de considérer la RSE comme une dépense de conformité, elles auraient déjà arbitré en sa défaveur. Elles ne l’ont pas fait. Pourquoi ? Parce que la fonction a changé de nature et avec elle, les attentes qui pèsent sur ses professionnels.
L’enquête le montre sans ambiguïté : selon un professionnel sur deux, ce sont les pressions externes, évolutions du marché, demandes clients, appels d’offres, qui constituent aujourd’hui le premier moteur des avancées RSE en entreprise. Loin devant les convictions des dirigeants ou les seules contraintes réglementaires, citées chacune par un quart des répondants seulement. En d’autres termes, la RSE avance parce qu’elle est utile, plus seulement parce qu’elle est juste.
Ce glissement est fondamental. Il signifie que la RSE s’impose parce que les clients, les acheteurs, les investisseurs l’exigent. Et cette exigence externe force l’entreprise à se doter de professionnels capables de répondre avec pragmatisme.
La RSE n’est par ailleurs plus seulement l’apanage des grands groupes. Près de la moitié des répondants exercent dans des ETI (47 %), un quart dans des PME et TPE. La RSE s’ancre aujourd’hui dans l’ensemble du tissu économique, souvent sous d’autres noms, d’ailleurs. Peu importe qu’on parle de RSE, de durabilité, d’engagement ou de sustainability : les entreprises se sont fixé des objectifs à horizon 2030, 2040, 2050. Ces engagements ont besoin de professionnels capables de les coordonner, de mesurer les progrès, de piloter la transformation.
À leur arrivée en poste, 60 % des professionnels interrogés décrivent la RSE comme un engagement stratégique et une démarche de fond. Mais 38 % la voient encore comme un levier de conformité et de communication. C’est là que se joue la vraie bataille : non pas contre le scepticisme externe, mais contre une définition trop étroite de la fonction en interne.
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Car la RSE est véritablement utile quand elle parle achats, ventes, production, financement, recrutement, compétitivité. Quand elle aide les équipes à résoudre un problème concret. Une personne sur deux affirme ainsi avoir voulu incarner ce rôle de partenaire opérationnel dès sa prise de poste. C’est le signe d’une génération de professionnels qui a compris que sa légitimité ne vient pas de l’expertise normative, mais de sa capacité à créer de la valeur mesurable.
Cette posture suppose une maîtrise technique réelle : comprendre les métiers en profondeur, leurs contraintes opérationnelles, leurs leviers de performance. Il ne s’agit plus de commenter le monde depuis une fonction support, mais d’adapter son langage aux réalités de l’entreprise, d’écouter les parties prenantes, de prioriser les sujets qui créent de la valeur. C’est cette capacité de traduction qui fait aujourd’hui la légitimité de la fonction.
Ce positionnement change profondément la place de la RSE dans l’organisation. Parce qu’il travaille à l’interface des métiers, le professionnel RSE peut justement casser les silos entre fonctions supports, opérations, commerce, finance ou direction générale. Il ne vient pas ajouter une couche de complexité ; il peut au contraire clarifier les priorités, relier des enjeux dispersés et rendre les arbitrages plus lisibles. Ce n’est donc pas un hasard si près de 40% des répondants citent comme premier succès l’approbation d’une feuille de route claire. La première victoire d’une prise de poste RSE est souvent une victoire d’alignement collectif.
Pour y parvenir, les compétences les plus attendues sont sans surprise la gestion de projets complexes et transversaux, citée par 66 % des répondants, devant le leadership et la communication. La posture n’est pas celle de l’expert qui prescrit mais celle du catalyseur qui entraîne. La RSE s’impose plus que jamais par démonstration et non pas par injonction.
Le message est donc clair. Si les professionnels de la RSE se sentent soutenus malgré les vents contraires, ce n’est pas par inertie. C’est parce que leurs directions attendent désormais d’eux bien plus qu’un rôle de conformité : des profils capables de relier impact et performance, de parler stratégie et opérations, de produire des résultats tangibles et de les rendre visibles en interne.
La RSE ne s’affirme plus à côté du business. Elle s’installe durablement au cœur de son fonctionnement. Ceux qui n’ont pas encore opéré cette bascule, professionnels comme dirigeants, risquent de passer à côté de l'une des transformations les plus structurantes de la décennie.
Signataires :
* étude nationale réalisée par cinq organisations (Lefebvre Dalloz Compétences, l'Institut d'économie durable, le Pacte mondial des Nations-Unies, Michael Page, Toovalu), entre janvier et mars 2026, avec 21 entretiens qualitatifs et une enquête quantitative en ligne menée auprès de près de 240 professionnels de la RSE.
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