L'Afrique martyre de Henning Mankell

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Une femme seule avec sa douleur tente de percer le mystère de la mort de son fils. Sur cette intrigue minimaliste, le romancier suédois Henning Mankell entraîne ses lecteurs dans une fascinante quête de vérité depuis la froide Suède jusqu'à la brûlante Afrique. Il déploie sa prose précise et dense pour dénoncer les responsabilités des Occidentaux face à la dérive du continent noir. Et fait de ce « Cerveau des Kennedy » une ?uvre crépusculaire. L'un de ses plus beaux romans.Louise Cantor, une archéologue suédoise de 54 ans, dirige un chantier de fouille en Grèce. De retour à Stockholm, elle retrouve Henrik, son fils de 25 ans, mort dans son appartement. La police conclut à un suicide, mais Louise n'accepte pas cette version. En se plongeant dans sa correspondance, elle entame « un douloureux voyage dans un paysage inconnu ». Pourquoi Henrik amassait-il de la documentation sur la mystérieuse disparition du cerveau du président Kennedy après son assassinat ? Pourquoi dissimulait-il de fortes sommes d'argent ? Et surtout quelle découverte avait-il fait en Afrique qui l'effrayait tant ?sur la trace d'un filsLouise est une femme seule ? son ex-mari a disparu, son père est trop âgé pour quitter la Suède. C'est donc seule qu'elle va enquêter, en Espagne d'abord, puis au Mozambique sur les traces de son fils. « Car, pour comprendre pourquoi il est mort, je dois comprendre pour quoi il voulait vivre. » Son enquête est vécue à la première personne. Ce faisant, le romancier dresse le portrait, superbe, d'une femme anéantie par la douleur et pourtant inébranlable dans sa volonté de découvrir la vérité? au péril de sa vie.Henning Mankell connaît bien l'Afrique. Il partage sa vie entre la Suède et le Mozambique. Connu pour ses romans policiers, il signe depuis plusieurs années des ?uvres personnelles, plus engagées. Comme dans le superbe « Tea Bag » (Seuil, 2007). Le romancier dévoile la réalité sociale des cités ghettos pour immigrés en Suède, cités dont le personnage principal ignore tout. Pour sa part, « le Cerveau de Kennedy » offre une immersion dans une Afrique pauvre et violente ravagée par le sida, et donne à voir un continent à la dérive, laissé exsangue par le colonialisme, oublié du développement, où la cupidité et la corruption règnent en maîtres.Une réalité sordideLouise Cantor découvre cette réalité sordide en errant dans les rues de Maputo. Les Occidentaux qu'elle croise la révulsent. Tel ce diplomate suédois, symbole de l'exploitation sexuelle de la jeunesse. Ou encore cet Américain, fondateur d'une mystérieuse organisation humanitaire. Et bien sûr, il y a le sida. Omniprésent et incontournable. Une épidémie aiguisant l'appétit des laboratoires pharmaceutiques qui ne reculent devant rien pour tester de nouveaux médicaments. Quand la conscience s'efface devant la science? n« Le Cerveau de Kennedy » de Henning Mankell ? Seuil, 396 pages, 22 euros.

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