Déficits publics  :

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Bertrand JACQUILLATOUI« Les actifs asphyxiés pourraient refuser de payer pour les plus âgés. »Alors que l'augmentation de la population mondiale jusqu'en 2050 va s'accompagner de son vieillissement, avec une forte progression des plus de 64 ans, on peut d'ores et déjà prévoir un déclin relatif des jeunes, et un déclin plus important encore de la population active. En clair, la dépendance des inactifs aux actifs va fortement s'accroître avec pour conséquence une charge financière croissante des inactifs, toujours plus nombreux, sur des actifs bien moins nombreux. Avec l'explosion de la dette publique que nous connaissons aujourd'hui ? le FMI la voit à 106 % du PNB des pays les plus riches en 2010 contre 78 % en 2007 ?, la charge de la dette va même devenir insupportable. Dans les pays vieillissants, parmi lesquels on compte les grands pays européens et le Japon, le poids de la charge sera tel qu'un brutal réveil des actifs asphyxiés par les prélèvements pourrait déboucher sur un refus tout net de payer pour les plus âgés. Et ce d'autant plus que la croissance, qui dépend pour beaucoup de la taille et de l'augmentation de la population active, sera sensiblement plus modérée dans les économies où la population active sera numériquement moins nombreuse. En clair, la croissance ne suffira pas à financer l'explosion des dépenses vieillesse. Et elle ne manquera pas de peser sur la valeur de tous les actifs financiers, qu'il s'agisse de l'immobilier ou des actions. D'autant que la rentabilité des sociétés devrait être affectée par la rareté relative du facteur travail par rapport au capital, et par la désépargne des populations qui renchérira le coût de l'argent. Alors que les économies en excédent d'épargne, comme la Chine, finançaient les pays en déficit, si les besoins en capitaux des pays développés continuent à croître, on risque même d'être confronté à une pénurie de capital, et une hausse des taux longs qui creusera un peu plus les déficits. Dans ce nouveau monde, vieilli et tournant au ralenti, les systèmes de retraite par répartition que l'on trouve encore dans la plupart des économies, s'apparenteront de plus en plus à des schémas de Ponzi. Or, sera-t-il politiquement possible que le niveau des retraites baisse encore davantage, après avoir déjà reculé de 22 % en moyenne dans la plupart des pays de l'OCDE depuis 1990 ? Nous nous dirigeons à grande vitesse vers une impasse financière, dont une génération entière fera les frais. L'acceptera-t-elle ? Je n'en suis pas sûr. nLes Rencontres économiques d'Aix-en-Provence qui se tiennent depuis hier, et ce jusqu'au 5 juillet, sous l'égide du Cercle des économistes, abordent trois thèmes majeurs pour l'avenir de l'économie mondiale : la croissance, la démographie et la finance. Au moment où la crise aggrave partout les déficits publics dans des proportions qui menacent les grands équilibres, l'imbrication de ces trois thèmes pose la question du niveau de vie des futurs actifs. Et de cette inquiétude naît une question : vont-ils accepter de rembourser les dettes accumulées par les générations actuellement au pouvoir, ou refuser d'assumer la solidarité entre les générations, fondement de notre système social ? Alors que la question de l'équité entre les générations devient brûlante, chacun s'interroge : va-t-on vers une guerre des générations ? Propos recueillis parValérie SegondNONMartin HIRSCHOn peut dire que cette guerre a commencé, de manière larvée et au détriment des jeunes, mais qu'il est temps de la stopper ! Les jeunes ont un taux de pauvreté plus élevé, une précarité plus forte et pèse sur eux le poids des dettes des générations qui les précèdent. Le contrat social a évolué à leur détriment. Quand ils travaillent trois mois en CDD, ils payent une cotisation chômage qui ne leur ouvre pas de droits. Quand ils font le plein d'essence, ils payent la TIPP qui finance des minima sociaux qui ne leur sont pas ouverts. Deux exemples parmi d'autres? Avant 25 ans, les jeunes sont dans une situation défavorable et cette génération risque de rester en situation similaire quand elle aura 45, puis 65 ans ! Tout se passe comme si la France gâchait son atout démographique. Elle se targue d'avoir une bonne politique familiale qui soutient les naissances. Elle la gaspille après 18 ans, comme si elle était embarrassée par son succès. Or, la société tout entière a intérêt à intégrer mieux les jeunes, à faciliter leur entrée dans la vie active pour assurer sa compétitivité de demain. Le débat sur l'autonomie des jeunes est en fait un débat sur l'autonomie de notre pays face aux autres. Comment rétablir l'équité entre les générations ? Quelle doit être une stratégie de rééquilibrage ? C'est notre feuille de route ! Il faut consacrer l'effort nécessaire pour améliorer le taux d'activité des jeunes. Et ce, en doublant l'alternance, en reformant de fond en comble le système d'orientation, en instaurant une convention de transmission senior-junior, en prévoyant des engagements de branche dans un esprit de gestion prévisionnelle des emplois et des compétences. Ce sont des mécanismes de soutien aux revenus, qui auront un effet incitatif sur la qualification et sur l'insertion professionnelle. Il faut arrêter de compter sur les jeunes pour rembourser des dettes qui ne les concernent pas. Si organisations patronales, syndicales, étudiantes, avec les collectivités territoriales convergent sur cette feuille de route, cela signifie la volonté de faire que la guerre des générations n'ait plus lieu. nNotre feuille de route est de stopper cette guerre qui a commencé. »

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