Comment Agen va réussir sa révolution économique

Jean-Philippe Déjean

Jean-Philippe Déjean
La Matinale organisée ce mardi matin à Bordeaux à bord du bateau restaurant Le Sicambre, par La Tribune en partenariat avec Technopole Agen Garonne, a permis de faire connaissance avec un projet économique central pour l'agglomération agenaise. Le chantier est lancé, une première tranche de 46 hectares (sur 150 cessibles) est en cours de commercialisation et il faudra encore attendre un petit peu avant de voir les premiers bâtiments sortir de terre, d'ici la fin de l'année, plus probablement début 2018.
Figure emblématique de la French Tech à Agen Gaël Duval, président et fondateur de Jechange.fr, qui va s'installer sur 8.000 m2 de terrain à TAG, avait fait le déplacement à Bordeaux. Il était accompagné par une autre figure emblématique, mais de l'aéronautique cette fois, Emeric d'Arcimoles, natif d'Aubiac, tout près d'Agen, ex dirigeant de Safran Helicopter Engines, à Bordes (Pyrénées-Atlantiques), et président d'Agen-Garonne Entreprises : la structure qui doit faire la promotion et la commercialisation de Technopôle Agen Garonne à l'extérieur du Lot-et-Garonne.
Fondu dans le public pendant la première partie de la Matinale, Jean Dionis du Séjour, maire (UDI) d'Agen, président de l'Agglomération d'Agen, et conseiller régional de Nouvelle-Aquitaine, a fini par rompre le silence. Ces trois acteurs de l'économie agenaise ont été interviewés par Emmanuel Langlois, journaliste.
Comparateur d'offres destiné aux particuliers comme aux professionnels pour réduire leurs factures, Jechange.fr a trouvé son modèle.
"Ce nombre de 120 salariés va encore augmenter. Nous finalisons le rachat d'une entreprise sur Bordeaux dont une partie pourrait éventuellement être transférée à Agen" a lâché le patron de Jechange.fr sans vouloir en dire plus, l'opération ne devant pas être dénouée avant trois semaines. S'il préside Agen-Garonne Entreprise, Emeric d'Arcimoles, qui dirige désormais BEAM, une entreprise de Strasbourg spécialisée dans la construction de machines par fabrication additive avec dépôt de poudre métallique, profite des liaisons haut débit et a installé son bureau dans une pinasse... sur le bassin d'Arcachon !
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Malgré son handicap le Lot-et-Garonne, un département très agricole frappé de plein fouet par l'entrée de l'Espagne et du Portugal dans la Communauté économique européenne, en 1986, bénéficie "de perspectives considérables pour la création d'emploi" a estimé le président d'Agen-Garonne Entreprise, développement qui passe d'abord selon lui par la formation. Agen n'est pas un désert et Gaël Duval arrive à trouver des ressources humaines sur place.
Depuis le bureau qu'il a installé sur sa pinasse, Emeric d'Arcimoles voit un nombre croissant de nouveaux arrivants venir s'installer au bassin d'Arcachon.
"A Bordeaux il faut faire attention... une métropole à 1 million d'habitants : on est peut-être en train de fabriquer un monstre !" lance-t-il d'un œil malicieux sans se départir de son sérieux. Agen n'est pas loin de Bordeaux, alors autant en profiter pour tenter l'expérience, suggère-t-il avant de revenir à l'économie. "A l'extérieur Agen personne ne connaît, les pruneaux non plus d'ailleurs... mois je leur vends la volonté de réussir plus la technologie, amenée par le secteur de la Défense, et ça, ça peut attirer beaucoup de gens" tranche-t-il.
La prochaine édition bordelaise de notre édition papier pose la question de la cherté des logements à Bordeaux et Jean Dionis du Séjour, assis juste en face de la prochaine couverture de La Tribune, collée à un hublot, n'a pas laissé passer l'occasion.
L'annonce de l'arrivée d'une plateforme logistique de Système U dans l'emprise de TAG conforte le président de l'agglomération même s'il s'agit d'un transfert depuis Bon Encontre, parce que de nouvelles perspectives s'ouvrent. Et Jean Dionis du Séjour n'a pas oublié de rappeler que les deux grands employeurs de l'agglomération agenais sont le groupe pharmaceutique américain BMS et l'Agropole. D'où l'idée d'attirer aussi des sous-traitants de l'aéronautique et de faire de TAG la base d'un pôle technologique du XXIe siècle.
Comme l'a rappelé Gaël Duval "l'histoire d'Agen c'est celle du ratage de la révolution industrielle, qui a été ratée parce que personne n'a essayé de s'y mettre : pour réussir la révolution numérique, il faut juste essayer".
Face à cette histoire, qui vaut aussi pour la quasi-totalité de l'Aquitaine, le patron de Jechange.fr se veut optimiste.
"Tous les territoires sont en compétition, il faut donc utiliser le réseau pour montrer que ça va bien, faire rêver. A travers Jechange.fr ce que j'essaie de faire pour Agen c'est développer un écosystème digital" souligne Gaël Duval.
Et malgré tout ce qu'il reste à réaliser, les augures sont peut-être plus favorables qu'on pourrait le croire, si le flux rentrant des entreprises délocalisées se confirme.
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Cette mode du retour des entreprises en France n'en serait qu'à ses débuts, augurant d'un développement futur potentiellement très porteur. Un créneau peut-être historique pour Agen qui pourrait saisir sa chance grâce à cette base avancée du XXIe siècle qui commence à sortir de terre à ses portes.
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