« L'impasse politique en Thaïlande a un fort coût économique »

Hier, le départ forcé du Premier ministre et un accord avec les manifestants antigouvernementaux de l'Alliance du peuple pour la démocratie ont permis de calmer les tensions politiques en Thaïlande. Après plusieurs jours de paralysie totale des deux grands aéroports, le trafic aérien devrait reprendre. Mais, selon Sophie Boisseau de Rocher, chercheuse à Asia Centre et spécialiste de l'Asie du Sud-Est, la crise politique qui secoue la Thaïlande n'est pas réglée. Le départ du Premier ministre, Somchai Wongsawat, marque-t-il la fin de la crise politique ? Il s'agit plutôt d'un répit dans une crise à rebondissements. Sur le fond, la situation politique reste bloquée. Car la démission du Premier ministre ne va pas favoriser l'émergence d'un nouveau gouvernement efficace et intègre. Certes, un gouvernement de transition a été nommé hier, mais il ne dispose pas de majorité à la chambre. Qui sort gagnant ?Personne, tant le pays est aujourd'hui dans une impasse politique. Il n'y a plus de majorité, mais une situation où le seul mot d'ordre est « plus jamais Thaksin Shinawatra », du nom de l'ancien chef du gouvernement, chassé du pouvoir en 2006. Mais Thaksin reste extrêmement populaire dans les campagnes, où réside 65 % de l'électorat, grâce à sa politique populiste. Cela pose un vrai problème de fond de représentation politique. Quant à l'Alliance du peuple pour la démocratie (PAD), elle est une coalition informelle où l'on trouve à la fois des moines bouddhistes, des syndicalistes ou des anciens militaires. Mais elle n'a pas de programme politique et ne constitue pas à terme une solution.Quel est maintenant le scénarioprobable ? Dans les jours qui viennent, si les manifestations se poursuivent, l'armée n'hésitera pas à intervenir. Mais elle n'est pas une bonne gestionnaire : on l'a vue à l'?uvre lorsqu'elle a commandé le pays, entre septembre 2006, au moment du départ forcé de Thaksin, et les élections de décembre 2007. Son retour aux affaires constituerait une régression. Quant au roi, il contribue aussi à l'incertitude. Non seulement il apparaît de plus en plus fatigué, mais sa succession pas réglée. Cette crise politique ne va-t-elle pas peser sur l'économie ? La dégradation de la situation politique a un coût économique que la Thaïlande ne peut plus s'offrir. Le tourisme va être par exemple très affecté : on estime que le nombre de touristes va passer de 14 millions en 2007 à 7 millions l'an prochain. Sans parler des conséquences sur les investissements étrangers. La Thaïlande aurait-elle perdu son image de dragon économique ? Depuis la crise de 1997, elle a essayé de rebondir sur des bases de croissance endogènes, mais elle se heurte toujours aux problèmes qui avaient miné son économique pendant la crise asiatique. À savoir une insuffisante montée en gamme de ses produits, du fait des défaillances du système d'éducation, toujours pas réglées, et l'absence d'assainissement des pratiques politiques et juridiques. Conséquence : la Thaïlande ne cesse de perdre du terrain face à ses concurrents régionaux, et en particulier la Chine. Propos recueillis par Éric Choln ++BSD++PasSupprimerBalise balise systèmene pas supprimer++BSF++

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