Moon Village : quand les entrepreneurs privés sont invités à se lancer vers l’objectif Lune
Hélène Lerivrain

Claudie Haigneré
DR
Hélène Lerivrain

Claudie Haigneré
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Le Moon Village n'est pas un projet spatial classique, "c'est une vision", insiste Claudie Haigneré qui a pris la parole à l'occasion de la conférence inaugurale du festival de l'air et de l'espace Big Bang de Saint-Médard en Jalles. Première femme astronaute française à être allée dans l'espace, c'est en tant que conseillère auprès du directeur de l'Agence spatiale européenne (ESA) qu'elle s'est exprimée. Car c'est bien lui, Jan Wörner, qui a ouvert la voie en 2015 à un concept d'infrastructures permanentes sur la Lune, ouvert à de multiples partenaires.
50 ans après les premiers pas sur la Lune, les Américains viennent d'annoncer un premier équipage en 2024. Un projet de plateforme orbitale lunaire (Gateway) est aussi mené par les États-Unis. Les Chinois annoncent une base scientifique à l'horizon 2030.
"Il va falloir s'extraire du schéma actuel où seul l'argent public permet l'exploration spatiale. Les secteurs publics et privés devront s'associer. Il faut changer de modèle", insiste-t-elle également. Et de citer Toyota qui a passé un contrat avec l'agence japonaise pour développer le premier van pressurisé. "Résultat, le constructeur va faire des progrès technologiques et en tirera un bénéfice image considérable. Cela vaut le coup."
Audi travaille pour sa part sur un rover, tandis que Jeff Bezos, le patron d'Amazon et de la société spatiale Blue Origin, vient de présenter un projet d'alunisseur pour y transporter véhicules et équipements en 2024. "Il gagne de l'argent avec Amazon pour construire son objectif spatial. On n'en a pas des comme ça en Europe, mais Vinci pourrait par exemple investir. Vodafone s'y est mis pour réfléchir à la connectivité du futur."
Alors qu'il est question d'utiliser les ressources lunaires in situ, ou d'en ramener sur terre, l'hélium par exemple, se pose toutefois la question du droit. "Les corps célestes sont régis par un traité des Nations Unis de 1967, signé par 106 pays, qui dit qu'ils ne sont pas appropriables par des Etats. Mais qui est propriétaire des ressources ? Est-ce que toutes nos envies sont compatibles avec la gouvernance, les traités, les régulations qui sont les nôtres aujourd'hui ?"
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En attendant des réponses à ces questions, Claudie Haigneré a annoncé l'ouverture fin 2019, à Cologne en Allemagne, d'un espace dit "analogue" pour effectuer des tests au sein du Centre d'entraînement des astronautes (EAC). Mais Claudie Haigneré insiste : "Le concept, c'est bien plus qu'une démonstration technologique." Et de conclure cette conférence en citant Oscar Wilde : "Il faut toujours viser la lune car en cas d'échec, on retombe dans les étoiles. On apprendra beaucoup à faire cette tentative."
Hélène Lerivrain