Bruxelles et le pet des vaches

Jacques Chirac a fondé une partie de sa popularité à flatter, chaque année, au Salon de l'agriculture, la croupe des plus beaux spécimens de la race bovine. Nicolas Sarkozy a, on le sait, moins d'affection pour les vaches, mais notre président a assez de sens politique pour savoir qu'il était urgent d'éteindre, avant le vote de dimanche, le feu qui a fait déborder les producteurs de lait. Urgent, parce que faute d'un prix pour la production de mai avant le 5 juin, l'incendie social de nos campagnes aurait pu faire passer les troubles dans les usines victimes de plans sociaux pour de pâles répétitions. En lâchant 30 millions d'euros d'allégements de charges sociales et en forçant la filière à trouver un accord sur un prix plus juste du lait ? 28 centimes le litre, le consommateur qui paye trois fois plus en moyenne appréciera ! ?, Michel Barnier a sans doute sauvé in extremis l'UMP d'une débâcle électorale dans les régions laitières. Début 2008, les 1.000 litres de lait se payaient 378 euros aux éleveurs, alors incités par toute la filière à produire sans limite. Cette « bulle laitière » s'est écroulée aussi sûrement que celle de la finance, dans un climat de déréglementation du marché. En 2008, toujours, la DGCCRF a annulé, sous l'accusation d'entente, l'accord négocié en 1997 par un autre ministre de l'Agriculture, Philippe Vasseur, qui permettait une régulation interprofessionnelle du prix du lait. Sans boussole, le marché s'est effondré, victime d'une crise de la demande, pour tomber à 210 euros les 1.000 litres de lait, un prix qui ne couvre pas les coûts des éleveurs. Avec une belle cohérence, dans l'accord conclu sous l'égide de Michel Barnier, on va d'ailleurs rétablir un mécanisme de régulation proche du précédent ! La leçon de cette malheureuse affaire, c'est que même à 280 euros, on est encore loin de rétablir l'équilibre pour les éleveurs, condamnés à survivre. En fait, la vraie crise du lait est encore à venir, avec la perspective de la suppression des quotas en 2015. Un défi de taille pour le nouveau Parlement européen qui doit être doté par le traité de Lisbonne de compétences accrues sur la politique agricole commune. Du grain à moudre pour le futur député européen José Bové ! Et un vrai sujet écologique, sachant qu'en moyenne, la « digestion » d'une vache produit entre 1,3 et 2,6 tonnes de méthane par an. Or il y a actuellement 3,9 millions de vaches en France. À l'échelle de l'Europe, l'élevage bovin représente rien moins que 3 % du total des émissions de gaz à effet de serre. À en devenir végé[email protected] philippe mabille

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