L'angélisme vis-à-vis de la mondialisation a fait son temps

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« Quand tout va mal, achetez local ! » Tel pourrait être le nouveau slogan de la classe politique. Il y a quelques années encore, les mêmes encensaient le commerce et ses bienfaits, la mondialisation et ses mérites. On pense ainsi aux démocrates américains, qui votaient le traité de l'Alena ? entré en vigueur en 1994 ? destiné à stimuler le commerce entre les États-Unis, le Canada et le Mexique. Quinze ans plus tard, les mêmes viennent d'introduire, dans le projet du plan de relance du président Obama, la notion de « buy american »? « En période de crise économique, les politiques choisissent toujours le protectionnisme », regrette Chad Bown, professeur d'économie à l'université Brandeis, à côté de Boston. En réalité, l'angélisme concernant la mondialisation avait déjà commencé à s'estomper au cours de ces dernières années. Ainsi, l'économiste renommé Paul Samuelson, ancien conseiller économique de Kennedy, admettait en 2005 dans une interview au magazine « Spiegel » : « La mondialisation ne fait pas que des gagnants. »Face à un coût social concentré et très visible, dans l'acier ou le textile, la stratégie du protectionnisme est souvent compréhensible. « D'autant que les avantages du commerce, souvent plus dilués, sont plus difficiles à expliquer », précise encore Chad Bown. Tentante, la stratégie n'en est pas moins dangereuse. La crise de 1929 avait ainsi déclenché une vague protectionniste calamiteuse. En 1930, le Congrès américain vote des augmentations de droits de douane allant jusqu'à 52 % sur 70 produits agricoles et 900 produits manufacturés dans le cadre de la nouvelle loi Smoot-Hawley. La riposte est immédiate. Les partenaires commerciaux des États-Unis, de l'Europe à l'Amérique latine, ferment leurs marchés. Est-ce cet engrenage ou la crise elle-même qui a pesé sur la demande, et donc sur les échanges à l'époque ? Pour certains, le débat n'est pas tranché. Toujours est-il qu'entre 1929 et 1934, le commerce mondial a reculé en valeur de 66 %? Même la Grande-Bretagne, chantre du libre-échange depuis 1846, a fini par fermer ses frontières en 1932, en adoptant l'Import Duties Act.« mal nécessaire »Reste que les tenants du protectionnisme ne désarment pas. Il en existerait même une dose « raisonnable ». La ministre de l'Économie française n'a-t-elle pas parlé, lors du forum de Davos, d'un « mal nécessaire en temps de crise » qui peut être appliqué « à condition que les mesures soient temporaires et mises en ?uvre de manière concertée » ? Lysiane J. Baudu

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