Levée de boucliers contre la directive sur les fonds alternatifs

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Une véritable union sacrée s'élève contre la proposition de directive sur la gestion alternative. De la City à l'Autorité des marchés financiers (AMF), de Downing Street à Jacques de Larosière, la fronde grandit de jour en jour.Sans surprise, la colère vient avant tout de Londres, où se situe la grande majorité des hedge funds européens. Paul Marshall, dirigeant du fonds Marshall Walace et cofondateur de Hedge Fund Standards Board, un organisme proposant un code de bonne conduite aux fonds alternatifs, est très remonté : « Cette directive européenne se trompe de priorité, utilise la mauvaise approche et est écrite par les mauvaises personnes. » Simon Walker, qui dirige la British Venture Capital Association, une association défendant les intérêts des fonds de private equity, ne cache pas son inquiétude : « C'est un vrai danger pour notre industrie. Elle est stupide et inutile. » Sa mise en ?uvre coûterait 3 milliards de livres aux hedge funds anglais, estime Kinetic Partners.Boucs émissairesL'opposition ne se limite pas aux financiers. Le gouvernement britannique a décidé de mener la lutte. Paul Myners, le secrétaire d'État en charge de la City, lui-même ancien gérant de fonds, est en charge du dossier. Même l'opposition politique britannique affiche son indignation. Vince Cable, député libéral-démocrate, réputé pour sa connaissance de la finance mais aussi pour son ton très dur contre les banquiers, reconnaît : « Clairement, cette directive fait des hedge funds des boucs émissaires. Sarkozy essaie de marquer des points politiques. »C'est l'une des principales suspicions de la City. Ce projet serait un « coup » des Allemands et des Français, qui chercheraient à donner une leçon à la City. Pourtant, même du côté français, le soutien à la directive est loin d'être unanime. « Je doute de la sagesse de cette proposition », affirme Jacques de Larosière. Jean-Pierre Jouyet, président de l'AMF, a émis des réserves sur le fait de mêler hedge funds et private equity, et sur les risques de donner un passeport européen à un fonds offshore.Que reproche-t-on à la directive ? « Personne n'a été consult頻, se plaint l'industrie, rappelant que ce sont les banques qui sont à l'origine de la crise et non les hedge funds. D'ailleurs, le texte de la directive le reconnaît, même s'il souligne que l'exposition des banques aux fonds alternatifs peut avoir des conséquences sur l'ensemble du système financier. Tous les fonds qui ne sont pas Ucits sont concernés. « On a le sentiment que la Commission a mis dans ce projet tout ce qu'on ne sait pas réglementer », craint Xavier Lépine, président de l'UFG.Les hedge funds s'inquiètent de la nature « protectionniste » de la directive. Pour vendre les fonds offshore dans l'Union européenne, un délai de trois ans doit s'écouler à partir de son entrée en vigueur. Et encore, ces fonds devront montrer que les pays où ils sont enregistrés apportent des garanties nécessaires pour être vendus dans l'Union européenne. Ce texte concerne les sociétés gérant plus de 100 millions d'euros. « Un passeport pourra leur être délivré. Mais qui sera habilité à le faire ? », s'interroge Xavier Lépine. De plus, elles devront, entre autres, publier régulièrement un reporting à l'intention des régulateurs sur les opérations pouvant générer un risque systémique. « Personne n'est contre une meilleure transparence, mais alors pourquoi ne pas étendre cette mesure aux banques, assurances et ?family office? qui, comme nous l'a montré la crise, peuvent être en risque systémique », demande Patrick Fauchier, président de Fauchier Partners.Dépositaires européensAutre proposition qui inquiète l'industrie : les hedge funds devront utiliser des dépositaires européens. Or, la plupart d'entre eux sont américains. Mais la question du dépositaire pose surtout celle du risque opérationnel. « Il faut avant tout encadrer la fonction de dépositaire, plutôt que de s'attaquer aux hedge funds », estime Xavier Lépine. L'affaire Madoff et la faillite de Lehman Brothers l'ont montré.Enfin, l'effet de levier utilisé par les hedge funds serait profondément limité. La directive propose d'imposer un plafond maximal en fonction des stratégies d'investissement utilisées. Paul Marshall croit savoir qu'il s'agit de 200 %. « Or un effet de levier de 500 % ou 600 % n'est pas inhabituel », avertit Pars Purewal, analyste chez PricewaterhouseCoopers. Mais, pour Patrick Fauchier, « il serait judicieux de réguler les ?prime brokers?, c'est-à-dire ceux qui prêtent l'argent pour faire du levier ».Pour la City, si la directive passe en l'état, cela équivaudra à une « peine de mort » pour l'industrie des hedge funds en Europe. « Les trois quarts des gérants de hedge funds européens sont à Londres, mais ils risquent d'être obligés de partir, poursuit Pars Purewal. Et l'endroit le plus souvent cité pour déménager est la Suisse. » Les politiciens britanniques avertissent aussi la France et l'Allemagne. « Certains pensent que si les hedge funds quittent Londres, ils iront à Paris ou à Francfort, souligne Mark Hoban, député conservateur. Mais c'est faux : ils iront dans des centres offshore. L'Europe doit comprendre que c'est dans son intérêt que Londres soit une place financière forte. » La directive pourrait entrer en vigueur d'ici à 2011 si un consensus politique est trouvé avant la fin de l'année. Actuellement, ce n'est clairement pas le cas.

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