Comment passer du laboratoire au marché ? Qu'est-ce qui pousse un doctorant à à valoriser ses travaux de recherche en créant une startup ? A l'occasion de la première étape du "Deeptech tour" organisé par Bpifrance à Bordeaux ce lundi 8 novembre, La Tribune a posé la question à quatre chercheurs bordelais qui se sont lancés dans l'aventure entrepreneuriale. Ou comment surmonter le manque de sensibilisation du monde scientifique aux rôles entrepreneuriaux qu'il peut être amené à endosser.- Emmanuel Cuny, ReBrain : "La valorisation des recherches passe par la création d'entreprise"
Emmanuel Cuny, ReBrain : "La valorisation des recherches passe par la création d'entreprise"
La science, contrairement au monde de l'entreprise, ne subit pas les contraintes du besoin de rentabilité immédiate. Emmanuel Cuny, chirurgien au CHU de Bordeaux et professeur des universités, le sait parfaitement, lui qui réfléchit à une problématique bien spécifique depuis 2008. Son but ? "Diffuser une technologie mise au point pour identifier des zones dans le cerveau qui abritent la maladie de Parkinson ou des tremblements essentiels. Ces endroits à traiter sont très précis et notre système, basé sur l'intelligence artificielle par une IRM révèle la zone à traiter", développe Emmanuel Cuny.
La technologie, qui a fait l'objet de deux thèses en 2012 puis en 2019, a été brevetée il y a trois ans. "Voyant qu'on pouvait rendre service à des collègues, j'ai pensé que ça serait cohérent de breveter la technologie. Après, s'est posée la question de la valorisation. Et c'est passé par la création de l'entreprise, accompagnée d'une licence d'exploitation exclusive du brevet pour la startup Rebrain" raconte le professeur.
Ainsi est née cette figure innovante de la santé intelligente. Mais qui s'est vite retrouvée limitée face au défi entrepreneurial.
"La barrière pour nous c'est qu'on a voulu créer une entreprise et la diriger. Ça nécessite d'avoir des services de ressources humaines, de marketing, de stratégie, de communication et nous n'y sommes pas formés, nous les scientifiques ! C'est là que le système par lequel nous sommes accompagnés prend tout son sens avec la Satt, Bpifrance, la Région, Unitec, l'incubateur Chrysa-link et French Tech notamment", salue Emmanuel Cuny.
- Anna Pugach, Touch Sensity : "Comprendre ce qui intéresse précisément les industriels"
Anna Pugach, Touch Sensity : "Comprendre ce qui intéresse précisément les industriels"
Quand on développe une entreprise capable d'opérer dans le secteur des transports jusqu'à celui de la santé, les applications semblent infinies. C'est le cas de Touch Sensity, co-fondée fin 2019 par Anna Pugach et Mehdi El Hafed, qui peut transformer tous types de matériaux en composants sensibles connectés. "On peut détecter des chocs, des fissures, des déformations, et tout ça sans capteurs. Si un véhicule (avion, train...) a subi un choc, on peut savoir où, et quel est le degré de gravité pour intervenir sur la structure", règle Anna Pugach.