La fronde mondiale s'organise contre le dollar roi

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Le dollar c'est notre monnaie, mais c'est votre problème », avait lancé au monde, non sans cynisme, John Connally, le secrétaire au Trésor américain de Richard Nixon, juste après la rupture de la convertibilité du dollar en or qui avait propulsé le billet vert au rang de seule monnaie de réserve internationale. Seulement voilà?: le monde ne veut plus que le dollar soit son problème. Et il l'a fait savoir depuis quinze jours, par la voix des plus hauts responsables chinois et russes, qui affirment avoir le soutien de pays émergents clés tels que le Brésil, l'Inde, la Corée du Sud et l'Afrique du Sud. Tous souhaitent un nouveau Bretton Woods, qui mettrait fin à l'hégémonie du dollar sur le système monétaire international.Nicolas Sarkozy lui-même n'avait-il pas pesté à l'automne dernier contre cet étalon monétaire élastique, dont les caprices aggravent à intervalles réguliers l'instabilité financière mondiale?? Le sujet n'est théoriquement pas à l'ordre du jour du G20, mais il sera dans tous les esprits. Et la Chine, encore mortifiée de la déclaration de guerre lancée par Barack Obama à peine investi, l'accusant de manipuler sa monnaie, a bien l'intention de se faire entendre et de montrer qu'elle a un rôle à jouer dans le club encore très fermé des grandes puissances mondiales. Et elle sait de quoi elle parle?: avec ses 740 milliards de dollars d'investissements en bons du Trésor américain, elle est devenue le premier créancier des États-Unis, première puissance économique mondiale par qui le scandale de la crise des subprimes est arrivé, contaminant l'ensemble de la planète.Mais la quête du Graal sera longue et semée d'embûches. Donner aux droits de tirage spéciaux (DTS) du FMI, un statut de monnaie au lieu de simple instrument de paiement comme l'était l'écu ? la proposition chinoise ? ou créer une nouvelle monnaie mondiale ex nihilo, comme le souhaitent les Russes, tient du v?u pieux. Le « Globo », pour lui donner un nom de baptême, est à la communauté financière ce que l'espéranto est à la communauté linguistique. Nul ne l'ignore?: la réforme du système monétaire international est à l'ordre du jour depuis qu'il existe. Se débarrasser de la tyrannie du dollar, l'Europe y a longtemps aspiré, au point d'imaginer une monnaie unique dès la signature du traité de Rome en 1957. Il aura fallu quarante-deux ans pour que le rêve devienne réalité et que naisse l'euro, aujourd'hui monnaie commune de seize pays. Entre-temps, l'Europe avait inventé le « serpent » monétaire en 1972 pour limiter les fluctuations entre les monnaies des pays membres de la Communauté européenne, que l'évolution du dollar impactait très diversement face au tout-puissant deutsche mark, puis le Système monétaire européen, le SME, en 1979, qui constitue encore le purgatoire obligatoire de deux ans avant l'adhésion d'une nouvelle monnaie à l'euro. Les États-Unis ont tenté de ressusciter l'étalon or, la relique barbare dénoncée en son temps par Keynes, qui sert toujours de bouclier monétaire aux banques centrales, dont les coffres regorgent de 30.000 tonnes de métal jaune, le quart de la production jamais extraite. L'idée des zones cibles avait aussi jailli dans l'imaginaire des apprentis sorcier du G7, après les accords du Louvre de stabilisation des cours du billet vert en 1987, qui consistaient à encadrer les parités des grandes monnaies dans des fourchettes tenues secrètes.Rien n'y a fait, même pas l'euro. Le dollar reste sans conteste la première monnaie de réserve et de transactions et la quasi-seule monnaie de facturation internationale. La fin du roi vert n'est pas pour demain. nla réforme du système monétaire international est à l'ordre du jour depuis qu'il existe.

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