Le réformateur prudent de la santé britannique

Trois lettres forment l'ADN du Labour Party : NHS (National Health Service). C'est en juillet 1948, dans un Royaume-Uni encore meurtri par la guerre, que le gouvernement travailliste de Clement Atlee crée le Service national de santé, afin de donner à chaque sujet du royaume un accès gratuit aux soins de base. Le NHS est devenu depuis un emblème du welfare state britannique, même si, progressivement, le système a souffert d'un excès de bureaucratie, ce qui s'est traduit par un service défaillant, de longues files d'attente et la fuite de patients anglais vers les hôpitaux français.Les gouvernements conservateurs ont contribué au déclin du NHS, réduisant les contributions de l'État. Mais en 1997, Tony Blair, à la tête du New Labour, décide de redorer le blason du service public en injectant dans le NHS des ressources considérables et en s'attaquant en parallèle à une réforme structurelle, axée sur la décentralisation, l'autonomie des grands hôpitaux et une interaction accrue entre le privé et le public.C'est le début d'un vaste chantier, qui a suscité autant d'espoirs que de malaises au sein du NHS, chahuté par des annonces de réformes à répétition. Succédant à Tony Blair en juin 2007, son ex-ministre des Finances, Gordon Brown, a voulu adopter une approche plus " soft ". À la tête du ministère de la Santé, il a placé Alan Johnson, un réformateur prudent. Fort d'un passé syndical, plusieurs fois chargé de portefeuilles difficiles, ce poids lourd du Labour Party, attaqué ce week-end par la presse pour des donations non déclarées pendant sa campagne électorale, a pour mission de poursuivre les réformes du NHS tout en ménageant le consensus. " L'époque des mutations structurelles, pourtant nécessaires au début, est finie pour le futur prévisible. Désormais, notre priorité est l'amélioration du service aux patients ", explique le ministre à La Tribune. De son bureau à Whitehall, en face de Downing Street, où réside le Premier ministre, il affirme que le NHS est en train de passer d'une " situation de sous-investissement sous les conservateurs à une autre où il y a davantage de médecins et d'infir miers, et des temps d'attente plus courts ". Grâce aux efforts entrepris depuis dix ans, entre une première visite chez le médecin et une opération chirurgicale, le temps d'attente sera ramené à " dix-huit semaines au plus à la fin de 2008 ", contre dix-huit mois en 1997.Blair d'abord et Brown ensuite ont décidé de porter les dépenses publiques dans la santé d'environ 5-6 % du PIB en 1997 à plus de 9 % en 2010, " en ligne avec la moyenne européenne ", précise Alan Johnson. Cela signifie passer de 33 milliards de livres de l'époque à 110 milliards (soit 150 milliards d'euros), un voyage qui est proche d'aboutir, vu qu'en 2008 100 milliards de livres d'argent public seront investis dans le NHS.SOINS PERSONNALISESAutant de ressources qui visent à le doter de capacités pour répondre à une société réclamant davantage de soins personnalisés. Pour Alan Johnson, les priorités sont la lutte contre les maladies cardio-vasculaires et le cancer, la prévention, la maternité, mais aussi la propreté des hôpitaux, un thème majeur au Royaume-Uni. Sans oublier l'obésité. " Si nous restons passifs, près de 60 % de la population britannique sera obèse en 2050 ", affirme le ministre, qui vient de lancer un plan anti-obésité de plus de 500 millions d'euros, comprenant des cours obligatoires de cuisine pour les enfants et la limitation des licences pour ouvrir des fast-foods près des écoles. Alan Johnson incite aussi l'Europe tout entière à " faire davantage en matière d'informations contenues sur les étiquettes des aliments ".Mais bientôt, c'est le mot " réforme " qui reviendra hanter le ministre de la Santé. À l'occasion des 60 ans du NHS, Gordon Brown a demandé au chirurgien Ara Darzi, académicien de l'Imperial College et membre de la Chambre des lords, un rapport sur le futur du NHS. Lord Darzi plaide déjà pour la création, à côté d'hôpitaux polyvalents à vocation locale, de pôles d'excellence dotés des technologies médicales les plus modernes. Pour Alan Johnson, le défi se résume à " centraliser là où c'est nécessaire et décentraliser là où c'est possible " . Mais il promet que les valeurs fondatrices du NHS - accès gratuit aux soins de base, service universel et financé par l'État - ne changeront pas. Cette nouvelle mutation sera peut-être la plus importante. Accusant le New Labour d'avoir échoué dans ses efforts, le leader du Parti conservateur, David Cameron, a proclamé que le NHS sera sa priorité aux prochaines élections, au plus tard en 2010.ParcoursNé en 1950, Alan Johnson devient facteur à dix-huit ans et s'inscrit au syndicat. Après une carrière dans les centrales syndicales, il rejoint la hiérarchie du Labour Party en 1995 et entre au Parlement en 1997. Ministre de l'Éducation, du Travail, puis de l'Industrie sous Tony Blair, il est nommé à la Santé en juin 2007 par Gordon Brown. Pendant son temps libre, il apprend le français avec une enseignante de Communicaid. Il est favorable à une plus grande coopération entre Londres et l'Europe.

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