La PAC est condamnée à évoluer

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Alors que Paris persiste et signe en affirmant, comme l'a déclaré hier à Luxembourg Dominique Bussereau, le ministre français de l'Agriculture, "ne pas baisser la garde" et vouloir continuer à "défendre bec et ongles" la politique agricole commune (PAC), Tony Blair estime qu'elle relève du passé. Qu'il faut réorienter les dépenses de l'Union vers des objectifs plus ambitieux notamment en matière de recherche, de croissance et d'emploi. "40 % du budget de l'Union va aux besoins de 5 % de la population", aime-t-il à se lamenter. Une position qui oublie que la Communauté européenne a été imaginée par ses pères fondateurs sur le principe de solidarité. Et la PAC constitue, à ce titre, la première politique intégrée de l'Union.D'où son importance dans le budget, puisqu'il n'existe plus d'aides nationales pour réguler les marchés. Or ce n'est pas le cas pour, par exemple la recherche, pour laquelle les Etats membres de l'Union consacrent, en moyenne, 2 % de leur richesse nationale. Si, par pure hypothèse d'école, la recherche devait devenir une politique commune intégrée, non seulement le budget de l'Union, qui représente aujourd'hui 1 % de sa richesse, devrait être sensiblement augmenté mais, par voie de conséquence, cette politique occuperait de loin le premier poste des crédits. Ce serait encore plus le cas s'agissant de la défense.Il faudrait donc remettre le budget de la PAC à sa juste mesure : il représente environ 0,4 % de la richesse produite dans l'Union européenne. Cela dit, Tony Blair n'a sans doute pas tort quand il affirme que la PAC marche sur la tête. En effet, avec la réforme de 1992, amplifiée depuis par deux autres réajustements, l'Union est passée d'un système de soutien indirect, "subventionné" par le consommateur, à un système d'aides directes versées par le budget communautaire selon la surface ou le nombre de têtes de bétail. L'objectif était, au début, de compenser la chute de revenu des agriculteurs. Mais depuis 1992, les rendements n'ont cessé d'augmenter par l'accroissement de la productivité. Les rendements en blé augmentent ainsi d'un quintal par an à l'hectare. Dans le même temps, la population active agricole s'est fortement contractée, les plus fragiles ayant disparu. En France, un actif agricole sur quatre a disparu.Maintenir le même système aujourd'hui est aussi "équitable" que la survie du chèque britannique. La PAC est condamnée à évoluer. Ce débat n'est pas nouveau et ne doit rien à Tony Blair. Déjà, en 1999, lors du bouclage du précédent budget pluriannuel de l'Union pour la période 2000-2006, l'idée d'un "cofinancement" de l'agriculture par des crédits nationaux était apparu. Cela dit, plus l'agriculture sera financée par des crédits nationaux, moins la politique agricole sera commune. Avec toutes ses conséquences sur les marchés en terme notamment de concurrence déloyale.Répartir les dépenses. Dans les secteurs où l'organisation commune de marché n'existe pas, comme dans les fruits et légumes, on aperçoit vite l'étendue du désastre avec son cortège de fraises espagnoles saccagées ou de tomates hollandaises piétinées. S'il est vrai que le cofinancement est dans l'air du temps, envisagé surtout pour les perspectives financières suivant celles de 2007-2013, la question centrale sera de définir la répartition des dépenses.Marc Dege

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