Un indicateur des déséquilibres mondiaux

chronique du consensusFaut-il relancer la croissance mondiale par une politique de l'offre ou par une politique de la demande ? Le poids de la demande des ménages rapportée à la richesse créée (PIB) donne un début de réponse à la question. On observe deux tendances claires en fonction du statut des pays concernés : si la consommation des ménages des pays de l'OCDE représente 62 % du PIB, elle n'atteint que 50 % du PIB dans les pays en développement. Ce dernier chiffre est en grande partie tiré vers le bas par les pays émergents d'Asie, en particulier la Chine, dont les dépenses des ménages ne pèsent que 36 % de la richesse nationale contre près de 50 % dans les années 1990. Cet écart n'est pas étonnant, puisque l'investissement a été le moteur essentiel de la croissance des pays émergents d'Asie depuis 2001, l'économie de cette zone ayant été tirée par l'offre.De façon totalement symétrique, la demande des ménages américains a explosé depuis quinze ans, jusqu'à atteindre plus de 72 % du PIB en 2006. Depuis le début des années 1990, la consommation a gagné plus de 5 % de PIB, ce qui traduit bien le fait que l'économie des États-Unis s'est construite sur la demande au cours des vingt dernières années. Le Japon, comme l'Allemagne ou la France se situent largement en deçà de la moyenne mondiale (les dépenses des ménages pèsent environ 57 % du PIB), ce qui traduit probablement un léger déséquilibre entre l'offre et la demande dans ces zones. Le Royaume-Uni, proche du modèle américain, se situe quant à lui à 64 % du PIB.Cette dichotomie du monde, bien illustrée par l'opposition États-Unis-Chine, est à l'origine de la crise financière actuelle : d'un côté, on a laissé se déverser des excédents commerciaux gigantesques avec pour conséquence des réserves de change cumulées pharaoniques dans ces zones (près de 2.000 milliards de dollars rien qu'en Chine) et s'accumuler de l'autre des déficits colossaux, notamment aux États-Unis. Comment en est-on arrivé à de tels déséquilibres ? À la fois par le statut de monnaie de réserve du dollar, par une politique monétaire menée par la Fed trop longtemps laxiste, et surtout par la continuelle manipulation de la monnaie chinoise de la part de la banque centrale de Chine provoquant une incroyable sous-évaluation du yuan. Il faudra beaucoup de temps à l'économie mondiale pour résorber ces gigantesques déséquilibres, qui l'ont façonnée tout au long de ces dernières années.Par Jean-Luc Buchalet (en haut) et Pierre Sabatier, respectivement PDG et directeur de la stratégie chez Pythagore Investissement

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