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Innovation - La Tribune Bordeaux

Bio-imprimer des cheveux, le nouveau défi de Poietis et L'Oréal

Photo de Mikaël Lozano

Mikaël Lozano

Publié le 29 septembre 2016 à 09:23 - Mis à jour le 29 septembre 2016 à 12:27

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Le géant des cosmétiques L'Oréal vient d'annoncer la signature d'un contrat de collaboration exclusive de recherche avec la startup girondine Poietis. Les deux partenaires ambitionnent de relever "un défi scientifique inédit" : imprimer un follicule pileux, qui produit le cheveu, avec une bio-imprimante. Bruno Brisson, DG de la startup, présente la stratégie de la jeune pousse de Pessac.

Poietis et L'Oréal portent peut-être un nouvel espoir pour tous les chauves et dégarnis qui déplorent leur situation capillaire. La startup de Pessac est spécialisée dans la bio-impression par laser et utilise une technologie novatrice, unique au monde, développée initialement à l'Inserm et à l'Université de Bordeaux. En résumé, la prometteuse jeune pousse "imprime" en 3D les constituants des cellules avec une résolution et une précision microscopiques. Elle conçoit et développe ainsi des tissus biologiques humains destinés à la recherche et à la médecine régénératrice, pour l'industrie pharmaceutique et cosmétique notamment qui cherchent à prouver l'innocuité et l'efficacité de leurs nouveaux produits. Cette fois, en partenariat avec L'Oréal, elle s'attaque au cheveu.

Plus précisément, les deux partenaires ont conclu une collaboration pluriannuelle exclusive de recherche. Cette dernière porte sur un sacré challenge : réussir à bio-imprimer un follicule pileux, le petit organe produisant le cheveu, avec une bio-imprimante.

Faciliter la recherche et le test de nouveaux produits

"La bio-impression de tissus biologiques assistée par laser développée par Poietis permet de positionner les cellules en 3D avec une grande précision (une résolution cellulaire de l'ordre d'une dizaine de microns) et une viabilité cellulaire extrêmement élevées (+ de 95 %), expliquent les deux partenaires. Cette bio-impression unique se fait par dépôts successifs de micro gouttes d'encres biologiques contenant quelques cellules, couche par couche, par un balayage rapide du faisceau laser. Le tissu biologique vivant ainsi créé entre ensuite dans un processus de maturation d'environ 3 semaines avant d'être exploitable pour des tests."

Poietis comme L'Oréal restent prudents sur leurs chances de succès, évoquant "de réelles possibilités" de reproduire par bio-impression un follicule fonctionnel capable de produire du cheveu. L'objectif est "d'ouvrir de nouveaux champs dans la connaissance du cheveu et de disposer de tests d'efficacité exclusifs sur des échantillons de cheveu imprimés à partir de cellules". En clair, de mettre au point de nouveaux produits et de les tester plus facilement.

"Nous sommes sur de la production de modèles, précise Bruno Brisson, directeur général et directeur du développement d'affaires de Poietis. Avec ces follicules, L'Oréal va pouvoir enrichir ses connaissances et travailler sur l'identification de nouveaux actifs. Dans un premier temps, nous allons chercher à produire des cheveux "sains" et s'ils fonctionnent, nous essayerons ensuite d'en imprimer avec certaines pathologies."

Le follicule, plus complexe qu'une oreille

Bruno Brisson souligne que le follicule pileux est "un des organes les plus complexes à produire, plus qu'une oreille par exemple. L'Oréal nous a contacté car le groupe connaissait notre spécialisation sur la peau et il avait perçu que notre technologie a plusieurs avantages, dont celui de produire des tissus complexes."

Coté girondin, l'annonce est donc importante :

"Nous sommes très fiers de faire équipe avec L'Oréal. L'adoption de notre technologie par une société mondialement connue est un grand pas pour Poietis", déclare ainsi Fabien Guillemot, président et directeur scientifique de Poietis.

"Pour L'Oréal, la combinaison des expertises respectives laisse présager des prouesses jusqu'à présent jamais atteintes, dans le domaine du cheveu. Ce partenariat de recherche est très stimulant pour les équipes de recherche avancée", complète José Cotovio, directeur du département de développement de modèles et méthodes prédictifs de L'Oréal Recherche & Innovation, qui compte 3.870 chercheurs.

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Des applications en bloc opératoire d'ici 5 ans ?

On le comprend, cet accord ne vise pas à produire en masse des cheveux destinés à être réimplantés sur les crânes dégarnis.

"La collaboration avec L'Oréal devrait déboucher sur le développement d'applications innovantes en ingénierie tissulaire, poursuit Bruno Brisson. Si cela fonctionne, nous pourrons ensuite, à plus long terme, ouvrir la porte à des utilisations cliniques et thérapeutiques. Car c'est bien la vocation première de Poietis : lorsque la startup a été créée, nous comptions d'abord fournir des modèles à l'industrie pharmaceutique et cosmétique, puis, 5 à 10 ans après, commencer à développer le 2e étage afin d'amener notre technologie au bloc. Mais, deux ans après la création de Poietis, nous avons de l'avance sur ce plan de marche. Des discussions sont en cours avec des partenaires potentiels, nous pourrions imaginer ainsi une entrée au bloc d'ici 5 ans. Si cette ambition se concrétise, il nous faudra probablement lever des fonds."

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Rappelons que la startup a levé 2,5 M€ lors de son premier tour de table en décembre dernier. Dans l'immédiat, Poietis, qui emploie aujourd'hui 21 salariés à Pessac, poursuit avec son modèle économique mixte, appuyé sur les contrats de recherche mais aussi le développement d'un programme en propre de modèles de peau, qui devraient être commercialisés dès l'an prochain.

Mikaël Lozano

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