Juppé serre les salaires dans les entreprises publiques

ALAIN JUPPÉ, dans une lettre adressée le 26 décembre à ses ministres, a fixé un cadre très étroit aux négociations salariales dans les entreprises publiques et les établissements publics de l'Etat. Dans les entreprises en bonne santé, il laisse peu de marges aux augmentations générales. Et il ne laisse pas de marge du tout dans les entreprises qui, telle la SNCF, connaissent des « difficultés particulières » : celles-ci « ne procéderont, comme les années passées, à aucune mesure générale quelle qu'en soit la forme »... Le Premier ministre confirme ainsi son orientation du 21 décembre, lorsqu'il avait refusé d'inscrire la question salariale à l'ordre du jour du sommet social. Sa lettre jette un froid dans le Landerneau syndical. La lettre de cadrage ne fixe pas, comme en 1995, une norme pour des augmentations générales de salaires. Elle fixe seulement - à 3,4 % - la progression maximum de la rémunération moyenne des personnels en place (RMPP). Ce taux comprend l'effet report des augmentations octroyées en 1995 et l'effet du GVT (glissement, vieillesse, technicité), qui agrège les augmentations dues à l'ancienneté et aux promotions individuelles. En revanche, la référence choisie efface l'arrivée de nouveaux salariés moins bien rémunérés. Même dans les entreprises en bonne santé financière, comme France-Télécom, La Poste, voire EDF, il ne restera guère de place pour des augmentations générales, puisque l'addition des effets report et GVT peut y dépasser 2 %. Dans cette hypothèse, tous les salariés qui ne bénéficieront pas d'augmentation à l'ancienneté devront se contenter d'une hausse très faible de leur salaire nominal, ce qui réduira sensiblement leur pouvoir d'achat. Or, précise la lettre, « ce plafond de 3,4 % ne sera accessible qu'aux entreprises dont la situation financière le permet et qui auront signé un accord salarial ». Si les syndicats refusent un accord, jugeant la marge offerte trop étroite, celle-ci serait réduite... Elle le sera aussi dans les entreprises « confrontées à de fortes contraintes économiques et financières », qui « devront contenir leur évolution salariale à un niveau inférieur ». Et la marge sera nulle dans les entreprises en « difficultés particulières » : Air France, Charbonnages de France, le Giat ou la Snecma... Mais aussi la SNCF, précise-t-on à Matignon. Dans celle-ci, le cadrage s'apparente à un gel des salaires pour tous ceux qui ne bénéficient pas d'augmentation à l'ancienneté. Le Premier ministre justifie et nuance cette rigueur en préambule de sa lettre : « La politique salariale dans les entreprises publiques doit correspondre aux exigences propres à leur situation, au redressement des finances publiques et au maintien du dialogue avec les partenaires sociaux ». Il prévoit en outre que les accords salariaux afférents « pourront contenir une clause de fin de parcours prévoyant un réexamen de la situation de l'entreprise ». Le critère de dialogue social pourrait devenir prépondérant. Et l'idée prévaut que cette affichage vise aussi, en serrant la politique salariale dans les entreprises publiques, à ne pas agiter le chiffon rouge devant les fonctionnaires. Rappelons que ceux-ci, par décision annoncée en septembre, seront exactement traités comme les salariés d'entreprises publiques connaissant des « difficultés particulières », avec un gel de toute augmentation générale des traitements. Mais, après un mois de décembre paralysé par les grèves, Alain Juppé ne risque-t-il pas de réveiller les revendications ? Le secrétaire général de FO, Marc Blondel, qui prévoyait un rebond social fin janvier risque d'être dépassé par le temps. « Cela ne va pas faciliter les choses », reconnaissait-on hier à la Fédération CFDT des transports et de l'équipement (FGTE). « Si, en plus du RDS, le gouvernement confirme le blocage des salaires, la situation risque d'être explosive. » A la SNCF, Loïk Le Floch-Prigent va devoir gérer la situation avec doigté. « Nous voulons une vraie négociation, sans cadrage sur la question des salaires. Les cheminots seront très vigilants », prévient-on à la Fédération CGT des cheminots. Dans la foulée du conflit, le syndicat se fait fort d'obtenir de la direction le « règlement du contentieux salarial. En quatorze ans, nous avons perdu 21 % de pouvoir d'achat sur la valeur du point de grille »... Même colère au SAT, le syndicat autonome traction de la RATP, où les négociations salariales s'ouvrent le 11 janvier : « Si, en plus de la question sur le paiement des jours de grève on bute sur les salaires, il va y avoir un pro blème. »

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