Les éleveurs de porcs égyptiens en colère

« Des policiers et des vétérinaires ont parqué la moitié de mes bêtes dans des camions pour les mener à l'abattoir. J'ai demandé des compensations. Alors ils ont commencé à me frapper avec leurs matraques », raconte Khaled, la mâchoire serrée. Comme 35.?000 zabbalines, les chiffonniers du Caire, cet homme de 31 ans vit du tri des ordures et de l'élevage de cochons sur le flanc de la colline du Moqattam.Hier ils étaient nombreux à en découdre avec les forces de l'ordre, venues pour abattre les quelque 60?000 porcs élevés parmi les détritus, dans les arrière-cours des maisons de ce quartier de Manchiyet Nasr. Jets de pierre d'un côté, grenades lacrymogènes de l'autre : les affrontements ont fait une vingtaine de blessés selon les services de sécurité. Dans la soirée, des incidents similaires ont éclaté dans une ville au nord du Caire.dédommagement Mercredi dernier, l'Égypte a annoncé l'abattage de l'ensemble de son cheptel porcin, estimé à 250.?000 animaux, comme mesure de précaution à la propagation de la grippe A. Depuis, les autorités ont admis qu'il s'agissait surtout d'éradiquer les élevages insalubres.Jugée inutile par l'OMS, qui rappelle qu'à ce jour aucune personne atteinte du virus H1N1 n'a été contaminée par un porc, cette campagne devrait durer six mois et bénéficie du soutien de l'opinion publique égyptienne. Dans un pays où plus de 80 % des habitants sont musulmans, les éleveurs de porcs, chrétiens pour la plupart, se sentent particulièrement visés. « Leur objectif, c'est d'éliminer les cochons d'Égypte car, pour l'islam, c'est une viande impure », avance l'un d'entre eux. Tous craignent de perdre leur unique source de revenus. « Grâce à mes bêtes, je gagne 500 livres par mois (67 euros) pour faire vivre ma famille. Comment va-t-on faire pour manger maintenant ? » s'alarme Khaled.Selon la presse officielle, le gouvernement a promis une compensation de 100 livres (14 euros) par porc et de 250 livres (34 euros) par femelle abattus. Un dédommagement dont personne n'a encore vu la couleur à Manchiyet Nasr.Marion Guénard, au Caire

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