Carbon Waters lève 550.000 € pour développer son eau de graphène

Pierre Cheminade

Carbon Waters
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Graphène (nom masculin) : "cristal de carbone dont les atomes sont disposés dans un plan selon un motif hexagonal. (Ses propriétés en font un matériau d'avenir, notamment pour l'électronique.)" Dès sa définition dans le Larousse, le graphène affiche son potentiel d'innovation et son profil de matériau du futur. Un potentiel sur lequel le centre de recherche Paul Pascal du CNRS, à Pessac, travaille depuis 2010 au point de déposer trois brevets dont la licence exclusive a été accordée à la toute jeune startup Carbon Waters.
Créée en décembre dernier par Alban Chesneau, docteur en biochimie de la prestigieuse Harvard medical school (Etats-Unis), Carbon Waters se spécialise donc dans les applications commerciales du graphène et plus précisément de l'eau de graphène. "Les plaques de carbones flottent dans l'eau et permettent de viser deux applications principales : l'intégrer à des produits liquides pour préparer, par exemple, du caoutchouc ou du ciment, et le déposer sur des surfaces de différents matériaux comme des métaux ou des composites", détaille le dirigeant qui affiche dix ans d'expériences au sein du cabinet de conseil en innovation Gac Group.
De gauche à droite : Julia Messner, responsable de la procédés et formulations, Alban Chesneau, PDG, et Fabienne Dragin, responsable des développements applicatifs (Crédits : Carbon Waters).
Au premier semestre 2018, la jeune entreprise a déjà enregistré 40.000 € de chiffre d'affaires et vise 100.000 € sur l'ensemble de l'année pour 6 à 8 clients. Pour la suite, elle vise une croissance rapide : 350.000 € l'an prochain (25 à 30 clients) puis 800.000 € en 2020 (plus d'une cinquantaine de clients).
Pour grandir Carbon Waters pourra s'appuyer sur les multiples débouchés commerciaux liés aux trois principales propriétés de son eau de graphène décrites par Alban Chesneau :
De quoi susciter l'intérêt des équipementiers de l'aéronautique-spatial-défense, de l'automobile mais aussi des énergéticiens et du secteur du nautisme et du bâtiment. Autant de domaines dans lesquels la France compte un ou plusieurs champions et des milliers de sous-traitants.
D'autant que les propriétés thermiques du graphène intéressent aussi les fabricants de batteries pour allonger la durée de vie des voitures électriques et des smartphones tandis que sa conductivité peut trouver preneur dans l'aéronautique. "Globalement, les industriels du spatial sont à la recherche de performance tandis que ceux de l'automobile et de l'aéronautique sont confrontées d'abord à des problématiques de réductions des coûts, notamment de maintenance. L'eau de graphène répond à ces problématiques", souligne le PDG.
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Carbon Waters réalise actuellement des démonstrations de faisabilité ("proof of concepts") en fonction des spécificités de chacun de ses clients avant la validation commerciale. Une activité qui est assez classiquement fortement consommatrice de cash. L'autre obstacle reste le prix puisque le graphène liquide est aujourd'hui plus cher qu'un produit classique. "Tout l'enjeu est pour nous est de monter en volume et d'industrialiser notre process pour diminuer nos coûts de production", reconnaît Alban Chesneau qui a son plan de route bien en tête.
Après six mois d'existence, la startup vient en effet de lever 550.000 € auprès d'acteurs régionaux : le fonds d'amorçage Techno'start de Bordeaux Technowest, les fonds NACO (Nouvelle-Aquitaine co-investissement) et ACI, pilotés par Aquiti Gestion qui souligne "les propriétés du matériau de Carbon Waters, les résultats encourageants du process de production, les marques d'intérêt poussées d'industriels et la compétence de l'équipe". S'ajoute à ce tour de table Aquitaine Science Transfert (la SATT) qui salue une 'technologie de rupture issue de la recherche publique".
La startup devrait prochainement s'installer au sein du parc d'entreprises Cheminnov, toujours à Pessac, en reprenant les locaux d'Olikrom, une entreprise créée en 2014 qui vient de lever 4,5 M€ pour industrialiser sa technologie de rupture basée sur des pigments intelligents capables de changer de couleurs avec la lumière, la température ou la pression.
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C'est d'ailleurs un destin semblable à celui d'Olikrom qu'ambitionne Alban Chesneau puisqu'il vise déjà une deuxième levée de fonds bien plus conséquente, "d'ici 24 à 30 mois". "Si tout va bien, nous devrions en 2020 être une quinzaine de salariés et on sera au point de rupture : nos produits seront finis et il sera temps de basculer vers une industrialisation avec, possiblement, la construction de notre propre usine de production", anticipe le PDG.
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