« Nous avons tourné la page du social-libéralisme »

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Aux dernières élections européennes, le PS avait obtenu près de 29 %. Quel est votre objectif pour le 7 juin prochain ?J'invite les citoyens à faire mentir les sondages : le PS doit obtenir le score le plus élevé possible et l'objectif est une majorité pour les socialistes européens à Strasbourg.Le PS a un peu hésité sur la ligne à tenir dans la campagne : vote sanction contre Nicolas Sarkozy puis appel au vote utile pour changer l'Europe? Quel est l'enjeu principal de ce scrutin ?Nous avons été les premiers à adopter notre programme : dès le 1er décembre 2008 à Madrid, le Parti socialiste européen (PSE) a adopté le « Manifesto » avec des engagements et des propositions précises. Nous avons été les premiers à adopter nos listes et à entrer en campagne. Mais il est légitime d'appeler à sanctionner la politique de la droite, européenne et nationale, puisque c'est la même et que la droite est sortante au plan européen. Le PS est le seul parti d'opposition qui fonctionne avec deux moteurs : celui de l'opposition à la politique de Nicolas Sarkozy, que ce soit en France ou en Europe, et celui de la proposition.Dans votre « Manifesto », vous souhaitez que la durée maximale du travail soit « décente, cohérente avec les droits à la santé et à la sécurité au travail et permettant un équilibre normal entre temps de travail et vie personnelle ». Les 35 heures de Martine Aubry ne font pas l'unanimité auprès de vos camarades européens ?Les durées légales sont différentes d'un pays à un autre, ce n'est pas cela qui est en cause, mais le respect de la directive sur la santé et la sécurité qui a fixé un maximum horaire de travail hebdomadaire à 48 heures. Or les gouvernements, au lieu de supprimer les dérogations qui avaient été accordées à certains pays comme la Grande-Bretagne, veulent porter ce plafond à 65 heures par semaine. Nous n'acceptons pas que cette directive sociale soit démantelée. Il faut lutter contre l'Europe du dumping social qui détourne les citoyens de l'idée européenne.Le PSE propose aussi « l'instauration d'un salaire minimum décent? » sans plus de précision?C'est la formule de l'Organisation internationale du travail : il s'agit d'un salaire qui permette au travailleur de vivre, de bénéficier d'une protection sociale, de faire vivre sa famille. Nous demandons l'instauration obligatoire d'un salaire minimum dans chaque pays, d'un niveau correspondant au minimum à 60 % du salaire médian de ce pays. C'est une première étape vers un salaire minimum européen.Dans ce « Manifesto », vous parlez également de parachever le marché intérieur européen et de réduire les formalités imposées aux entreprises. Qu'est-ce que cela signifie concrètement ?Que nous ne sommes pas opposés à l'achèvement du marché intérieur. Mais, on ne peut pas traiter tous les acteurs économiques sur le même plan. Par exemple, pour ce qui est des services d'intérêt général, services publics, services sociaux, les règles doivent être différentes de celles du marché intérieur. C'est pourquoi nous proposons qu'il y ait une directive cadre sur les services publics. À partir du moment où on fait cette distinction, effectivement il faut favoriser la croissance des entreprises marchandes. Nous proposons notamment de donner aux PME, qui sont le principal employeur des salariés européens, un cadre juridique simplifié grâce à un statut d'entreprise européenne et un accès facilité à l'ensemble du marché communautaire, au financement et aux aides à l'innovation. Nous voulons soutenir en particulier l'innovation écologique qui sera créatrice de millions d'emplois nouveaux. Il existe par ailleurs deux outils financiers que sont la Banque européenne d'investissement et la Banque européenne pour la reconstruction et le développement : il faut augmenter leurs fonds propres et donc leur capacité de crédits et permettre aux PME un accès simplifié à ces crédits.Vous appelez de vos v?ux une croissance écologique qui pourrait créer 10 millions d'emplois dans les cinq ans. Comment la financer ?Nous proposons un plan de relance coordonné, financé par un grand emprunt de 100 milliards d'euros pour investir dans les réseaux de transport propre, l'efficacité énergétique des bâtiments et des logements, les énergies renouvelables. L'Union européenne est la seule grande institution de type étatique qui n'utilise pas la capacité d'emprunt. Pour l'instant, elle ne peut utiliser que les moyens de la Banque européenne d'investissement, soit à peine 25 milliards d'euros. En tout cas, si la volonté politique existe, on peut doter l'Union de la capacité de lever un emprunt d'au moins 1 % de son produit intérieur brut. Quand on compare à ce que font les États-Unis aujourd'hui pour la relance (plus de 5 % de leur PIB), à ce que sont les recommandations du FMI (au moins 2 % du PIB), ce serait bien le moins.Quand vous vous mettez autour d'une même table entre socialistes européens, vous êtes à peu près d'accord sur tout ?Oui, sur l'essentiel et c'est ce qu'exprime le « Manifesto ».Mais sur beaucoup de points, cela reste flou? N'est-ce pas le signe qu'il y a encore des différences entre socialistes allemands, scandinaves, espagnols?Évidemment, en Europe, au sein de chaque grande famille politique, quelle que soit sa sensibilité, il existe des différences. Mais globalement, les conservateurs, ces dernières années, ont défendu l'idée que l'essentiel était de libérer les forces du marché et de lever les entraves à la circulation des capitaux. Les socialistes se sont retrouvés sur l'idée qu'il fallait, au contraire, plus de régulation dans l'espace économique et plus de convergence sociale. Et le « Manifesto » est le programme de loin le plus novateur, le plus audacieux et le plus homogène de toutes les forces politiques européennes. C'est d'ailleurs un acte de construction de l'Europe politique qui marque une nouvelle étape dans la vision commune des socialistes en Europe. On est loin de la séduction blairiste des années 1990. On a tourné la page du social-libéralisme. La volonté du mouvement socialiste européen est d'apporter une réponse aux conséquences des politiques néolibérales. Pendant cinq ans, la commission Barroso nous a expliqué que l'État et la réglementation étaient le problème et que le marché était la solution. Le mot d'ordre était « moins légiférer ». Depuis l'effondrement du système bancaire, tout le monde rosit un peu son discours. Mais la réalité du programme des conservateurs, c'est leur bilan, la directive Bolkestein, la directive « 65 heures », la mise en concurrence systématique des services publics.Les socialistes espagnols soutiennent José Manuel Barroso. Pas les socialistes français. Comment comptez-vous empêcher sa réélection ?L'Europe a droit à l'alternance. Si le Parti socialiste européen arrive en tête le 7 juin et permet à la gauche d'être majoritaire au Parlement, Barroso ne pourra pas être reconduit. Même les socialistes espagnols et Zapatero, reconnaissent que, dans ce cas, il faudra présenter un candidat issu du PSE. n

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