Un Premier ministre d'ouverture pour l'Algérie

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Six semaines après son élection, Liamine Zeroual vient de confier à son directeur de cabinet, Ahmed Ouyahia, le poste de Premier ministre. Une décision qui n'a surpris aucun observateur, tant cette nomination paraissait certaine depuis quelques semaines. Il s'agit d'abord d'un geste d'ouverture politique certain, dans la mesure où le président algérien marque à la fois son souci de choisir une personnalité qui n'est pas liée au régime, tout en offrant la possibilité à des responsables politiques de formations ayant participé au dernier scrutin présidentiel de participer à ce gouvernement. Cette désignation est intervenue après que Liamine Zeroual eut mis fin le 31 décembre aux fonctions de Mokdad Sifi, désormais ministre d'Etat, qu'il avait lui-même nommé en avril 1994 et dont il a loué « l'abnégation ». Le nouveau chef du gouvernement est âgé de 43 ans, d'origine kabyle et issu de la diplomatie algérienne. Membre de la mission permanente de l'Algérie aux Nations unies de 1984 à 1989 - il fut aussi représentant adjoint de son pays au Conseil de sécurité -, Ahmed Ouyahia a par la suite été ambassadeur au Mali avant de devenir le directeur de cabinet de Liamine Zeroual en février 1994, quelques jours après la désignation de ce dernier à la présidence de l'Etat par la « Conférence du dialogue national ». A ce titre, il a suivi toutes les négociations entre le pouvoir et les islamistes de l'ex-FIS, sans oublier les multiples discussions avec le FMI et les principaux bailleurs de fonds de l'Algérie. C'est donc un homme parfaitement informé qui accède à la fonction de Premier ministre, dont le titulaire a changé sept fois depuis octobre 1988, date de la première ouverture démocratique. Et, pour nombre d'Algériens, le fait qu'Ahmed Ouyahia ne fasse pas partie du sérail « militaro-politique » est un signe qui confirme la volonté du président algérien de concrétiser au plus vite ses promesses de « rupture » avec l'ancien régime du parti unique. Dans le même temps, la nomination d'un Kabyle est assimilable à la chute d'un tabou dans un pays où l'équilibre régional au sein du pouvoir a toujours obéi à des règles dictées par le « clan de l'Est », véritable détenteur du pouvoir. La question sécuritaire entre les mains de Zeroual Mais le plus important est que la nouvelle équipe ministérielle pourrait accueillir des représentants de l'opposition et avoir de ce fait une allure un peu plus « politique » que la précédente, régulièrement qualifiée de « gouvernement de technocrates ». Selon plusieurs informations parues dans la presse privée algérienne, des représentants du Parti du renouveau algérien (PRA) de Nourredine Boukrouh (3,81 % des suffrages aux présidentielles) et du Mouvement de la société islamique (MSI-Hamas) de Mahfoudh Nahnah (25,58 % des suffrages aux présidentielles) devraient se voir confier des portefeuilles « non stratégiques ». Le leader démocrate et laïc Saïd Sâdi (9,60 % de voix aux présidentielles) aurait de son côté refusé de faire participer son parti, le Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD), au futur gouvernement. Malgré cette ouverture, la première du genre depuis l'indépendance, il reste à savoir si Ahmed Ouyahia aura entière liberté de manoeuvre. Comme pour son prédécesseur, il est plus que probable que le nouveau Premier ministr disposera d'un large pouvoir de décision pour les questions économiques et sociales mais les interrogations concernant sa capacité future à investir le champ politique sont nombreuses. « Les Algériens sont conscients que la nomination d'un nouveau Premier ministre n'aura aucun impact sur la situation sécuritaire et que cette question concerne Liamine Zeroual et les militaires. C'est à ces derniers que reviendra la décision de négocier avec les islamistes ou de poursuivre la lutte contre la guérilla », explique un haut fonctionnaire pour qui les deux seules tâches politiques majeures d'Ahmed Ouyahia seront de préparer le pays aux effets des réformes tout en veillant à ce que les futures élections législatives et municipales soient parfaitement organisées. AKRAM ELLYAS

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