Avec l'iPhone, Orange perd un monopole extrêmement rentable

Orange perd sa principale arme commerciale dans la téléphonie mobile. Et une importante source de bénéfices. La cour d'appel de Paris a confirmé hier la décision du Conseil de la concurrence de mettre un terme, dès le 17 décembre 2008, à l'exclusivité de cinq ans dont bénéficiait l'opérateur de France Télécom pour vendre l'iPhone, le téléphone d'Apple en France. Orange a décidé de se pourvoir en cassation, estimant que l'arrêt comporte de nombreuses erreurs. Apple n'a souhaité faire aucun commentaire.À l'origine de la saisine du Conseil de la concurrence en septembre 2008, Bouygues Télécom se félicite de l'arrêt de la cour d'appel. Même satisfaction chez SFR, qui avait rejoint récemment Bouygues Télécom dans son action. Le pourvoi en cassation d'Orange n'étant pas suspensif, les deux opérateurs de téléphonie mobile peuvent donc négocier un accord de distribution avec Apple pour pouvoir commercialiser l'iPhone dans leur réseau, ce qui devrait prendre quelques semaines.15 % de ses ventes brutDepuis l'arrivée de l'iPhone sur le marché français en octobre 2007, et surtout sous sa version 3G en juillet dernier, les deux opérateurs voyaient de nombreux clients partir chez Orange pour avoir leur iPhone. « Orange lui-même a déclaré que la moitié de ses ventes d'iPhone 3G correspondait à de nouveaux clients », indique la cour d'appel. Entre juillet et décembre 2008, Orange a écoulé plus de 450.000 téléphones Apple, soit 15 % de ses ventes brut. Or, toujours selon les magistrats de la cour d'appel, « cette captation d'abonnés est quasi irréversible puisque ceux-ci s'engagent en moyenne pour dix-huit mois ». Sans compter, insiste la cour d'appel, que les abonnés étaient « rapidement rendus captifs d'Apple » via le logiciel iTunes obligatoire pour activer le téléphone.Pour la cour d'appel, cette « situation était préjudiciable au consommateur ». En revanche, elle était extrêmement rentable pour France Télécom. Les magistrats ont calculé que, en cinq mois de commercialisation de l'iPhone 3G, « Orange s'est assuré un bénéfice net de 140 millions d'euros, pour des investissements spécifiques de 16,5 millions d'euros pour les deux modèles, ce dont il résulte que la durée d'exclusivité de cinq ans est largement disproportionnée ». Un constat qui « demeure exact même en retenant le chiffre de 46 millions d'euros [d'investissements spécifiques] avancé par Orange ».Le coup est donc dur pour France Télécom même s'il est supportable à l'échelle des 53 milliards d'euros de chiffre d'affaires annuel réalisé par le groupe. Les calculs sont compliqués, mais selon plusieurs analystes, le manque à gagner pour l'opérateur peut être estimé entre 100 et 200 millions d'euros pour 2009. Le groupe pourrait compenser l'impact de ces moindres revenus en réduisant ses efforts commerciaux. Hier, l'action France Télécom a perdu 0,70 % à 18,42 euros.France Télécom a expliqué à la cour d'appel que la situation concurrentielle ne permettra pas de faire baisser le prix des terminaux. L'association de défense des consommateurs UFC-Que choisir, qui s'était associée à l'action de Bouygues Télécom, espère, elle, le contraire. Juridique, la guerre de l'iPhone va maintenant se jouer sur le terrain commercial. Et une nouvelle bataille pourrait s'ouvrir prochainement. Depuis quelques jours, la rumeur annonce en effet la sortie d'un nouvel iPhone au printemps, plus puissant et doté d'une caméra. Même si le Conseil de la concurrence a limité à trois mois la durée des exclusivités, France Télécom pourrait être tenté de prendre sa revanche sur ses concurrents.

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