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Innovation - La Tribune Bordeaux

CES 2018 : ce que les startups de Nouvelle-Aquitaine ont appris en vue de l'édition 2019

Photo de Pierre Cheminade

Pierre Cheminade

Publié le 02 mars 2018 à 08:20 - Mis à jour le 13 décembre 2024 à 01:15

CES 2018 Nouvelle-Aquitaine

CES 2018 Nouvelle-Aquitaine

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Les 40 jeunes entreprises néo-aquitaines présentes au salon CES de Las Vegas en janvier dernier ont attribué un 16/20 à l'organisation régionale. Néanmoins, plusieurs pistes d'amélioration sont évoquées pour 2019 : muscler le suivi post-CES, organiser la délégation française par thématiques plutôt que par territoires et approfondir les liens nés entre les startups de la délégation.

Le Consumer electronics show (CES) a cette capacité remarquable d'arriver à remplir un hémicycle régional un jeudi soir à 9.000 km de distance de Las Vegas et près de deux mois après la clôture de l'édition 2018. L'attractivité du plus grand salon technologique mondial se fait donc ressentir dans le temps. Et c'est précisément cette notion de retombées à court, moyen et long terme qui était au cœur de la séance de débriefing collectif organisé, hier soir, par la Région Nouvelle-Aquitaine, la CCI de Nouvelle-Aquitaine, Bordeaux Métropole et la French tech Bordeaux. Objectif : faire le bilan de l'édition 2018 avec les 40 startups et PME présentes à Las Vegas en janvier dernier afin de préparer au mieux le millésime 2019.

"Le CES c'est 170.000 participants du monde entier dont beaucoup de directeurs généraux, de directeurs de l'innovation et de directeurs des achats qui peuvent engager des budgets", rappelle en guise d'introduction Pierre Dejean. Le coordinateur de la French tech Bordeaux résume ainsi les intérêts potentiels pour une startup française : crédibilité et légitimité, visibilité locale et internationale, veille sectorielle et rencontre avec des tops managers dont beaucoup de Français.

Une note globale de 16/20

Un questionnaire envoyé aux 40 startups de Nouvelle-Aquitaine présentes au CES 2018 a aussi permis d'établir un bilan chiffré à partir de la trentaine de répondants. Ainsi, en moyenne, chaque jeune pousse présente a enregistré 75 contacts privilégiés avec des décideurs (lead business), 5 contacts avec la presse étrangère et 4 contacts avec des investisseurs. De son côté, French tech Bordeaux décompte notamment 76 reportages et 2 millions de vues sur les membres de la délégation régionale.

Globalement, ces derniers attribuent la note moyenne de 16/20 à l'organisation soutenue principalement par la Région Nouvelle-Aquitaine qui y a investi notamment 340.000 €. Une manière de saluer le gros travail de préparation réalisé en amont du salon auprès des startups sélectionnées. La formation a notamment porté sur la prise de contact, la pratique de l'anglais et la réalisation de présentation percutantes (pitchs) de 60 secondes. Une grosse satisfaction pour tous les participants.

"Un CES, ça se prépare tôt, très tôt !"

"Un CES, ça se prépare tôt, très tôt ! Si vous décidez d'y aller en janvier 2019, il faut vous préparer dès juin 2018 !", prévient Arnaud Favareille, de l'entreprise Iteca qui signait sa 2e venue à Las Vegas. "Et encore, dès le mois de juin, il ne reste quasiment plus de stands disponibles", abonde Sophia Soulé, de Simforhealth.

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Sur place, "le CES n'a rien à voir avec un salon classique. Il faut bien comprendre que vous serez en permanence entourés de top décideurs. Il faut être prêt à pitcher et faire des démonstrations en permanence. Il faut un produit mûr et commercialisable tout de suite", complète Antoine Doumenc, de Meshroom VR. Autres conseils : prendre des rendez-vous en amont du salon et se fixer un objectif clair et s'y tenir. "Soyez cohérents : notre seul but était de signer un client à 100 points et on a réussi ! Cela va considérablement accélérer notre développement en Belgique et en Espagne", témoigne Laurent Tripied de Bziiit.

Un voyage à plusieurs dizaines de milliers d'euros

Chez Facil'iti aussi, le CES 2018 a été synonyme d'avancées concrètes comme l'explique Frédéric Sudraud, qui a trois éditions au compteur : "En 2016, on avait pris un vent énorme. En 2017, on était mieux préparé et on a signé des clients dont la ville de New York. En 2018, on a décroché des contacts sérieux avec le gouvernement américain dans l'objectif de créer une filiale aux Etats-Unis !" L'entreprise basée à Limoges propose des solutions BtoB uniques de mise en accessibilité des sites web. "Le secteur BtoB est clairement devenu dominant au CES", complète Xavier Maurin, de Nomadeec. "C'est une mine d'opportunités pour établir des contacts très qualifiés. Cela a été le cas pour nous et ça va accélérer notre distribution en Amérique du Nord et au Maghreb."

Au total, en plus du soutien financier de la Région Nouvelle-Aquitaine, chaque entreprise a investi plusieurs dizaines de milliers d'euros dans le déplacement au CES. "C'est un investissement en temps et en argent très important, attention à ne pas le faire au détriment de la gestion et du développement naturel de votre entreprise", met en garde Jérôme Leleu, le patron de Simforhealth et président de la French tech Bordeaux.

Leaving Las Vegas

S'il salue l'union sacrée entre la Région et la Métropole constatée en 2018, Jérôme Leleu veut aussi appuyer là où ça fait mal pour améliorer le dispositif en vue de l'édition 2019 :

"Les collectivités s'investissent et doivent être valorisées mais l'Aquitaine ou l'Occitanie n'entrent pas dans les grilles de lecture internationales. Il faut adopter une approche thématique - drones, e-santé, objets connectés - sous la bannière French Tech. Du point de vue des entrepreneurs, la concurrence territoriale est contre-productive."


Un point de vue  partagé par Jean-François Clédel, le président de la Chambre de commerce et d'industrie de Nouvelle-Aquitaine : "Le coq rouge de la French tech est désormais reconnu dans le monde entier pour sa capacité d'innovation. Il faut regrouper toutes les startups françaises sous ces couleurs en les organisant par thème."

Autre axe d'amélioration : le suivi post-CES. "La préparation en amont est au point, il faut maintenant approfondir l'accompagnement des startups en aval parce que c'est un moment clef où elles se posent beaucoup de questions", fait valoir Sophia Soulé, coordinatrice des projets internationaux chez Simforhealth. Et les enjeux sont nombreux : comment travailler et prioriser les cibles dès le retour en France, sans perdre de temps ? Comment répondre à un contrat signé qu'on attendait pas vraiment ? Comment se déployer à l'international ? Comment gérer les questions de propriété intellectuelle ? En clair : quelles sont les priorités pour capitaliser réellement sur le coup d'accélérateur du salon ?

Jérôme le "grand frère"

Outre un accompagnement de la Région et de la Chambre de commerce et d'industrie, ce travail pourrait s'appuyer sur les liens nés ces derniers mois entre les entreprises de la délégation. "Tout le travail de préparation a permis des partages d'expériences et de contacts, une mise en réseau et un développement de business entre les 40 entreprises. C'est nouveau et c'est une vraie valeur ajoutée collective. Il faut poursuivre et amplifier cette démarche", se félicite Jérôme Leleu.

Surnommé le "grand frère" de la délégation 2018, par Alain Rousset, le président de la Région Nouvelle-Aquitaine, le président de la French tech Bordeaux réfléchit en effet à "un système de parrainage ou de tutorat pour que les entrepreneurs expérimentés et ceux déjà allés au CES puissent accompagner les plus jeunes, répondre à leurs questions et partager leurs propres expériences. Cela permettrait d'accélérer leur croissance."

L'enjeu de l'évaluation

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Car c'est effectivement l'étape d'après qui compte désormais, comme le souligne Alain Rousset : "Le vrai défi qui est devant vous et devant nous, c'est que vos startups deviennent des PME puis des ETI ! La Région a déjà réuni 150 M€ auprès de partenaires pour monter un fonds d'investissement dédié et nous visons 250 M€". Parallèlement, une photographie détaillée à six mois puis à un an des retombées commerciales pour chaque startup serait aussi un indicateur pertinent pour évaluer, d'une part, l'effet concret du CES et, d'autre part, l'efficacité de l'investissement financier consenti par la collectivité régionale.

Pierre Cheminade

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