« Katyn », crime de guerre et mensonge d'État

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Un pont, au matin du 17 septembre 1939. D'un côté, une foule de civils polonais fuit la barbarie nazie qui a déferlé sur le pays quinze jours plus tôt. À l'autre extrémité, d'autres Polonais. Eux refluent devant l'avancée des troupes soviétiques qui viennent, à leur tour, d'envahir leur pays. Dans cette scène d'ouverture de « Katyn », Andrzej Wajda résume le drame polonais, cet État historiquement pris en tenailles par de puissants voisins. une balle dans la têteMais, cette fois, l'ignominie va atteindre son comble : sur ordre de Staline, 22.000 officiers et hauts fonctionnaires polonais, faits prisonniers par l'URSS, sont froidement exécutés d'une balle dans la tête, au printemps 1940, par les agents du NKVD (l'ancêtre du KGB) dans la forêt de Katyn, en Russie. Le père d'Andrzej Wajda était l'un d'eux. Le drame ne s'arrête pas là. Quand les Allemands découvrent les charniers en 1943, ils font de ces massacres l'un de leur instrument de propagande antisoviétique. En réaction, l'URSS accuse les nazis d'être responsables des meurtres. Avec la défaite de l'Allemagne et l'instauration de la guerre froide, cette version devient la « vérité officielle » imposée en Pologne pendant cinquante ans. Jusqu'à l'effondrement du communisme en 1989. Gorbatchev puis Eltsine reconnaissent alors que les massacres de Katyn étaient bien dus au NKVD. Ce mensonge d'État a traumatisé la Pologne et toutes les familles d'officiers qui n'ont jamais pu savoir ce qu'il était réellement advenu d'un père, d'un frère ou d'un mari disparu. La mère d'Andrzej Wajda faisait partie de ces malheureux. C'est cette épouvantable histoire que raconte « Katyn ». Le réalisateur a eu bien du mal à faire aboutir son projet, faute de pouvoir accéder pendant longtemps à du matériel historique fiable.Son film, double, narre avec une minutie clinique, sans aucun pathos, voire de façon très académique, le cheminement vers la mort d'un groupe d'officiers. C'est criant de vérité et, quand l'inéluctable survient, l'on a envie de détourner le regard. Fibre nationalisteL'opus s'attache, ensuite, à expliquer comment le mensonge s'est installé à travers le destin de compagnes ou de fils d'officiers exécutés. Ici c'est un garçon qui ne peut être admis dans une école car il clame haut et fort que son père a été tué par les Soviétiques à Katyn. Là, c'est une jeune fille, enfermée à la libération de la Pologne, car elle a osé faire graver une stèle à la mémoire de son frère où la date du décès indiquée laisse entendre que ce sont les communistes qui l'ont exécuté.Une ?uvre froide donc, efficace, mais aussi parfois un peu superficielle. Voulant saisir le problème de Katyn dans sa globalité, l'auteur n'a manifestement pas eu les moyens de s'arrêter davantage sur tel ou tel aspect de l'affaire. Les détracteurs de Wajda lui reprocheront également de trop flatter la fibre nationaliste ? déjà exacerbée ? des Polonais. On remarquera aussi la bande-son lugubre du compositeur Krzysztof Penderecki. n

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