Olikrom propulse ses pigments intelligents dans l’aéronautique et la défense
Hélène Lerivrain

Le laboratoire d'Olikrom est situé à Pessac où l'entreprise a déjà prévu de s'agrandir.
Olikrom
Hélène Lerivrain

Le laboratoire d'Olikrom est situé à Pessac où l'entreprise a déjà prévu de s'agrandir.
Olikrom
Connue pour avoir développé, à ses débuts, une peinture de marquage routier qui se charge la journée et s'illumine la nuit pour sécuriser les mobilités douces, Olikrom, travaille désormais pour de nombreux secteurs d'activité. La PME bordelaise spécialisée dans les pigments dits intelligents s'adresse ainsi à la santé, la cosmétique, l'industrie, la construction, le luxe mais aussi désormais pour l'aéronautique, le spatial et la défense. « Sur ce secteur, que nous n'avions pas imaginé il y a dix ans, il y a une grande accélération », juge Jean-François Létard, fondateur d'Olikrom issu du prestigieux Institut de chimie de la matière condensée de Bordeaux (ICMCB).
Après quatre ans de recherche, le dirigeant est arrivé au Bourget, en juin, avec une solution prête à être commercialisée auprès des acteurs de l'aérospatial et de la défense. Son nom : VisioKrom, un adjuvant coloré qui permet de visualiser les traitements anticorrosion pour faciliter le contrôle qualité. « Ma stratégie a toujours été de faire venir le besoin à moi, je n'y ai pas dérogé », explique Jean-François Létard.
C'est en 2021 que Thales Bordeaux s'est rapproché d'Olikrom avec une problématique : un anti-corrosif (chrome 6) utilisé sur tous les revêtements en aluminium s'apprêtait à être interdit en raison de sa toxicité. Finalement, le couperet tombe en 2024, et les industriels se rabattent sur des alternatives à base de chrome 3+. Problème, ce produit est incolore et ne permet pas d'effectuer des contrôles qualités visuels.
A partir de là, Olikrom a développé un adjuvant capable de s'intégrer dans les bains existants et de colorer l'interface métallique tout en préservant les propriétés de la pièce. La solution VisioKrom qui a fait l'objet d'un brevet a depuis été validée à l'échelle industrielle. « Imaginez l'enjeu ! Il est mondial », s'enthousiasme Jean-François Létard.
Le constructeur Airbus s'est également rapproché d'Olikrom pour la création d'un revêtement incolore capable de faire apparaitre les premiers signes de corrosion d'une pièce. « L'idée est d'anticiper pour remplacer le revêtement avant que la structure de la pièce ne soit attaquée », explique Jean-François Létard. A l'image de ces deux exemples, le patron d'Olikrom reconnaît être de plus en plus sollicité par ce secteur et avoir l'impression de pouvoir y répondre. « Les usages des revêtements intelligents sont sans limite pour détecter, signaler une anomalie, amplifier un signal, rendre visible l'invisible ou au contraire camoufler », confie-t-il. « Nous sommes par ailleurs arrivés à un stade de maturité qui fait que les planètes s'alignent avec les besoins du secteur. »
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Faisable oui, mais fallait-il y aller ? Olikrom s'est posée la question de se lancer ou non dans la recherche de solutions pour le secteur de la défense et a finalement tranché positivement. « Le monde change et il y a un enjeu de souveraineté nationale. Il est aujourd'hui essentiel d'être capable de créer des matières qui peuvent être produites et contrôlées en France », explique Jean-François Létard qui insiste également sur l'enjeu lié à l'arrivée de nouvelles technologies, drones, caméras, satellites. « Nous sommes capables de jouer avec les longueurs d'onde et donc derrière avec la furtivité. Or ces enjeux deviennent capitaux. »
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C'est précisément parce qu'une solution est jugée utile qu'Olikrom accepte de la développer. Chaque demande d'un industriel est analysée selon cinq critères. « Notre partenaire a t-il un vrai besoin ? Quelle est notre maturité pour y répondre ? A-t-il compris que le travail allait être long, qu'il allait devoir le financer et que la propriété intellectuelle nous appartiendrait ? D'un point de vue business, quel est l'enjeu et la rentabilité à la fin ? Enfin, répondons-nous à un problème éthique ? » A partir de ces éléments, Olikrom, qui emploie 20 salariés, dit refuser neuf demandes sur dix.
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